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Crédit : PHOTO D'ARCHIVES, AGENCE QMI

Canadiens de Montréal

CH: Jordan Harris brise le silence et dévoile son plan

Publié | Mis à jour

Lundi matin, 10h30. L’espoir des Canadiens Jordan Harris vient tout juste de terminer une intense séance de conditionnement physique en gymnase. Il profite de quelques minutes de repos avant 11h, heure à laquelle il doit sauter sur la patinoire pour la suite de sa journée d’entraînement. 

Cet horaire, aux apparences plutôt folles, n’est pourtant que la norme pour le jeune défenseur de 21 ans. Détendu, il répond à l’appel de l’auteur de ces lignes avec le sourire dans la voix. 

«Hey, comment vas-tu?»

«Moi, ça va, Jordan! Mais les partisans des Canadiens, eux, sont un peu nerveux...»

Depuis qu’Harris a décidé de retarder son entrée chez les professionnels pour demeurer une année supplémentaire dans les rangs collégiaux, à Northeastern, toutes les hypothèses, allant jusqu’aux plus farfelues, ont été entendues. 

«Il n’aime pas les Canadiens. Il veut faire faux bond à l’équipe! Ce n’est qu’une tactique pour quitter en douce», ont avancé certains partisans, en mars dernier, lorsqu’ils ont appris la décision de l’arrière gaucher. 

La «saga Harris», assurément camouflée (éclipsée?) par la folle épopée éliminatoire du CH, a connu une certaine accalmie ces derniers mois. Mais elle est de retour au centre des discussions depuis le début du mois d’août. 

Pourquoi? Parce qu’à pareille date l’an prochain, les Canadiens seront sur le point de perdre les services de leur choix de troisième ronde en 2018 s’il n’y a pas eu d’entente entre les deux parties.

Marc Bergevin doit, d’ici le 15 août 2022, faire signer un contrat d’entrée de la LNH à Jordan Harris, sans quoi il tombera agent libre sans compensation et sera, par le fait même, rendu disponible à... toutes les équipes!

Jordan Harris
Crédit photo : Photo Courtoisie

Avant d’aller plus loin, mettons immédiatement fin aux rumeurs. Maintenant. À l’instant. 

Jordan Harris aime profondément les Canadiens de Montréal. Il est fier d’être un espoir de l’organisation. Et il a lui-même tenu à rassurer les partisans de l’équipe. 

«Je n’ai absolument rien contre le fait de jouer à Montréal. Bien au contraire! C’est le plus beau marché de hockey au monde avec, en prime, les meilleurs fans. Tout le monde a été séduit par le parcours du club en séries. Honnêtement, jouer pour les Canadiens serait un immense honneur. Mes droits appartiennent toujours au Tricolore et le plan est de m’entendre avec l’équipe.»

Cet aspect clarifié, laissons maintenant Jordan Harris nous résumer les derniers mois de sa jeune carrière... et nous parler des prochains, qu’il entrevoit avec énormément d’optimisme. 

Une décision très difficile       

Au cours des derniers mois, Jordan Harris s’est fait plutôt discret sur sa situation avec le CH, préférant se concentrer sur ses études (vous verrez plus bas qu’il est extrêmement sérieux vis-à-vis l’école). Son entraîneur, Jim Madigan, avait, lors d’un entretien avec TVA Sports en mars dernier, expliqué pourquoi son poulain avait choisi de disputer une quatrième saison universitaire en 2021-2022. 

Cinq mois plus tard, Harris, constatant le tourbillon que sa décision avait engendré, a bien voulu s’exprimer sur le sujet. 

«J’ai toujours été conscient de la chance que j’aurais eue en me joignant dès cette année à l’organisation des Canadiens. Être repêché par cette équipe est, crois-moi, un privilège que je suis loin de prendre pour acquis. Mais au point où j’en suis dans mon cheminement académique et sportif, je ne peux pas prendre une décision sur un coup de tête. Je dois considérer tous les facteurs.»

Et lorsqu’on prend le temps d’écouter le jeune homme, on comprend que son choix est extrêmement légitime, voire logique. 

«Graduer de l’université Northeastern représente beaucoup pour moi et je voulais terminer ce que j’avais commencé. J’ai aussi été nommé capitaine de cette équipe et je voue un respect sans bornes à tous mes coéquipiers et entraîneurs. Je vois mon association avec les Huskies comme un engagement. Il y a aussi l’aspect hockey. De mon point de vue, cette quatrième saison dans la NCAA me servira à améliorer les petits détails de mon jeu qui me chicotent. Je sais au fond de moi que je serai un meilleur joueur quand le moment de la LNH finira par se pointer.» 

Crédit photo : Joël Lemay / Agence QMI

Sans filtre, Harris avoue que de devoir choisir entre les Canadiens et Northeastern a été extrêmement cruel. Le défenseur n’a pas peur des mots. Il semble même émotif. 

«Je veux que tu saches que ç’a été extrêmement difficile pour moi. Ce fut des jours de réflexion très pénibles. Imagine que tu as l’occasion de discuter avec Marc Bergevin et Claude Julien dans la même journée. Tu raccroches et tu sais que ton rêve est de plus en plus concret. Mais je me disais aussi que l’université était importante pour moi. J’étais tellement mélangé! J’ai eu de nombreuses discussions avec mes parents. Pendant trois semaines, je me levais le matin en n’ayant aucune idée de la bonne décision à prendre. J’ai finalement choisi la NCAA et je crois, comme je le disais précédemment, avoir de bonnes raisons pour justifier cette décision.»

