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François Paquet

Merci, monsieur Scully

Merci, monsieur Scully

François Paquet

Publié 08 août
Mis à jour 08 août

Vendredi après-midi, j’étais installé à mon bureau en train de préparer les deux matchs du programme double que nous allions présenter le soir même. En arrière-plan, j’écoutais le match entre les Marlins et les Cubs, pour savoir ce que Charles Leblanc nous réservait. 

Lors de la pause à mi-chemin en septième manche, je m’attendais à entendre un invité spécial ou un enregistrement de Harry Caray pour le traditionnel «Take me out to the ball game». Mais au lieu de ça, les Cubs ont eu la brillante idée de faire entendre Vin Scully qui, lors d’un match en 1990, rendait hommage à Caray avec son interprétation de ce classique. Des images magiques pour tout amateur de baseball et de Vin Scully.

Nous étions en ondes, mardi dernier, lorsque les Dodgers ont annoncé le décès du légendaire descripteur en fin de soirée. Même s’il avait pris sa retraite depuis 2016, c’est comme si Vin Scully faisait encore partie des meubles à Los Angeles. Mon collègue Rodger Brulotte a eu l’occasion de nous raconter une multitude d’histoires et notre match de fin de soirée en est devenu un d’hommage au meilleur commentateur de baseball de tous les temps. 

Une soirée triste, mais aussi très spéciale.

Un raconteur hors pair

Il y a plusieurs façons de décrire un match, mais très peu l’ont fait à la manière de Scully. C’est comme s’il racontait une histoire au lieu d’un match et qu’il utilisait les mots à la perfection pour en faire de la poésie. Sa façon de faire était unique et sa passion pour le baseball nous transperçait la peau.

Vin Scully a été la voix des Dodgers pendant pas moins de 67 ans. Peu importe le travail que vous faites dans la vie, le fait d’y rester pendant 67 ans est un exploit en tant que tel. 

Lorsqu’il a commencé cet emploi dans les années 1950, il avait 22 ans et décrivait les exploits des Dodgers.... de Brooklyn. Il était même au micro quand Don Larsen a lancé le seul match parfait de l’histoire de la Série Mondiale en 1956. Lorsque les Dodgers ont migré vers l’ouest à la fin des années 50, Scully a suivi l’équipe et en a été la voix jusqu’à son départ en 2016.

Travaillant seul, sans analyste, une bonne partie de sa carrière, Scully s’est forgé une réputation de maître dans son domaine. Et jusqu’à sa retraite, il a été très pertinent et a décidé de quitter par lui-même à 89 ans, alors qu’il voyageait de moins en moins. 

Les partisans des Dodgers étaient certainement déçus de son départ, mais je pense qu’ils comprenaient aussi très bien la situation en raison de son âge. Je le revois encore chanter sa chanson préféré «The wind beneath my wings» avec les partisans, alors qu’il allait accrocher son micro dans les heures suivantes. Un moment d’anthologie.

Un chic type

S’il y a une chose dont les gens ont parlé depuis son décès, c’est de la gentillesse et la générosité de Vin Scully. Dans un domaine où parfois, les grosses têtes et les égos démesurés prennent trop de place, il aura été tout le contraire. Une personnalité attachante et un cœur en or. Comme s’il était votre grand-père et que vous étiez son petit fils préféré.

Jamais au cours de ces 67 années, avons-nous entendu Vin Scully dire quelque chose de méchant en ondes. C’était quelqu’un de très positif, qui savait bien s’exprimer lorsque les choses n’allaient pas pour un joueur ou une équipe, même si parfois, il aurait pu tenir un discours très différent. Doté d’une voix calme et paisible, il pouvait décrire à peu près n’importe quel jeu avec ce ton posé et amical qui savait plaire à tout le monde.

Irremplaçable

Celui qui a remplacé Vin Scully à partir de la saison 2017 s’appelle Joe Davis. Et honnêtement, il fait du bon travail, mais ça doit être très difficile de remplacer un irremplaçable. Plusieurs partisans doivent sûrement lui dire que monsieur Scully ne faisait pas les choses de telle façon ou n’aurait jamais dit telle chose en ondes. Il faut savoir se forger une carapace, mais aussi forger sa propre identité. Un défi difficile à relever pour n’importe quel descripteur qui veut faire sa place dans le monde du baseball.

Vin Scully restera à jamais le maître de la description, même si plusieurs commentateurs du baseball majeur font de l’excellent travail. Mais on n’imite pas un tel personnage et on le remplace encore moins. Personne ne pourra utiliser les mots comme il le faisait pour transformer le baseball en pièce de théâtre.

Merci beaucoup, monsieur Scully, pour votre travail et pour avoir fait aimer le baseball à bien des gens qui n’avaient pas d’affection pour ce sport. Savoir transmettre sa passion avec des mots, de l’émotion et de la classe, c’était aussi ça, Vin Scully.