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Football universitaire RSEQ

Un défi colossal

Jean Carrier

Publié | Mis à jour

Mathieu Bertrand a été repêché par les Alouettes à la position de quart-arrière en cinquième ronde du repêchage 2003 de la Ligue canadienne de football (LCF).

Le natif de Chambly a transformé le programme du Rouge et Or en devenant l’un des joueurs les plus marquants.

Il incarnait l’espoir de plusieurs observateurs de s’établir comme quart-arrière dans la LCF. L’aventure a été de courte durée puisqu’il a signé l’année suivante avec Edmonton où il a connu une très solide carrière de neuf saisons comme centre-arrière tout en s’illustrant sur les unités spéciales.

«Il faut réaliser que c’est très difficile de jouer à ce niveau. Il faut que tu sois un quart-arrière complet. Je me souviens que le pivot de Queens, Tommy Denison, était excellent. Il avait une belle stature, un bras superbe, mais il préférait lancer de la pochette et n’était pas le plus mobile. Le résultat est qu’il n’a pas vraiment eu sa chance dans la LCF. Tu dois posséder tous les éléments.»

Hypothéqué physiquement

Dans le cas de Bertrand, le problème se situait au niveau physique. Le quart assure qu’il ne s’est pas senti déclassé sur le terrain. C’est plutôt son corps qui l’a abandonné.

«Après le camp avec les Alouettes, j’ai réalisé que je ne serais jamais capable de soutenir le volume de ballons lancés par un quart-arrière professionnel. J’avais déjà subi une opération à l’épaule et c’était impossible physiquement de soutenir cette charge de travail. J’ai choisi de changer de position et cela a été la meilleure décision de ma carrière.»

Le prochain

Celui qui s’occupe maintenant d’entraîner les unités spéciales pour le Rouge et Or est d’avis que du progrès a été fait dans les dernières années.

«Je ne suis pas prêt à dire que les meilleurs actuellement du circuit universitaire canadien sont nécessairement meilleurs que l’élite d’il y a 15 ou 20 ans. Par contre, il y a une bien meilleure profondeur à la position. Quand on va voir celui qui va percer au niveau professionnel, on va le reconnaître immédiatement.»

Espoirs à surveiller

Voici trois espoirs qu’il faudra surveiller attentivement dans les prochaines années.

Jonathan Sénécal : Cela fait très longtemps qu’il n’y a pas eu autant d’attente autour d’un joueur universitaire québécois. Le quart des Carabins a tout renversé au collégial avec les Phénix d’André-Grasset. Il avait accepté une bourse d’études des Huskies de UConn avant de revenir à Montréal en 2020 en raison de la pandémie.

Jack Zergiotis : Ce Montréalais évolue avec l’Université du Connecticut dans la NCAA. Le produit des Islanders de John Abbott lutte actuellement pour le poste de quart partant et il possède déjà un bagage d’expérience de 10 parties à ce niveau.

Christian Veilleux : Même s’il n’est pas originaire du Québec, nous avons décidé d’inclure le Franco-Ontarien dans la liste. Il a accepté une bourse d’études à Penn State. Le natif d’Orléans, dans la région d’Ottawa, devra faire sa place dans l’organigramme des Nittany Lions.

L’ATTRAIT AMÉRICAIN POUR PASCAL TRUDEAU

Pascal Trudeau est l’un des rares quarts-arrières québécois à avoir reçu une bourse d’études en division 1 de la NCAA. Un exploit si l’on considère qu’il l’a fait dans la puissante Southeastern Conference.

Il a joué une seule saison pour les Wildcats de Kentucky avant de prendre la décision de revenir au Québec. Il entraîne les quarts au niveau collégial division 1 depuis plusieurs saisons avec les Titans de Limoilou.

«On n’est pas loin d’avoir un pivot de la province qui perce chez les pros. J’ai été chanceux dans mon développement et j’ai profité de bons entraîneurs, ce qui n’était vraiment pas le cas pour tous les joueurs de mon temps. Maintenant, la qualité d’entraîneur est plus forte partout au Québec et ça se reflète dans le nombre de quarts-arrières de qualité évoluant au collégial et au football universitaire.»

Derrière des pros

Il demeure qu’à son unique saison dans la NCAA, Pascal Trudeau a vu des choses hallucinantes. «C’était les débuts du Air raid offense avec Mike Leach comme coordonnateur à l’attaque. Le problème est que je jouais derrière Tim Couch qui a été un premier choix de la NFL et Jared Lorenzen qui a également eu une belle carrière dans la NFL. Je ne voyais pas comment j’aurais pu avoir du temps de jeu.»

Pour Trudeau, il ne fait aucun doute qu’un joueur ayant la chance d’évoluer à ce niveau part avec une longueur d’avance sur un joueur évoluant dans les universités québécoises. «Le jeu est tellement plus rapide. Nous avions trois entraîneurs pour quatre quarts-arrières. Tout est méticuleusement analysé et c’est simplement difficile de rivaliser contre ce genre de ressources.»

Évoluer sur un terrain plus petit change la donne. «La vitesse de réaction n’est pas la même. T’as intérêt à ne pas faire flotter de ballon, parce qu’il sera intercepté. Quand je me comparais avec Couch, je me trouvais plus mobile, mais la précision de son bras, sa connaissance du cahier de jeux et sa vitesse de prise de décision étaient à un autre niveau. Comme il prenait absolument toutes les répétitions importantes en pratique, ça devenait dur de s’améliorer.»

Cela n’empêche pas Trudeau de penser que le défi de percer le niveau professionnel pour un quart québécois peut se réaliser en passant par le système de la Belle Province.

«Le coaching a tellement évolué en 20 ans. Il y a beaucoup de vidéos sur le web où les jeunes joueurs peuvent réaliser le travail par eux-mêmes.»