Clairement, l’école et les succès académiques occupent une place très importante dans le cœur et la tête du patineur originaire du Massachussetts. Mais d’où lui vient cette grande rigueur qu’il voue à ses études? Harris, qui étudie en administration des affaires, y va d’une réponse qui démontre très clairement toute la maturité qui l’anime. 

«Ça vient de mes parents. J’ai été élevé comme ça. Contrairement à plusieurs, je ne perçois pas l’université comme un simple tremplin vers la LNH. Je vais à l’école pour être éduqué. Je me présente chaque jour à l’université avec un seul objectif en tête : que mon expérience scolaire soit la plus enrichissante et complète possible. Le diplôme que je décrocherai dans quelques mois représente beaucoup pour moi.»

En mission       

On le disait plus haut, Jordan Harris s’entraîne avec aplomb en vue de la prochaine saison. Il ne néglige aucun détail pour arriver à Northeastern au meilleur de sa forme. 

«Je suis sur la glace à tous les jours de la semaine,. Je patine six ou sept fois par semaine. Je m’entraîne aussi en musculation cinq jours sur sept, donc mes semaines sont bien remplies. Je mets vraiment l’emphase sur mon explosion et ma force physique. Je me sens plus fort et plus gros que je l’étais l’an dernier. Je suis très heureux de mon été d’entraînement jusqu’à présent. J’ai pris cinq livres de muscle, tout en étant très actif au niveau cardiovasculaire. Je pèse maintenant 190 livres et mesure 5 pieds 11 pouces.»

Évidemment, Harris souhaite terminer son parcours universitaire en beauté... et il est confiant de voir son équipe être très compétitive l’an prochain. 

«Je suis vraiment excité par rapport à la prochaine saison. Nous compterons sur un groupe très talentueux en attaque, mais aussi très solide défensivement. La plupart de nos défenseurs de l’an dernier sont de retour et je sens tout le monde très prêt. Ce sera une belle saison.»

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Crédit photo : Photo d'archives, AFP

L’arrière souhaite aussi, logiquement, bien paraître sur le plan personnel. Il s’agira d’une première saison à titre de capitaine pour celui ayant récolté 19 points en 19 matchs l’an dernier. 

«Je veux vraiment m’établir comme un meneur. Je souhaite que les gars puissent me prendre comme exemple lorsqu’il est question d’habitudes de travail. Je veux aussi être présent pour les jeunes joueurs de l’équipe.

«Sur la glace, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour aider l’équipe à gagner. Oui, la dernière saison s’est bien passée pour moi, mais il y a quand même plusieurs aspects sur lesquels je souhaite travailler. Mon angle d’approche sur le porteur de la rondelle, mon positionnement en zone défensive... Chaque jour, je regarde plusieurs vidéos et j’essaie d’en tirer le maximum pour amener mon jeu à son plus haut niveau.»

La balle dans le camp de Bergevin?       

Jordan Harris est sans l’ombre d’un doute un jeune homme très sérieux. Dans la vie comme dans le sport. Un «petit gars avec une tête sur les épaules», comme on dit au Québec. Comme en témoigne sa récente nomination à titre de capitaine des Huskies de l’université Northeastern, il est également un excellent leader. 

Mais au-delà de tout ça, ses qualités de joueur de hockey sont également très alléchantes. C’est d’ailleurs l’une des principales raisons pour laquelle les partisans du CH sont si craintifs à l’idée de le voir quitter en août prochain.

Extrêmement mobile, Harris est pratiquement impossible à déborder. Son jeu de transition est également au-dessus de la moyenne. Il effectue ses sorties de zone avec rapidité et prestance et est très à l’aise en transport de rondelle. En zone offensive, il est passé maître dans l’art de trouver les lignes de tirs et de passes. La facilité avec laquelle il glisse le long de la ligne bleue crée de nombreuses ouvertures, tant pour lui que pour ses coéquipiers. 

Si Harris est, comme on l’a vu plus haut, un grand passionné d’éducation, ce n’est pas seulement lorsqu’il est question d’école. Le défenseur avoue passer de longues heures, chez lui, à étudier le hockey. Il inspire d’ailleurs son jeu de deux arrières bien connus. 

«Miro Heiskanen et Cam Fowler sont les deux défenseurs que j’aime le plus étudier. J’adore leur façon de jouer et je m’inspire d’eux très souvent.»

Si Harris parvient ne serait-ce qu’à s’approcher du niveau de jeu de l’un de ces deux patineurs dans les prochaines années, Montréal risque de tomber sous son charme très rapidement. 

À moins que le jeune homme finisse par aboutir sous d’autres cieux?

Parce que si Harris semble réellement vouloir évoluer à Montréal, il lance également, en fin d’entretien, que c’est présentement le calme plat entre son clan et celui des Canadiens. 

«Nous n’avons pas eu de nouvelles de l’équipe depuis un bon moment déjà. Ça remonte à la discussion où mon agent a annoncé à Marc Bergevin que je revenais à Northeastern pour cette année.»      

Bien sûr, il reste encore du temps à Marc Bergevin. Beaucoup de temps. Et le fait qu’il ne soit pas encore actif dans ce dossier est normal, compte tenu du moment de l'année et des règles en vigueur relativement aux contrats offerts aux joueurs issus de la NCAA. 

Mais il est à souhaiter que le directeur général des Canadiens ait un plan concernant Jordan Harris. Le perdre pour rien serait affreux. Le voir évoluer dans un autre uniforme que celui du CH, encore plus.