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Coupe Ryder: du jamais-vu

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Trop forts à cette 43e édition de la Coupe Ryder, les Américains n’ont que quelques trous à rentrer dans le cercueil des Européens dimanche. Bien installé dans le siège du conducteur, ils mènent 11-5 sur leur terrain de jeu à Whistling Straits.

Les États-Unis réécrivent quotidiennement leur livre d’histoire cette semaine dans ce prestigieux tournoi biennal. Jamais ils n’ont dominé leurs adversaires du Vieux Continent de cette façon dans le format actuel appliqué depuis 1979.

Ils remettent ainsi la monnaie de leur pièce à leurs adversaires qui les avaient humiliés au Golf National de Paris lors de la dernière édition en 2018.

Il ne faut surtout pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, diraient les meilleurs coureurs des bois, mais, cette fois, il faut avouer que les Européens ont les pieds pris dans le piège.

L’instinct du tueur

La bannière étoilée doit encaisser 3,5 points pour récupérer le petit trophée doré en fin de journée. Douze matchs en simple sont à l’horaire. Avec l’aplomb qu’ils démontrent depuis deux jours, ce n’est qu’une modalité. Et s’ils sont animés par l’instinct du tueur devant des proies perdues, on pourrait assister à un carnage sur le Straits.

«Il faut se battre et aller chercher tous les points possibles en exécutant les bons coups aux bons moments, a martelé Bryson DeChambeau qui a remporté son premier match en carrière à la Coupe Ryder, samedi après-midi. Il faut s’offrir les meilleures opportunités de gagner. Nous sommes solides, nous comptons les meilleurs golfeurs au monde dans notre formation. Il faut exécuter notre plan de match dans cette journée finale.»

Dans l’ère moderne de cette compétition, soit depuis 1979, les trois équipes qui avaient pris une avance de 10,5 à 5,5 après deux jours sur le champ de bataille ont toutes soulevé la coupe. Les Euros l’ont réussi de justesse chez eux en 1997 (14,5 à 13,5) et en sol américain en 1987 (15 à 13). Les États-Unis y sont parvenus en les écrasant 18,5 à 9,5 en Écosse en 1981.

«Ce n’est pas encore terminé a rappelé le vétéran des favoris de la foule ici, Dustin Johnson. Il faut connaître une bonne journée. Nos 12 gars doivent offrir du jeu solide.»

Démunis

Devant la domination et la profondeur des Américains qui ont remporté trois des quatre séances en duo jusqu’à présent, les Européens sont démunis et cherchent désespérément des réponses. D’aucuns ne semblent en mesure de suivre le rythme du duo composé de Jon Rahm et Sergio Garcia. Ceux-ci ont produit trois des cinq points de l’équipe.

Dans l’autre camp, les 12 golfeurs ont écrit des points au tableau.

Parmi les déceptions de la semaine, Rory McIlroy et Ian Poulter sont méconnaissables. À ses trois matchs, Rory n’a jamais planté sa balle sur le tertre du 16e, éliminé avant de s’y rendre.

«C’est décevant de ne pas être en mesure de contribuer au pointage de l’équipe. Je dois livrer une meilleure performance en simple pour amasser un point. Il faut espérer une poussée pour donner des sueurs froides dimanche au milieu de l'après-midi.»

Mais son coéquipier ne semblait pas tout à fait du même avis. «Nous ne sommes vraiment pas dans une bonne position, a maugréé le vétéran Poulter. Il nous faudra un effort monumental. Il faudra aussi plusieurs miracles.»

Avec ses performances décevantes à Whistling Straits, on pourrait voir l’Anglais une dernière fois sous les couleurs de l’Europe. Advenant une dégelée, ce serait une terrible porte de sortie pour celui qui a été l’étincelle de cette équipe durant six éditions.

Un autre miracle de 2012?

En conférence de presse en soirée, le capitaine Padraig Harrington a fait allusion au fameux «miracle de Medinah» opéré en 2012 en Illinois. Les États-Unis menaient 10-6 à l’aube de la journée finale. Les Euros avaient orchestré une remontée dans les matchs de simple pour l’emporter in extremis 14,5 à 13,5. Cette édition est identifiée comme l’un des meilleurs retours de l’histoire du sport.

Remplis de talents, les Américains avaient implosé le dimanche en concédant 8,5 points à leurs adversaires, euphoriques. Quatre des membres de cette équipe victorieuse participent à l’édition actuelle à Whistling Straits.

Harrington aurait souhaité un point de plus au tableau en fin de journée, samedi, alors que des matchs serrés ont basculé en faveur des rivaux. Chaque petite miette compte.

«Nous ne baissons pas les bras. Nous avons de gros affrontements finaux. C’est encore possible», a-t-il rappelé.

Le «miracle de Whistling Straits»? On peut en douter.

Le capitaine américain Steve Stricker avait goûté à l’amère déception du miracle de Medinah alors qu’il y participait comme joueur. «On y a pensé. Il faut apprendre des erreurs du passé.»

