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Repêchage de la LNH

Huit histoires dans les coulisses du repêchage

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Le repêchage de la Ligue nationale de hockey renferme toujours son lot de surprises, tant en direct que dans les coulisses.

Pour les jeunes joueurs admissibles qui s’y présentent, certains y vivent l’extase, tandis que d’autres quittent l’amphithéâtre le cœur brisé. Au fil du temps, d’étranges sélections ont mené à de brillantes carrières. 

Lisez aussi le reportage Dix histoires dans les coulisses du repêchage : 1re partie | 2e partie

La légende des Red Wings de Detroit Pavel Datsyuk a appris d’un ami qu’il avait été repêché à sa troisième année d’admissibilité, au 171e rang, en 1998.

Patric Hornqvist a été le dernier joueur sélectionné à la séance de 2005 et il approche la marque des 900 matchs disputés avec deux bagues de la coupe Stanley dans sa malle.

Dans une autre époque, les joueurs ne se présentaient tout simplement pas. Pour vous donner une idée, l’influent agent Gerry Johannson a entendu sur les ondes d’une radio de Swift Current, en Saskatchewan, que les Canadiens de Montréal l’avaient repêché au cinquième tour au mythique encan de 1984.

Les temps ont changé, mais le mot d’ordre pour un bon nombre d’agents qui accompagnent les espoirs reste le même : la patience est la vertu.

Voici huit récits vécus dans les coulisses du repêchage de la LNH :

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Alexander Romanov se serait contenté d’une paire d’espadrilles

En 2018, ceux qui ont une mémoire d’éléphant se souviendront que la seule certitude sur le parquet du repêchage était que le défenseur Rasmus Dahlin allait être nommé par les Sabres de Buffalo avec le tout premier choix au total.

Tant les experts que les amateurs de hockey se demandaient comment allait se dérouler l’encan à partir des rangs suivants, et c’est surtout la troisième case qui retenait l’attention, le droit de parole qui appartenait aux Canadiens de Montréal. 

Ce n’était pas surprenant pour autant lorsque le nom de Jesperi Kotkaniemi a été appelé au podium, puisque le Tricolore avait un urgent besoin de développer un espoir de premier plan à la position de centre.

Le directeur général de l’époque, Marc Bergevin, a toutefois causé une certaine surprise, le lendemain, au tour suivant. Trois rangs après avoir jeté leur dévolu sur Jesse Ylönen, les décideurs du Bleu-blanc-rouge ont convenu de sélectionner le défenseur russe Alexander Romanov.

«"Romy" n’était pas sur la liste de plusieurs équipes, raconte son agent Daniel Milstein au bout du fil. On savait que l’éclaireur de Montréal basé en Russie était en amour avec lui. Il y avait aussi ceux de Columbus et de Vegas qui s’y intéressaient.»

Dire que l’arrière russe ne croyait même pas être repêché et qu’il a failli ne pas se présenter à Dallas, même s’il avait participé au camp d’évaluation du CH en Europe.

«J’ai appelé Alex un mois avant le repêchage. Je lui ai dit qu’il devait venir au repêchage. C’est une scène à briser le cœur lorsqu’un joueur ne trouve pas preneur, mais je lui ai dit qu’il devait faire le voyage.

«Il m’a demandé: "que vais-je faire si je ne me fais pas sélectionner?" et je lui ai répondu qu’il allait l’être. Sinon, il allait rencontrer des clubs et leur montrer qu’il parle anglais, puis qu’il souhaite jouer en Amérique du Nord.»

La réponse de Romanov à cette explication de son représentant démontre tout le sens de l’humour du jeune homme. Parce qu’on raconte qu’il est tout un personnage à l’extérieur de la patinoire!

«Il m’a dit : "je vais y aller. Au moins, si je ne suis pas repêché, je vais pouvoir aller m’acheter des espadrilles dans un centre d’achat!".»

