Dallas Stars v Vegas Golden Knights

Crédit : AFP

Repêchage LNH

10 histoires dans les coulisses du repêchage

Louis-André Larivière / TVA Sports

Publié | Mis à jour

Samedi 23 juin 2018. Alors que le lever de soleil est sur le point d’interrompre la nuit texane, celle de l’agent Allan Walsh prend fin abruptement dans sa chambre d’hôtel de Dallas. À quelques heures du jour 2 du repêchage, son cellulaire sonne telle une détonation.

Il est 5h du matin.

«Allan? C’est Max Pacioretty. J’ignore pourquoi, mais je savais que tu répondrais à cette heure...»

L’encan de la LNH compte son lot de jubilations et de déceptions. Mais on ignore souvent, loin des caméras, ce qui se trame dans les coulisses.

Quatre agents de joueurs influents ont accepté de raconter au TVASports.ca certains souvenirs impérissables vécus avec leurs clients, protagonistes aux premières loges du repêchage. Les autres témoignages suivront vendredi.

«Peut-on juste entendre mon foutu nom?»

Dès la première fois où Kent Hughes a rencontré Luc Bourdon, il voyait en lui un jeune homme très spécial.

«Il n’était pas un gars bavard. Mais quand il parlait, c’était qu’il avait quelque chose à dire.»

L’été avant son repêchage dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, le regretté défenseur originaire du Nouveau-Brunswick a été invité à un camp estival de l’agence Quartexx. Lors de la première journée, il s’est démarqué à la barre olympique en gymnase. Non pas pour ses prouesses.

«C’était la première fois qu’il venait à Montréal, raconte Hughes, qui a grandi en banlieue ouest de la métropole. Sa technique n’était pas bonne et en soulevant l’haltère, il est tombé par-derrière avec la barre sur la tête. Tout le monde a éclaté de rire.

«Il a continué d’essayer de faire la même chose pendant 30 minutes et j’ai dit à Phil Lecavalier (son associé) ‘’il faut l’arrêter, sinon il va se blesser‘’!

«Luc avait tellement de détermination. Il n’aurait pas quitté les lieux sans avoir complètement réussi l’exercice.»

Transportons-nous à Ottawa, quelques années plus tard, à l’encan amateur de 2005, alias la cuvée Sidney Crosby. C’était une année de lock-out et les joueurs répertoriés parmi les 30 premiers étaient tous entassés dans une salle de l’hôtel Westin (le repêchage était fermé au public).

Luc Bourdon est accompagné de sa mère, sa grand-mère, Hughes et Lecavalier. Trois rangs après la sélection de Carey Price par Montréal, cinquième, les caméras se pointent vers le joueur des Foreurs de Val-d'Or alors que c’est au tour des Sharks de San Jose de se prononcer.

Suspense.

«Matt Lashoff et Devin Setogutchi nous flanquaient. Je connaissais bien leurs agents, qui étaient des amis. Ils ne pensaient pas que leurs clients seraient pris au huitième rang.

«J’ai dit à Luc ‘’tu t’en vas à San Jose‘’. Puis ils ont recruté Setoguchi...»

Découragé, Bourdon perd patience sous le regard de ses accompagnateurs.

«Peut-on juste entendre mon foutu nom être prononcé?»

À la surprise de Hughes et Lecavalier, il a trouvé preneur deux places plus loin lorsque les Canucks de Vancouver en ont fait le 10e choix au total. Personne ne s’y attendait.

«On n’avait eu aucune discussion avec eux. On ne savait même pas qu’ils étaient intéressés!» d’expliquer Hughes.

Bourdon a aidé le Canada à remporter l'or aux Championnats mondiaux de hockey junior en 2006 et en 2007.

Il a péri tragiquement le 29 mai 2008 dans un accident de moto près de sa ville natale de Shippagan, au Nouveau-Brunswick. Il n’avait que 21 ans.

Carlson ne voulait pas jouer ailleurs

John Carlson a vécu une histoire semblable à celle de Luc Bourdon en 2008. 

«Une surprise extraordinaire, explique l’agent Rick Curran, du Orr Hockey Group. On savait que Capitals étaient très intéressés. Arrive leur tour au micro, au 21e rang, et nous sommes au bout de nous sièges... et ce n’est pas lui qu’ils appellent.

«C’était un moment de déception.»

Quelques instants plus tard, le commissaire Gary Bettman annonce une transaction. Les «Caps» échangent Steve Eminger et un choix de troisième tour aux Flyers en retour du 27e choix.

«Ils sont remontés sur la scène et ils ont sélectionné John. En 45 minutes, un peu de déception s’est transformé en grand enthousiasme.

«C’est là qu’il voulait jouer.»

Soit dit en passant, le joueur que Washington a préféré à Carlson, Anton Gustafsson, n’a disputé aucun match dans le circuit Bettman.

Pacioretty dans l’«Octagon»

De nos jours, le parquet du repêchage est à la fois un moulin à rumeurs et une agora pour les DG prêts à marchander des joueurs. Si certaines des plus grosses transactions de l’année y sont conclues, d’autres ne voient pas le jour.

C’est bien documenté, les Canadiens de Montréal avaient tenté d’échanger leur capitaine aux Kings de Los Angeles pendant la séance de 2018, et bien que le nouveau représentant de Pacioretty ne veuille pas en dévoiler tous les détails par respect pour les personnes impliquées dans ce dossier clos, il faut comprendre qu’aboutir en Californie n’était pas le souhait du numéro 67.

«Je ne le connaissais pas personnellement à l’époque», se remémore Allan Walsh, qui représente également l’ailier gauche du CH Jonathan Drouin.