Résultats des matchs de samedi

Pointage : É-U 11 - Europe 5

Match 1 (quatuor)

  • É-U : Koepka / Berger
  • Europe: Rahm/Garcia – Victoire 3&1

Match 2 (quatuor)

  • É-U: Johnson/Morikawa – Victoire 2&1
  • Europe: Casey/Hatton

Match 3 (quatuor)

  • É-U: Thomas/Spieth – Victoire par 2
  • Europe : Hovland/Wiesberger

Match 4 (quatuor)

  • É-U: Schauffele/Cantley – Victoire 2&1
  • Europe : Westwood/Fitzpatrick
  • Pointage séance : É-U 3 à 1
  • Pointage cumulatif : É-U 9 à 3

Match 5 (4-balles)

  • É-U: Finau/English
  • Europe: Lowry/Hatton – Victoire par 1

Match 6 (4-balles)

  • É-U: Koepka/Spieth
  • Europe: Rahm/Garcia – Victoire 2&1

Match 7 (4-balles)

  • É-U: Scheffler/DeChambeau – Victoire 3&1
  • Europe: Fleetwood/Hovland

Match 8 (4-balles)

  • É-U: Johnson/Morikawa – Victoire 4&3
  • Europe: Poulter/McIlroy
  • Pointage séance : Égalité 2-2
  • Pointage cumulatif : É-U 11 – Europe 5

En direct du «Straits»

Un peu de rififi

Que serait la Coupe Ryder sans prises de bec? Il aura fallu attendre à la 2e journée de compétition avant de voir les esprits s’échauffer, en après-midi, samedi, sur la normale 5 du long 5e trou. La scène a impliqué tous les membres du quatuor composé de Jordan Spieth, Brooks Koepka, Jon Rahm et Sergio Garcia, impliquant aussi les cadets. Alors que Rahm a envoyé sa balle dans l’obstacle d’eau à la droite de l’allée au départ, les quatre golfeurs se sont rapidement entendus sur l’endroit du point d’entrée de la balle en marchant vers l’obstacle. Mais une fois rendus, les Espagnols ont tenté d’en passer une petite vite aux Américains en désirant un allégement 20 verges plus loin. Le cadet de Rahm, Adam Hayes, s’est mêlé de la discussion dans un argumentaire musclé avec Spieth pour défendre son patron. Mais Rahm a finalement déposé sa balle au point d’entrée entendu. On a rapidement aperçu la passion des deux parties alors que les Européens étaient en avance par 2 trous. Les deux équipes ont finalement inscrit une normale à la carte sans faire de gagnant à cet endroit. Après avoir récupéré sa balle dans la coupe, Spieth s’est dirigé vers Rahm et Hayes pour calmer le jeu en faisant preuve d’esprit sportif.

«Vamos!»

Le vétéran Sergio Garcia montre les dents à Whistling Straits. En compagnie de son compatriote espagnol, il est hargneux. Samedi matin, ils ont rapidement tiré de l’arrière par 3 trous face à Brooks Koepka et Daniel Berger. Mais ils ont remonté la pente. Depuis le tablier du vert, Garcia a réalisé un coup d’approche parfait en rugissant «Vamos!» (Allons-y !) en direction de son coéquipier. Ceux-ci venaient de ramener l’égalité. Ils ont ensuite achevé leurs rivaux au 17e dans une victoire de 3 et 1.

«Ce coup m’a donné des ailes et je me suis mis à frapper de bons coups, a réagi Rahm. Nous avions pris notre rythme. Nous savons ce que nous pouvons réaliser. Vendredi, j’ai réalisé des bons roulés alors que Sergio n’était pas au sommet de son art. Mais aujourd’hui (samedi), il s’est mis en marche au 6e trou. On se supporte.» Les performances et la complicité de la paire espagnole rappellent les exploits du regretté Seve Ballesteros et de José Maria Olazabal dans les années 80 et 90. Ils avaient joué ensemble 15 matchs, un sommet dans l’histoire, amassant 12 points, un record.

Une première depuis 1979

Décidément, Collin Morikawa est devenu le porte-bonheur de Dustin Johnson. Samedi après-midi, les deux Américains ont remporté une troisième victoire ensemble. En signant également un 4e gain en autant de matchs à Whistling Straits, DJ est devenu le premier Américain à remporter ses quatre duels des 4 premières séances à la Coupe Ryder depuis Larry Nelson en 1979. Il évidemment levé sa casquette à ses coéquipiers en plus de souligner que le parcours épouse son style de jeu.

«Nous formons une bonne équipe, car nous jouons un style semblable et nous pensons pareil sur le parcours, a précisé Morikawa. On pousse la balle devant et on s’offre de belles opportunités de gagner les trous.»

Si DJ remporte un cinquième match dimanche, il rejoindrait Gardner Dickenson (1967), Arnold Palmer (1967) et Larry Nelson (1979) parmi les seuls porte-couleurs des États-Unis à avoir montré une fiche parfaite dans un tournoi. Un changement drastique sur sa fiche de 1-5 à Paris en 2018.