Arrive donc le 38e choix au total, le samedi, et les bonzes aux bras de lutteurs du CH ont fait sourciller la quasi-totalité des gens présents au American Airlines Center.

«On pouvait entendre une aiguille tomber au sol. Tout le monde voulait la tête à Bergevin! S’il n’avait pas appelé Alex, Columbus ou Vegas l’auraient repêché à la fin du deuxième tour ou au troisième.»

Quatre ans plus tard, avec 133 affrontements sous la cravate, Romanov est le joueur de sa cuvée ayant disputé le plus grand nombre de matchs dans le circuit Bettman parmi les patineurs repêchés après le premier tour.

Carey Price : merci, bonsoir!

En 2005, à la suite d’un conflit de travail qui perdura pendant 10 mois, la Ligue nationale inaugurait le plafond salarial et la loterie du repêchage s’est déroulée le 22 juillet – le jour où la convention collective a été ratifiée par les dirigeants et l’Association des joueurs. 

Le gros lot à gagner pour l’équipe qui sortait au premier rang dans le boulier était un joueur de concession qui venait de brûler le circuit Courteau : Sidney Crosby. Le suspense était palpable et les Canadiens de Montréal étaient dans le coup jusqu’à ce que leur logo soit associé au cinquième choix au total, leur garantissant l’occasion de recruter un excellent espoir à envoyer au club-école de Hamilton.

Contrairement à la tradition moderne, ce n’était pas dans un amphithéâtre que les bonzes du hockey avaient rendez-vous pour l’encan amateur, mais bien à l’hôtel Westin d’Ottawa, huit jours plus tard. 

Seuls les 20 meilleurs joueurs admissibles étaient présents.

«J’ai assisté à plusieurs repêchages. Celui à Montréal en 2005 était très... bizarre, se souvient l’agent Gerry Johannson. Nous étions tous dans une salle de conférence bondée de monde. Il n’y avait pas de spectateurs, que les joueurs et leurs familles.»

Après Crosby, Bobby Ryan et Jack Johnson, l’attaquant présumément dans la mire des Canadiens, le Franco-Ontarien Benoit Pouliot, a été absorbé par le Wild du Minnesota. Les yeux se sont ensuite tournés vers le CH, puis... une surprise : le bras droit du directeur général Bob Gainey, Trevor Timmins, ne sélectionne ni Gilbert Brule ni Anze Kopitar, voire Marc Staal ou Luc Bourdon, mais... un gardien du nom de Carey Price.

«Lorsque le nom de Carey a été prononcé, il s’est levé, il a distribué des câlins à ses proches, il est monté sur la petite scène (ndlr : cueillir son chandail, puis poser pour la photo) et il a quitté la salle... on ne l’a revu que plus tard en soirée. C’était dans des circonstances tellement différentes des autres repêchages.»

Tant pour les fidèles de la Sainte-Flanelle que pour les experts, la sélection du portier britanno-colombien semblait sortir de nulle part. Johannson, lui, croit que son client a trouvé preneur au rang où il s’attendait, ce qui ne signifie pas que Price pensait être recruté par l’équipe dont José Théodore personnifiait le doyen de confiance.

«Certains ne s’y attendaient peut-être pas, mais je me souviens de ne pas avoir été surpris. Je ne me rappelle pas que c’était sorti du champ gauche ou que c’était un choc. Ça reste que c’est peut-être un rang inhabituellement haut pour un gardien. Ce n’était pas un rang typique à cette position.»

D’ailleurs, l’entrevue initiale avec la direction montréalaise étant qualifiée de «crispée», Price ignorait qu’il figurait si haut sur la liste montréalaise. Et ce même s’il était le portier nord-américain le mieux classé.

«Je savais que Montréal était très intéressé, mais je suis persuadé qu’il y en avait d’autres. Il y a eu tellement de rencontres entre Carey et les équipes, que je ne pouvais déceler de corrélation. Les clubs ne savent pas toujours qui et où ils repêcheront.» 

