Patrice Bernier

Le «cycle Nancy» bien entamé

Le «cycle Nancy» bien entamé

Patrice Bernier

Publié 13 novembre
Mis à jour 13 novembre

Voilà, la saison 2021 du CF Montréal en MLS est terminée, bien qu’il reste encore la finale du Championnat canadien, contre le Toronto FC, à disputer le 21 novembre prochain. 

Cette année, qui est la première du club sous l’égide de l’entraîneur Wilfried Nancy, est néanmoins positive. Si on regarde tout le chemin fait depuis le printemps, d’où on est parti et où on a terminé, il y a beaucoup de bon, malgré la déception d’avoir raté les éliminatoires encore une fois. 

Cela m’a rappelé que dans le soccer, et dans la MLS en particulier, tout est un peu cyclique. 

Un cycle en MLS, ça dure généralement trois ans. Souvent, le club commence avec un effectif précis et vers la troisième année, on peut déterminer quels objectifs ont été atteints et quels sont les changements à venir pour le suivant. 

Un exemple? Regardons Atlanta United. L’équipe a eu du succès dès son arrivée en MLS, en 2017, sous les ordres de «Tata» Martino, avec un effectif qui tournait beaucoup autour du milieu offensif Miguel Almiron et de l’attaquant Josef Martinez. Ils ont ensuite remporté la Coupe MLS en 2018 et dès l’année suivante, le club avait déjà changé d’entraîneur. Il y avait aussi beaucoup de nouveaux joueurs qui ne faisaient pas partie du cycle de départ, et Almiron était déjà parti. 

Un quatrième cycle 

Pour le CF Montréal/Impact, le cycle actuel est, d’après moi, le quatrième que traverse l’organisation depuis sa première saison en MLS, en 2012. 

Le premier s’est étendu des campagnes 2012 à 2014. On a d’abord eu les Marco Di Vaio et Davy Arnaud, qui sont arrivés en 2012, et l’équipe a terminé avec 42 points au septième rang du classement dans l’Est sous les ordres de Jesse Marsch. On a vu que ce groupe avait du potentiel et malgré un changement d’entraîneur (Marco Schallibaum) en 2013, on a conservé l’essentiel de l’équipe type de 2012 : 90% des partants étaient de cette saison-là et on a atteint les éliminatoires une première fois en amassant 14 victoires et 49 points. Il y a ensuite eu une chute en 2014, alors qu’on a encore changé d’entraîneur (Frank Klopas) et apporté plusieurs changements à l’équipe type pour terminer au dernier rang du classement avec seulement six victoires, dont aucune à l’étranger. 

Crédit photo : BEN PELOSSE/LE JOURNAL DE MONTRÉAL/AGENCE QMI

Le deuxième cycle couvre les saisons 2015 à 2017, même si l’un de ses acteurs les plus importants, Ignacio Piatti, est arrivé à la fin de l'été 2014. Ce fut également l’époque des Didier Drogba, Marco Donadel et Laurent Ciman, durant laquelle le Québécois Mauro Biello a été à la barre de l’équipe. Et ce cycle a été le meilleur du club en MLS jusqu’ici. Après tout, l’équipe a atteint les demi-finales de conférence en 2015 et la finale de conférence en 2016, où elle a été éliminée par le Toronto FC au terme d’un duel épique. La saison régulière de 2015 a d’ailleurs été la meilleure de Montréal en MLS avec 15 victoires, 53 points et une troisième place au classement dans l’Est. Plus de 80 % de l’équipe type 2015-2016 avait été retenu. 

Crédit photo : Sébastien St-Jean / Agence QMI

Puis, en 2017, on a fini au neuvième rang dans l’Est et on a raté les séries alors que des changements notables étaient apportés à l’effectif avec le départ de Drogba et les arrivées de Blerim Dzemaili, Chris Duvall, Daniel Lovitz et Adrian Arregui, qui a quitté en milieu de saison. Ce fut néanmoins un cycle marqué par des succès en éliminatoires et une certaine stabilité dans l’effectif et au poste d’entraîneur. 

