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Après New York, Leylah part à la conquête du monde

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Une finale aux Internationaux des États-Unis, ça vaut de l’or. Littéralement, pour Leylah Fernandez. Avant même que soit frappée la première balle du match ultime, son agent confirmait un nouveau partenariat pour la jeune Québécoise.

«En termes de marketing, elle passe à un autre niveau, a reconnu au Journal, hier, son agent Bernard Duchesneau. Il y a beaucoup de gens qui m’ont contacté, qui ont démontré de l’intérêt.»  

Avec ces partenariats et la bourse de 1,25 million $ US qu’elle a touchée au terme de la finale – près du double de ses gains en carrière avant la quinzaine (786 772 $) – c’est fini les inquiétudes financières pour le clan Fernandez.

Un baume sur des années difficiles. Quand Leylah n’avait que 10 ans, sa maman Irene est partie travailler durant trois ans en Californie afin de soutenir financièrement son rêve de devenir une joueuse de tennis professionnelle.

«Ç’a été très dur, a confié Fernandez. J’avais besoin d’une mère...»

Son père Jorge a parfois sauté des repas lorsque sa fille était en tournoi afin de s’assurer que toutes les économies allaient au développement de sa fille.

«Ils le méritent, a reconnu M. Duchesneau. Il y a quelques années, le but n’était pas de faire de l’argent. C’était de survivre. Ils récoltent les fruits de beaucoup de sacrifices.»

Candide, authentique... et trilingue  

Il y a quelque chose de spécial chez Leylah Fernandez qui risque d’attirer les commanditaires, croit l’agent.

Au-delà de son parcours inoubliable aux Internationaux des États-Unis, au cours duquel elle s’est rendue en finale en battant quatre favorites, malgré son 73e rang mondial.

«Il y a de grands athlètes qui arrivent avec de grands résultats, mais qui n’ont pas nécessairement de la candeur, de l’authenticité et une histoire qui intéresse les gens. Leylah, elle, elle rend les rêves accessibles à tous.»

«Les commanditaires aiment ça. Car ils ne s’associent pas seulement à un athlète, ils s’associent à Leylah», ajoute-t-il.

Autre point intéressant : le côté multiethnique de l’athlète de 19 ans. Leylah est née d’un papa équatorien et d’une maman philippine.

Elle a grandi à Montréal et elle vit depuis quelques années en Floride.

Elle parle d’ailleurs trois langues, le français, l’anglais et l’espagnol.

«Il y a beaucoup de gens, qui par origine, vont s’intéresser à elle. Elle a accès à un marché plus grand que d’autres athlètes», soulève M. Duchesneau.

Avant le US Open, Leylah Fernandez était commanditée par Asics et par l’équipementier sportif Babolat. Telcel, une compagnie de téléphonie sud-américaine, et Birchbox, des cosmétiques, parrainaient aussi la jeune joueuse. Et, bien sûr, le Conseil de l’industrie de l’érable pourrait s’ajouter à cette liste après sa savoureuse déclaration sur le terrain, au sujet du succès des joueurs québécois. «Je crois que c’est à cause du sirop d’érable !» avait-elle lancé.

Une déclaration aux New-Yorkais qui venait du cœur  

Leylah Fernandez s’est réveillée samedi, et à quelques heures de sa première finale dans un tournoi majeur, elle a regardé la date sur le calendrier.

Le 11 septembre. Les attentats de New York avaient 20 ans et elle, elle allait de nouveau jouer devant cette foule new-yorkaise qui l’avait adoptée depuis le début des Internationaux des États-Unis.

«Je me rappelle avoir regardé des films à propos des attentats, et d’avoir demandé à mes parents ce qui était arrivé exactement ce jour-là, s’est remémorée la Québécoise en conférence de presse, samedi. Vous savez, j’étais vraiment sous le choc quand ils m’ont raconté cette journée-là.»

Elle n’a que 19 ans, Leylah. Elle n’était pas encore née en ce 11 septembre 2001 : elle allait voir le jour près d’un an plus tard.

Ça ne l’a pas empêchée de redemander le micro à Mary Joe Fernandez, quelques minutes après sa défaite en finale, pour rendre un vibrant hommage à ses supporteurs new-yorkais. Et à New York tout entier.

«J’espère que je pourrai être aussi forte et résiliente que New York l’a été au cours des 20 dernières années, a lancé Fernandez, sous les acclamations de la foule. Merci de m’avoir supportée tout au long du tournoi.»

«Mature et empathique»  

Une déclaration qui a été saluée par plusieurs athlètes, dont l’ex-joueur Andy Roddick, dernier Américain à avoir remporté le US Open, en 2003.

«Leylah qui redemande le micro pour parler du 11 septembre. C’est l’un des gestes les plus matures, les plus classes et les plus empathiques que j’ai vus après un match. Et elle n’a que 19 ans... je suis renversé», a commenté l’ancien numéro 1 mondial.

«J’en sais peu sur ce qui est vraiment arrivé, mais avec le peu d’information que je détiens, je sais que New York a souffert dans les années qui ont suivi les événements, a ajouté la Lavalloise devant les journalistes. Je voulais leur laisser savoir qu’ils sont forts, qu’ils sont résilients. Ils sont tout simplement incroyables.»

Bernard Duchesneau, l’agent de la Québécoise, explique que cette déclaration d’amour aux New-Yorkais n’avait pas été prévue.

«Les gens à New York l’ont vraiment adoptée au cours de la quinzaine. Sa déclaration était très sensible, et ça venait vraiment d’elle», dit-il.

«De les voir heureux, vivants, vivre comme avant et me supporter pendant mes moments plus difficiles, ça m’a rendue plus forte et ça m’a permis de croire en moi encore plus», a ajouté Leylah, samedi.