Réputé comme étant l’un des plus durs négociateurs dans le milieu, ce Lavallois exilé à Los Angeles depuis bientôt 35 ans est aussi reconnu comme étant un homme vaillant lorsqu’il est question de ses clients.

L’appel de Pacioretty au gourou de l’agence Octagon n’avait rien d’un coup de fil de courtoisie, certes. Sa situation était devenue précaire à Montréal : son contrat venait à échéance dans un an et l’organisation ne voulait plus de lui. Un échange semblait maintenant inévitable.

En une nuit, le grand attaquant a opté pour un changement, mettant ainsi fin à une année de tumulte et d’angoisse quant à son avenir. Il est 5h du matin en marge du jour 2 du repêchage.

«"Allan? C’est Max Pacioretty. J’ignore pourquoi, mais je savais que tu répondrais à cette heure..."», raconte l'agent.

«Il m’a expliqué qu’il était à la recherche d’un autre style de représentation. Il m’a dit “j’ai vu comment tu te comportes avec tes clients. Je veux m’associer à toi”.»

Cette décision a acheté du temps à Pacioretty et les Kings, eux, sont sortis bredouilles du marché.

Ce n’est qu’à l’automne suivant que l’Américain a été échangé, lorsque le Tricolore l’a transféré aux Golden Knights de Vegas, où il a paraphé une prolongation de contrat de quatre ans et 28 millions $. Le pacte qui s’activera dès le 1er juillet.

Talbot pensait quitter l’amphithéâtre

Pendant l’encan de la LNH, les jeunes et leur entourage passent par toute la gamme d’émotions, dans différentes circonstances. Certaines plus tristes que les autres.

23 juin 2002, Toronto. Un jeune attaquant des Olympiques de Hull, Maxime Talbot, se présente au Air Canada Centre avec sa famille et son agent, Pat Brisson, pour la deuxième journée du repêchage.

La veille, les Rick Nash, Kari Lehtonen - à la surprise générale - et Jay Bouwmeester avaient tous trouvé preneur dans le top 3, puis le coéquipier du Québécois, le défenseur tchèque Martin Vagner, fut sélectionné par le Stars de Dallas.

Talbot, qui est âgé de 18 ans, regarde attentivement le tableau des sélections se remplir de noms qui ne sont pas le sien. Une heure passe... puis deux.

«Max était classé près du deuxième tour. Arrive la fin du quatrième tour et son nom n’est pas sorti. Au cinquième, il me demande s’il devrait partir ou rester», raconte l’agent Pat Brisson, de CAA Sports.

«Je me souviens, c’était tout aussi difficile pour sa mère. Les émotions commençaient à se manifester après le quatrième tour.»

Brisson, qui en a vu d’autres au cours de sa carrière, est un homme optimiste. Mais quelle garantie donner à un joueur lorsque son nom tarde à sortir?

«C’était lourd, admet-il. Tu ne sais pas comment agir. Tu ne veux pas décevoir personne, mais c’est hors de notre contrôle.»

«Ce que tu vis n’est pas facile, pendant que tu dois rester assis.»

Passent les cinquième, sixième, septième tours et le nom du jeune Talbot n’apparaît nulle part. Bientôt, une belle leçon de caractère se produit.

Avec la 234e sélection au total, au huitième tour, les Penguins de Pittsburgh le recrutent. Soulagé et amer à la fois, le patineur de Lemoyne entend prouver sa valeur.

Près de sept ans plus tard, il marque deux buts dans un match no 7 de la finale de la Coupe Stanley, face aux Red Wings de Detroit, permettant aux Penguins de brandir le prestigieux trophée.

«La façon dont le repêchage l’a perturbé à l’époque, il a bien répondu, conclut Brisson. Avec sa persévérance, il a démontré qu’il aurait dû être pris au deuxième tour.»

La peur de Corson

En 1984, à Montréal, la cuvée était extraordinaire et plusieurs des joueurs sélectionnés ont marqué une génération à venir : Mario Lemieux, Kirk Muller, Al Iafrate, Gary Roberts, Patrick Roy, Brett Hull et Luc Robitaille - un vol au neuvième tour – ne sont que quelques noms issus de cet encan.

«C’est l’année la plus mémorable pour moi, car c’était la plus grande fenêtre de ma carrière», indique l’agent Rick Curran.

«C’était excitant pour nous tous, pour les familles aussi. Nous avions sept jeunes sélectionnés au premier tour. Cinq d’entre eux étaient les premiers joueurs que j’avais recrutés.»

Parmi eux, il y avait Shayne Corson. Les Canadiens avaient signalé leur intérêt à l’égard de l’attaquant ontarien. Mais son nom n’est pas celui qui est entendu lorsque Serge Savard prend la parole pour la première fois.

Ce dernier surprend toutes les délégations présentes en jetant son dévolu sur le défenseur Petr Svoboda avec la cinquième sélection au total. Le DG du CH était le seul dans le secret concernant la défection de l’Européen.

Pendant ce temps, Corson angoisse.

«Nous savions que Montréal avait de l’intérêt pour Shayne, se souvient Curran. Ils ont pris Svoboda parce qu’ils savaient qu’ils pouvaient attendre.»

Comme de fait, Montréal avait une deuxième sélection trois rangs plus loin. C’est alors que Corson s’est vu ouvrir les grandes portes de la LNH.

 «C’est ça, le repêchage», rappelle Curran.

Lisez la dernière partie de ce reportage vendredi matin au TVASports.ca. En soirée, TVA Sports présentera le tour initial du repêchage de la LNH dès 19h