Bertrand Godin

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Course Automobile

Bertrand Godin rejoindra ses idoles

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Honoré de rejoindre un groupe rempli de plusieurs pionniers de la course automobile au Temple de la renommée canadien, dont plusieurs ont été une source d’inspiration, Bertrand Godin est revenu sur une carrière qu’il a façonnée par ses propres moyens.

Pour l’anecdote, Godin était à l’épicerie en train de choisir ses céréales lorsqu’il a reçu l’appel du Panthéon. Croyant avoir droit à un autre appel frauduleux ou de marketing en voyant que le coup de fil provenait de Toronto, sa surprise était totale lorsqu’il a décroché. 

«Tu revois plein de souvenirs, a-t-il indiqué lorsque questionné à propos de sa réaction. Je me voyais [dans ma jeunesse] avec ma petite brouette en train de me faire des courses et de gagner [le Grand Prix de Formule 1] de Monaco et les 500 milles d’Indianapolis dans ma tête.»

Le meilleur conseil 

Ces deux rêves d’enfance, mus par son idole Gilles Villeneuve, Godin ne les a pas réalisés. Mais ils ont été à l’origine d’une carrière pour le moins remplie de belles histoires inspirantes et parsemées et de victoires qui se poursuit encore aujourd’hui, malgré les 53 ans du Maskoutain. Et contrairement à bien des pilotes professionnels, c’est sans l’appui financier de ses parents qu’il a grimpé les échelons.

Ainsi, c’est à 18 ans que Godin a commencé le karting, non sans avoir acheté un bolide en cachette.

«Quand j’ai acheté mon kart, [mon père m’a dit]: "regarde Bertrand, tu as voulu l’acheter, c’est parfait, mais je vais te donner un conseil", et c’est le plus beau conseil que mon père m’a donné. Il m’a dit: "ne compte pas sur nous pour t’aider là-dedans.»

Ainsi, après le karting, Godin a suivi un cours de pilotage. Il a dû contracter un prêt de 8000 $ pour se le permettre. Ensuite, il s’est exilé en France avec seulement 200 $ en poche. Mais grâce au soutien et à l’hébergement de Bertrand Decoster, de l’écurie Mygale en Formule Ford, il a été sacré vice-champion de la série en 1993 et 1994. Croyant pouvoir compter sur l’appui de commanditaires après ces résultats, la récession a fermé les portes l’une après l’autre.

Remise en question 

De retour en Amérique du Nord, il a rapidement reçu un appel de l'écurie Forsythe, de la série Indy Light, afin de remplacer Claude Bourbonnais, blessé. En huit courses réparties sur deux saisons, il a signé son meilleur résultat à Trois-Rivières avec une cinquième place en 1996.

Puis, en 1997, il s’est tourné vers la Formule Atlantique, gagnant au passage le Grand Prix du Canada.

L'année suivante, il a participé au Championnat de Formule 3000 avec la modeste écurie Durango. Il n’a ainsi jamais eu le matériel pour se battre à armes égales avec les Juan Pablo Montoya et Nick Heidfeld de ce monde dans l’antichambre de la Formule 1, montrant une huitième place – sous la pluie – comme meilleur résultat.

Par la suite, les choses se sont compliquées pour Godin.

«J’avais un châssis délaminé cette année-là. (...) Un pilote, quand ça va bien, on évolue. Mais quand ça ne va pas bien, on se remet en question. C’est incroyable comment je poussais la machine sans obtenir de résultats», s’est-il désolé.

Retour victorieux 

Lors des deux années suivantes, Godin a évolué dans de nombreuses séries, comme la Coupe Toyota et le CASCAR. «J’ai couru sur tout ce qu’il y a des roues», a lancé Godin, indiquant avoir perdu l’envie de courir à bord de voitures peu compétitives.

S’en est suivi une pause de près de 18 ans avant de revenir à l’action en Formule 1600. N’ayant jamais cessé de s’entraîner, il a triomphé, deux fois plutôt qu’une, au GP de Trois-Rivières, en 2018 et 2019. «C’était rajeunir de 30 ans», a-t-il dit avec fierté.

Aujourd’hui, Godin souhaite poursuivre la course en parallèle à ses activités comme instructeur à l’École nationale de police du Québec, porte-parole de PROCURE, descripteur des courses de Formule E sur les ondes de la chaîne TVA Sports et pilote d’avion.

«Ça fait drôle de voir que je suis intronisé au Temple de la renommée alors que ma carrière est loin d’être finie!» s’est-il exclamé.

«Je trouve que je suis chanceux de vivre cette belle vie-là et d’avoir la reconnaissance. Ça me fait vraiment plaisir de savoir que mon nom va être avec ceux de tous ces grands pilotes-là», a-t-il conclu.

La cérémonie d’intronisation est prévue en février prochain à Toronto, et permettra d’ajouter 16 noms aux immortels. Outre Godin, Patrick Carpentier fait également partie des élus.

Gagner comme Gilles Villeneuve

Parmi tous les accomplissements qui ont ponctué sa carrière, Bertrand Godin estime que sa victoire au Grand Prix du Canada, en Formule Atlantique en 1997, est le plus beau moment de sa carrière.

Ce triomphe, survenu sur le circuit qui porte le nom de son idole Gilles Villeneuve, il ne l’échangerait pour rien au monde. Pas même... pour une saison en Formule 1!

«Ç’a été un gros moment parce que mon inspiration, c’était Gilles Villeneuve, a expliqué Godin, récemment en entrevue. Surtout quand il a gagné à Montréal et qu’il a pris le drapeau [à damiers] dans ses mains pour le tour d’honneur. Le petit garçon de 10 ans que j’étais voulait tellement vivre un moment comme ça. Et 19 ans plus tard, avec 70 000 personnes dans les estrades, [le préposé au départ] Jean-Guy Courcelles est descendu et m’a donné le drapeau à damiers et m’a dit: "fais le ton tour d’honneur".»

«Des gens m’ont demandé si j’échangerais ma victoire contre une saison en F1 dans une écurie de fin de peloton. Et j’ai dit non. Parce que gagner à la maison, c’était pour moi un moment vraiment extraordinaire.»

Ainsi poussé par le souvenir de Gilles, Godin croit qu’il s’agit d’un exemple probant de l’importance et de l’influence que chaque personne peut avoir sur son prochain.

«L’inspiration que les athlètes professionnelles, les parents, ou peu importe qui, l’exemple qu’on donne autour de nous, ont une influence sur qui et comment on va être.»

«Il y a un peu un flambeau qui se passe d’une personne à l’autre.»