Le troisième cycle, c’est celui qui a commencé avec l’arrivée de Rémi Garde à la barre de l’équipe en 2018. Ça coïncide aussi avec l’embauche des Saphir Taïder, Rudy Camacho, Zakaria Diallo et Bacary Sagna, dans le but de relancer le club après une saison 2017 difficile. Mais lors des trois saisons de ce cycle, le club ne s’est pas qualifié pour les éliminatoires, se contentant de participer à un match de barrage en 2020 dans une campagne hachée par la pandémie de COVID-19. On remarque aussi une instabilité des partants, alors que plus de 50% de l’équipe type 2018 n’était plus dans le XI en 2019. Montréal a terminé en septième place en 2018 et en neuvième place deux fois par la suite, alors que le club a changé d’entraîneur à deux reprises en cours de chemin, Thierry Henry venant compléter ce cycle en 2020. C’était aussi l’année où on a commencé à préparer le cycle actuel, alors que le nouveau directeur sportif, Olivier Renard, travaillait déjà à renouveler le groupe de joueurs. 

Crédit photo : GREG M. COOPER/AGENCE QMI

Tout ça nous amène au cycle actuel, marqué par les arrivées de Nancy, évidemment, mais aussi de joueurs comme Djordje Mihailovic, Kamal Miller, Joaquin Torres et compagnie. Comme lors des autres cycles, cette saison 2021 est celle où on prend acte du potentiel du groupe de joueurs nouvellement assemblé. On a vu beaucoup de positif. On découvre des joueurs. Notons l’ascension de Mathieu Choinière et la progression de Joel Waterman durant la saison.

La prochaine campagne en sera une où il faudra apprendre de nos erreurs et se qualifier pour les éliminatoires. Si on arrive à maintenir en place l’essentiel du groupe de joueurs actuel, en faisant quelques ajouts pour le pousser vers le haut, il y aura de quoi être optimiste. Sachant qu’à sa première année, Nancy a vu ses hommes obtenir 46 points et maintenir une moyenne de 1,35 point par match, la troisième meilleure depuis 2012, il y a de quoi avoir hâte à 2022. D’ailleurs, il est à souhaiter que l’organisation reste stable au poste d’entraîneur : lors de son meilleur cycle, de 2015 à 2017, Mauro Biello a été à la barre pendant deux saisons et demie. 

Crédit photo : Martin Chevalier / JdeM

L’exemple des Rapids 

Une chose est certaine, le CF Montréal ne peut pas comparer ses cycles à ceux d’Atlanta United, qui ne lésine pas sur la dépense et qui n’hésite pas à attirer des gros noms. Les partisans du club devraient toutefois regarder du côté des Rapids du Colorado, qui ont terminé au premier rang du classement dans l’Ouest, cette saison. 

D’abord, l’entraîneur du club, Robin Fraser, en est à sa deuxième campagne à la barre après avoir été adjoint (avec les Red Bulls et le Toronto FC) pendant plusieurs années, et il est en considération pour le titre d’entraîneur de l’année, un peu comme Nancy d’ailleurs. Après avoir mené son club au cinquième rang dans l’Ouest il y a un an, Fraser a pu garder la plupart de ses joueurs en place en plus d’obtenir quelques renforts pour 2021. L’équipe a finalement amassé 61 points, ce qui est un indéniable succès. 

Pourtant, la formation du Colorado n’a qu’un seul joueur désigné en Younes Namli et il s’agit d’un prêt. Elle a la 27e masse salariale de la MLS avec un total de 9,890,085 $. Et malgré tout ça, l’équipe est passée devant les Sounders de Seattle et le Sporting de Kansas City, sans parler des deux richissimes clubs de Los Angeles. 

Crédit photo : AFP

En somme, il est toujours tentant de regarder les plus riches et de déplorer un certain manque d’investissements de la part de nos favoris, mais il est bon, aussi, de jeter un œil à ce que font les clubs qui accomplissent beaucoup avec peu. Notons que l’Union de Philadelphie, champion de la saison régulière en 2020, est la 25e masse salariale et le récent champion 2021, le Révolution de la Nouvelle-Angleterre vient au 20e rang en dépense salariale. 

En trouvant le bon entraîneur et les bons joueurs, le Colorado s’est bâti une équipe de séries qui aura sans doute son mot à dire dans les prochaines semaines en Coupe MLS.

Le CF Montréal et ses partisans peuvent s’inspirer de la réussite récente des Rapids et se mettre à rêver. Les bases posées cette année m’indiquent que ce cycle pourrait être très positif.