Immédiatement après le CH, les Blue Jackets de Columbus se frottaient les mains au droit de parole suivant. Ils venaient de refuser deux offres de transaction, persuadés qu’ils allaient obtenir un joueur d’impact en l’attaquant Gilbert Brule au sixième échelon. 

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Brayden Point et... Louie Belpedio

Les partisans du Rocket de Laval connaissent le nom de Louie Belpedio depuis la dernière année. Le défenseur américain a disputé la plus récente campagne de l’autre côté de l’A-15 avec le club-école du Tricolore, qui s’était entendu avec lui en juillet 2021.

Ce qu’ils ignoraient peut-être, c’est que l’ancien coéquipier d’Auston Matthews, de Jack Eichel et de Dylan Larkin avec le programme national de développement américain des moins de 18 ans a rendu possible la sélection de... Brayden Point! 

En théorie.

En vue de l’encan amateur de 2014, l’Albertain était tout juste écarté du top 30 des patineurs nord-américains au classement final de la Centrale de recrutement, au 31e rang.

Une fois le premier tour du repêchage terminé, l’attaquant des Warriors de Moose Jaw attendait avec impatience que son nom soit prononcé par un directeur général ou un recruteur de la LNH.

«C’était intéressant, de dire le représentant de Point, Gerry Johannson. Je croyais que Brayden partirait au début ou au milieu du deuxième tour. Les attentes étaient ainsi répandues concernant son rang du repêchage.

«Je me souviens même qu’un chroniqueur avait écrit qu’il devrait être un choix de premier tour.»

Si Johannson et les proches de Point connaissaient son potentiel, quelle ne fut pas leur surprise lorsque le deuxième tour s’est conclu sans que son nom ne soit appelé au podium. 

Le jeune homme commençait à avoir la mine basse. Johannson lui avait toutefois prodigué un précieux conseil avant la séance : «le repêchage n’est qu’un moment dans le temps». Il n’en reste pas moins que les moments vécus dans le camp de Point sont angoissants.

«Rendu au milieu du troisième tour, ça commençait à être stressant, admet Johannson. Arrive la sélection du Minnesota (au 79e rang) et un temps mort survient. Ils ont échangé leur sélection à Tampa Bay, qui parlait tout juste après. Ils ont cédé un choix de septième ronde pour compenser et ils ont sélectionné Brayden Point. C’est une grosse acquisition.»

Avec le 80e choix au total qu’il venait d’obtenir, le Wild a recruté le joueur dans sa mire : Belpedio. Le produit de l’Université Miami, dans l’Ohio, n’a participé qu’à quatre rencontres avec le grand club entre 2017 et 2021. 

En revanche, Point personnifie le quatrième athlète le plus productif de sa cuvée avec 368 points et il est le seul parmi les huit premiers marqueurs de son année à ne pas avoir trouvé preneur au tour initial.

Un moment dans le temps, certes.

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Un Suisse dans la «chambre verte»

En 2017, la LNH a voulu s’inspirer de la NBA en instaurant une «chambre verte» au repêchage amateur.

Huit espoirs identifiés par la Centrale de recrutement et leurs familles avaient des places désignées dans cette pièce agencée derrière le tableau, pendant que se déroulait l’encan amateur. 

Cette formule, qui voulait aussi miser sur la rapidité d’enchaînement entre les sélections, mettait ainsi fin aux câlins dans les gradins et la longue marche vers la scène pour les noms les plus connus de la cuvée.

Dernier joueur invité dans la «chambre verte» à trouver preneur au tour initial, Klim Kostin a dû patienter jusqu’au 31e rang, lorsque les Blues de St. Louis l’ont délivré d’une longue attente pour conclure la ronde d’ouverture! 

Pour cette édition verte du repêchage, la Centrale répertoriait un joueur de la LHJMQ dans le top 2 de son palmarès des patineurs nord-américains. Le Suisse Nico Hischier, des Mooseheads de Halifax, figurait au numéro 2, tout juste derrière Nolan Patrick, des Wheat Kings de Brandon.

