Crédit : Twitter / @CanadaSoccerEN

Patrice Bernier

Une victoire marquante au «Ice-teca»

Une victoire marquante au «Ice-teca»

Patrice Bernier

Publié 17 novembre
Mis à jour 17 novembre

Le Canada a remporté une victoire importante dans un véritable bol de glace, hier soir à Edmonton, en triomphant du Mexique au compte de 2-1 dans un match de qualification en vue de la Coupe du monde 2022. 

Pour le puriste que je suis, ce n’était pas le plus beau des matchs. Par contre, en tant que fier Canadien, qui a porté ces couleurs, c’était une joie de voir l’unifolié aller chercher ce gain historique. 

Maintenant, le Canada se retrouve au premier rang du tournoi octogonal de qualification dans la CONCACAF en plus de demeurer invaincu. 

On ne savait pas trop à quoi s’attendre de ce match glacial. La force du Canada, c’est sa vitesse et pour qu’elle s’exprime, il est préférable de jouer sur une surface de qualité. En jouant sur un terrain moins dur et moins gelé, le Canada aurait pu maximiser cet atout, mais en même temps, je comprends l’équipe et son sélectionneur, John Herdman, d’avoir voulu mettre leurs adversaires dans des conditions... canadiennes, qui ne leur sont pas favorables du tout. 

On est dans l’ère moderne. Il existe toute sorte d’équipements qui permettent aux joueurs d’évoluer dans ce genre de conditions, comme des gants, des pantalons et des maillots de compression et ainsi de suite. Mais je pense que le but de tenir ce match à Edmonton était d’avoir un effet psychologique. On savait que les Mexicains sortaient d’une défaite contre les États-Unis quelques jours auparavant. Dans les médias mexicains, ils étaient plusieurs à avancer que ce match ne pouvait pas être tenu dans ces conditions : il y a de la neige, c’est très froid, on voulait que la rencontre soit organisée ailleurs. 

Dans la guerre psychologique, donc, le Canada avait un pas d’avance. En temps normal, le Mexique est une équipe capable de trouver son rythme, qui joue avec confiance, mais on pouvait voir que le terrain dur, le ballon gelé, ce match qui devenait de plus en plus physique avantageaient le Canada, qui forme une équipe plus athlétique, semblable à la formation américaine qui venait de battre la troupe de «Tata» Martino. 

En terrain hostile 

Lorsque le Canada affronte le Mexique chez lui, c’est au Stade Azteca, à Mexico, que ça se passe. Et par expérience, je peux vous dire que lorsque tu es visiteur là-bas, tu te sens petit. Toi et des dix coéquipiers, on vous fait sentir que vous êtes dans une arène où la proie, c’est vous. C’est également difficile à plusieurs autres endroits dans la «zone CONCACAF». Jouer un match en Jamaïque en plein après-midi, quand il fait 40 degrés, ce n’est pas agréable, tout comme dans certains pays d’Amérique centrale où on laisse pousser l’herbe du terrain pour compliquer les choses. 

Je me souviens également d’un passage au Panama avec l’équipe canadienne, où la radio locale avait avisé le public de l’emplacement de notre hôtel. Des partisans panaméens avaient fait la fête devant notre hôtel, avec la grosse musique, jusqu’à trois-quatre heures du matin. 

À Edmonton, dans ce Stade du Commonwealth devenu un véritable «Ice-Teca», c’était au tour du Canada de faire le coup aux Mexicains. C’est une spécificité de la CONCACAF : une équipe peut se donner un vrai avantage à domicile en soumettant l’adversaire à des conditions difficiles qu’il ne connait pas. Le Mexique était si inconfortable, hier, qu’il ne pensait pas qu’à sa performance : il était distrait par d’autres facteurs. 

Gain historique du Canada contre le Mexique -

Brillant Larin 

Cette victoire, le Canada la doit aussi en grande partie à son attaquant Cyle Larin. L’ancien de l’Orlando City SC a inscrit un doublé et a du même coup rejoint Dwayne De Rosario à titre de meilleur buteur de l’histoire de la sélection avec 22 réussites. Tout ça en 44 sélections et il a inscrit les onze derniers en dix matchs cette année. 

Mine de rien, Larin est aussi l’un des meilleurs buteurs de la planète dans ces qualifications avec ses 11 filets, aux côtés de grands noms tels que Harry Kane (Angleterre) ou Memphis Depay (Pays-Bas). Certains diront que le Canada joue contre des adversaires plus faibles, mais il faut les marquer, ces buts-là. Dans le passé, il était souvent difficile pour le Canada de les obtenir. Et puis l’Angleterre, pour se qualifier, a notamment dû se mesurer à des nations comme Andorre et Saint-Marin, qui ne sont pas des puissances non plus.

Atiba, monsieur «Team Canada» 

Enfin, un mot sur Atiba Hutchinson. Ce n’est pas qu’un ancien coéquipier, c’est un bon ami, avec qui j’ai passé beaucoup de temps au Danemark à luncher, à jouer au PlayStation à se voir maintes et maintes fois. 

C’est un joueur que j’ai vu grandir. Notre relation, elle remonte aux Jeux de la francophonie de 2001. Je me souviens d’un joueur de 17-18 ans qui avait seulement quelques années de moins que moi, et qui jouait déjà avec ce calme, cette assurance, cette confiance et cette justesse technique qui caractérise encore son jeu aujourd’hui. 

On parle beaucoup de l’apport des Alphonso Davies et Jonathan David, avec raison, mais au sein d’équipe Canada, on reconnait l’importance d’Hutchinson. C’est l’homme aux 90 sélections, ce qui représente d’ailleurs un record d’équipe, et dans ce groupe, Hutchinson, 38 ans, c'est le grand frère, ce gars d’expérience qui ne semble jamais frémir devant un gros défi ou une grande pression, malgré le sang bien froid qui coule dans ses veines. 

Pour moi, c’est le «GOAT» de l’équipe nationale canadienne, même si Davies est appelé à prendre ce titre un jour. Atiba Hutchinson, c’est l’homme à la super carrière qui a néanmoins fait profil bas et qui n’a pas reçu toutes les acclamations qu’il aurait dû recevoir au pays. Il a souvent pensé, dans le passé, à cesser de représenter le Canada, notamment à cause de ses blessures. Il a 90 sélections, mais il pourrait facilement être déjà rendu à 100 s'il avait été un peu plus chanceux. Je lui souhaite d’ailleurs d’atteindre ce plateau et de participer à la Coupe du monde avant de prendre une retraite bien méritée. 

L’effet Herdman

Le Canada se retrouve maintenant avec un pied dans la porte dans sa tentative de se qualifier pour la Coupe du monde pour une première fois depuis 1986. 

Chapeau à John Herdman, parce qu’il y en a eu des sélections, dans les 35 dernières années, qui avaient du talent et qui n’ont pas été maximisées. On voit maintenant une culture de l’excellence au sein du groupe et le développement d’un sentiment d’appartenance. On sent qu’il y a une fraternité entre les joueurs et qu’ils sont en mission. Le haut niveau, ce n’est pas seulement qu’une question de talent et d’habiletés, ça se passe aussi dans la tête. Et l’architecte Herdman a su rendre cette équipe très forte mentalement.