Crédit : Martin Chevalier / JdeM

Boxe

Victime du syndrome du second impact ?

Mathieu Boulay

Publié | Mis à jour

En raison des coups répétitifs à la tête, les boxeurs sont souvent victimes de commotions cérébrales. À la lumière des informations qui sont maintenant connues, Jeanette Zacarias Zapata pourrait avoir été victime du syndrome du second impact samedi soir sur le ring du court Rogers.

C’est une complication rare d’une commotion cérébrale. Lorsqu’une personne en est victime, on assiste à une enflure prononcée du cerveau.

Deuxième commotion?

Cela se produit lorsqu’un athlète est victime d’une deuxième commotion alors que la première n’est pas encore complètement guérie. Au cours des dernières années, plusieurs athlètes en sont décédés.

Est-ce que c’est ce qui est arrivé à Zapata? C’est possible selon le spécialiste Dave Ellemberg.

«Comme on le sait, elle a été knockée au mois de mai, a souligné celui qui est neuropsychologue clinicien. C’est très possible qu’elle ait été victime du syndrome du second impact.

«Le deuxième impact, celui qu’elle a subi samedi, a pu causer une enflure cérébrale importante et un possible saignement cérébral. Si elle n’a pas eu d’enflure et de saignement, elle a de bonnes chances de s’en sortir avec peu de séquelles.»

Dans les secondes après sa défaite, on a vu Zapata convulser alors qu’elle était encore debout.

«C’est l’activité électrique dans le cerveau qui n’est plus synchronisée normalement, a expliqué Dr Ellemberg. Le cortex moteur, qui contrôle les bras et les jambes, peut être atteint. C’est ce qui est le plus visible.

«Par contre, ça touche aussi les fonctions de la parole, de la vision, de l’audition. La personne perd son tonus musculaire. C’est pour cette raison que Zapata s’est effondrée.»

Avoir les bons outils

Après sa défaite au mois de mai, Zapata a subi des tests médicaux au Mexique. Elle avait passé deux «scans» cérébraux qui n’avaient révélé aucune anomalie.

Puis, lorsqu’elle a accepté de venir en découdre avec Marie-Pier Houle, la Mexicaine a dû obtenir d’autres «scans» de son cerveau avant de les envoyer à la Régie au Québec. Encore là, tout était en règle.

À son arrivée à Montréal, l’athlète de 18 ans a passé avec succès tous les tests médicaux exigés par la Régie avant de monter sur le ring.

«Il faut avoir les bons outils pour avoir une bonne évaluation du cerveau, a précisé Ellemberg. Après son duel du mois de mai, elle a fait des tests et elle était correcte selon leurs examens.

«Selon une étude qu’on a publiée récemment, un athlète sur quatre, qui obtient le feu vert des médecins, n’est pas prêt à retourner au jeu. Le cerveau n’est pas encore remis.»

Dans un monde idéal, Dr Ellemberg aimerait voir des tests de tomodensitométrie plus poussés afin d’avoir un portrait juste des cerveaux des boxeurs.

«Les tests d’imagerie classiques n’ont pas la sensibilité pour répertorier les déficits et les dommages associés à la commotion cérébrale, a-t-il indiqué. Avec des tests plus poussés, tu peux voir les différentes régions du cerveau qui sont connectées.»

La prudence est de mise

Les prochains jours seront déterminants pour Zapata selon le président de l’Association québécoise des médecins du sport et de l’exercice, Dr Luc de Garie.

«Ça peut aller des deux côtés. Habituellement, les victimes de trauma comme ça ont des séquelles permanentes d’une certaine façon. C’est rare qu’ils retrouvent une fonction cérébrale totalement normale», a-t-il souligné.

Tout dépend des secteurs du cerveau qui ont été touchés.

«Tous les centres de contrôle et de commandes sont différents d’une place à l’autre. La vision est plus à l’arrière, la parole est plus à gauche. Les séquelles, on va les savoir plus dans les semaines, mois à venir», a insisté Dr de Garie.

-Avec la collaboration de Laurent Lavoie