Deux joueurs de centre s’offraient donc aux Devils du New Jersey, détenteurs de la première sélection. Si plusieurs voyaient Patrick partir là où l’indiquait son rang, ce n’est pas ce qui se tramait dans les coulisses.

«La grosse pression était sur Nolan Patrick, parce qu’il était numéro un sur la liste. Ce n’est que trois minutes avant le début du repêchage qu’on a su que Nico serait le premier choix au total, se remémore l’agent du Suisse, Allain Roy.

«On était là avec eux. Quelqu’un dans les médias m’a averti que ce serait Nico. Ils avertissent la télé avant tout le monde pour que les diffuseurs soient prêts. J’ai dit à mon partenaire suisse que Nico allait partir au premier rang et il a commencé à pleurer», s’esclaffe-t-il.

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Roy a beau avoir eu la confirmation dans un court délai, il était persuadé que l’intérêt des Devils envers son client était sérieux. À commencer par les rencontres.

«C’était vraiment 50-50, on est sorti souper avec les représentants du New Jersey et ça s’est très bien passé. J’avais l’impression qu’ils le prendraient, mais des fois, il y a un échange avec le choix.

«Les Flyers, on a été souper avec eux, mais ils n’étaient que deux. Les Devils étaient un groupe de 12 personnes. Tout le monde était plus relaxe, comme une amitié qui se formait.»

Comme de fait, Hischier est devenu le premier Helvète de l’histoire à être pris en tête de classe d’un encan amateur avant de marquer 20 buts à son année recrue. À Philly, le no 2 Patrick n’a jamais su demeurer en santé malgré des débuts prometteurs.

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Le «Borat» du repêchage de 2021

Même si les experts et les amateurs de hockey le consultent avec fébrilité, le palmarès exhaustif que prépare la Centrale de recrutement de la LNH n’est en rien un outil. C’est une référence d’abord et avant tout.

Les recruteurs amateurs vous diront qu’ils la consultent par curiosité et pour le plaisir de comparer ces ouvrages avec leurs propres listes, qui prévalent, car elles dictent les décisions prises sur le plancher du repêchage. 

À preuve, un nom ne figurant pas sur le classement final des patineurs internationaux de 2021 de la Centrale a fait jaser lors de cette cuvée : Andrei Buyalsky.

Si le nom du Kazakh ne vous dit rien, c’est qu’il fut l’un des secrets les mieux conservés dans les hautes sphères de l’Avalanche du Colorado, qui en a fait son choix de troisième tour, un des quatre choix qu’il détenait à la séance.

L’agent Daniel Milstein explique :

«Buyalsky est un jeune homme du Kazakhstan. Comme le personnage du film Borat. Nous l’avons découvert il y a quelques années. Sa vitesse était exceptionnelle et il était doté d’excellentes habiletés.»

Milstein a approché quelques éclaireurs pour faire la promotion de son poulain, mais peu d’entre eux croyaient qu’un patineur issu de ce pays avait le potentiel d’être repêché dans un rang important.

Originaire de la ville de Karaganda, l'attaquant de 6 pieds 3 pouces et 178 livres a disputé 13 matchs au total lors des Championnats du monde de hockey junior de 2019 et 2020, enfilant un but à chaque édition.

«Personne ne savait qui il était. Lorsque je leur en parlais, ils me répondaient "ah oui, le Kazakhstan. J’ai vu le film Borat moi aussi..."»

L’agent et prospère homme d’affaires d’origine ukrainienne a continué de mener son opération séduction malgré tout, en rapatriant l’attaquant de 20 ans en Amérique du Nord en décembre 2019.

«Je l’ai amené dans l’USHL avant l’encan et il s’est avéré un des patineurs les plus rapides de la ligue. Il s’est fait remarquer et il a été repêché au 92e rang au total par le Colorado.

«Personne ne s’y intéressait avant le jour du repêchage.»

Buyalsky s’est engagé auprès de l’Université du Vermont, mais une blessure l’a contraint à rater la quasi-totalité de la campagne 2021-2022.

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La déception de Maxime Comtois récompensée

En plus de celui qui allait devenir le premier choix au total, Nico Hischier, Allain Roy accompagnait aussi les attaquants québécois Maxime Comtois et Antoine Morand en 2017.

La Centrale conférait le 30e rang de son classement au premier, tandis que le deuxième apparaissait 23 rangs plus bas. 

Il n’était pas impossible que Comtois trouve preneur au tour initial, cela dit.

«Max et Antoine étaient classés assez haut, se remémore Roy. La grosse affaire, c’était le premier tour le vendredi, et ensuite t’avais les autres rondes le samedi. Si t’es classé vers la fin du premier tour et que tu n’y vas pas, tu vas avoir une grosse soirée.»

Comme de fait, aucune équipe n’a appelé le nom de Comtois parmi le tour initial. La déception était grande chez le joueur des Tigres de Victoriaville, qui était convaincu qu’il était destiné à partir parmi les 31 premiers.

«Max, dans sa tête, il pensait qu’il sortirait au premier tour. Il a eu beaucoup d’entrevues au Combine. Ça rend les choses plus confuses quand tu parles aux 30 équipes. Tu peux partir avec n’importe qui.»

Roy se souvient que son protégé était habité d’une grande déception.

«J’ai eu une longue conversation avec Max et Antoine, ce soir-là, dans un rassemblement de l’agence. Je leur ai dit qu’il fallait laisser ça passer. J’ai dit à Antoine : "quelqu’un va te prendre", dit Roy.

«Les jeunes qui sont classés entre la 27e et la 45e position, ils se disent : "c’est possible que je parte au deuxième tour". Ils se comparent aux autres joueurs, qu’ils le veuillent ou non. Ces jeunes se mettent beaucoup de pression.»

Le lendemain, tel un scénario de film hollywoodien, les deux camarades se sont trouvé une équipe. La même. Tous au deuxième tour.

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Les Ducks ont utilisé leurs deux sélections, la 50e, obtenue des Maple Leafs dans la transaction impliquant le gardien Frederik Andersen un an plus tôt, et la 60e pour repêcher le duo de Québécois.

Pendant ce temps, plusieurs partisans se demandaient si les Canadiens auraient recruté Comtois, six rangs plus loin, si les Ducks ne l’avaient pas fait.

«Oui et non. Max a été pris 50e au total. Il pouvait être une option pour eux au repêchage, mais toutes les équipes ont leur propre liste. Ils avaient une chance... »

Crédit photo : MSG Photo Services

Henrik Lundqvist enviait son frère jumeau

Ce n’est pas une question de si, mais bien quand Henrik Lundqvist sera intronisé au Temple de la renommée du hockey. Pourtant, cette prédiction logique semblait très audacieuse l’année du repêchage du Suédois, en 2000.

Le premier encan du nouveau millénaire renferme une particularité très spéciale et ce n’est pas que Marcel Hossa - le frère de l’autre - allait devenir un marqueur de 31 buts... au total. En ce qui a trait aux gardiens, Rick DiPietro a été sélectionné avec le tout premier choix de la cuvée par un club new-yorkais, les Islanders.

L’autre club de la Grosse Pomme, les Rangers, a attendu au septième tour pour recruter le portier qui allait fracasser toutes les marques de concession.

«Nous étions tous préoccupés, mais on sentait qu’il allait être repêché», raconte l’agent Don Meehan.

L’attente fut très longue dans les gradins. Elle semblait interminable lorsque le frère jumeau de «Hank» a été appelé au micro avant lui. 

«Henrik a été repêché au 205e rang. Au septième tour. Ironiquement, son frère jumeau, Joel, a été pris au début du troisième tour par les Stars de Dallas, avec le 68e choix au total.

«Quand certains de nos joueurs suédois ont été repêchés, nous avions peur que Henrik ne soit pas pris et nous sommes restés près de lui dans les gradins. Il s’était présenté avec son frère et l’atmosphère était tendue.»

Meehan et ses adjoints de Newport Sports conseillent désormais à leurs clients de demeurer à la maison s’ils ne sont pas garantis d’entendre leur nom être prononcé lors des deux premiers tours.

«À l’époque, le repêchage se déroulait en un jour, rappelle-t-il. Les règles ont changé, donc nous avons adopté une nouvelle stratégie.»

Crédit photo : Dave Abel / Toronto SUN

Bienvenue, Phillip Danault; au revoir, Troy Brouwer

C’est parfois le contraire des cas de Point et Lundqvist qui se produit au repêchage. Reculons en 2011 pour illustrer l’une des belles surprises de la cuvée où Ryan Nugent-Hopkins, Gabriel Landeskog et le Québécois Jonathan Huberdeau formaient le top 3.

Parmi les bons coups de Marc Bergevin lorsqu’il était directeur général des Canadiens, il a souvent été question de la transaction conclue avec les Blackhawks qui a amené Phillip Danault à Montréal en retour des services de Tomas Fleischmann et de Dale Weise, en février 2016.

Avant même de se joindre à l’organisation du CH, l’homme de hockey originaire du quartier Pointe-Saint-Charles avait aussi bougé pour obtenir le joueur de centre victoriavillois, cinq ans plus tôt, sous la bannière des Blackhawks. 

Au repêchage de 2011, Danault venait de conclure sa deuxième année avec les Tigres, amassant 23 buts et 67 points en 64 joutes. Il n’était pas un joueur des plus convoités, mais il suscitait tout de même de l’intérêt de la part de certaines organisations.

Chicago en tête de liste.

«Je connaissais leur niveau d’intérêt au cours de l’année. J’avais eu quelques discussions avec Marc Bergevin, qui était un admirateur de Phillip», de raconter l’agent Don Meehan.

Ce printemps-là, Danault menait les Tigres avec 15 points en neuf matchs en séries éliminatoires de la Coupe du Président, s’inclinant devant les Sea Dogs de Saint John d’Huberdeau en quarts.

Crédit photo : Dave Abel / Toronto SUN

Quelques semaines plus tard, le Québécois s’est pointé au Xcel Energy Center, à St. Paul, sans attente, sachant seulement qu’il était répertorié au 27e rang des patineurs nord-américains au classement final de la Centrale de recrutement - une science aussi inexacte que le repêchage lui-même.

«On ne savait pas à quoi s’attendre, relate Meehan. On croyait qu’il serait sélectionné au deuxième tour.»

En fin de premier tour, les Canadiens choisissent Nathan Beaulieu au 17e rang au total et immédiatement après, les Hawks appellent un jeune centre de la Ligue de l’Ouest, Mark McNeill, sur la scène. Quelques minutes plus tard, un dénommé Stuart Percy (Toronto) devient le 25e espoir à être repêché, puis une pause s’ensuit. Le commissaire Gary Bettman monte au podium.

«We have a trade to announce...»

Un étrange tournant. Les Capitals de Washington ont échangé leur choix de premier tour aux Blackhawks, même s’ils n’avaient aucun droit de parole avant le quatrième tour. Ils ont exigé en retour l’agitateur au flair offensif Troy «Power» Brouwer. 

Ainsi, en mettant la main sur une deuxième sélection du tour initial, le DG du club de l’Illinois, Stan Bowman, a accueilli Danault à l’avant en lui remettant son mythique maillot rouge. 

«Lorsque la transaction a été annoncée, j’ai cru que Phillip serait pris (par Chicago), de dire Meehan. On pensait qu’il partirait vers le deuxième tour, mais je n’étais pas surpris lorsque la transaction a été annoncée. Je sentais que c'est ce qui arriverait...»