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Canadiens de Montréal

90 secondes à faire et... un grand ami à vaincre

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Yanni Gourde a marqué l’unique but du septième match contre les Islanders de New York. Il transportait le Lightning vers une deuxième finale d’affilée. Il n’oubliera jamais ce but gagnant, mais il gardera aussi en tête un autre jeu qu’on ne lit pas sur une feuille de pointage.

On fait un retour au cinquième et dernier match de la finale contre le Canadien. Il reste 1 min 24 s en troisième période. Il y a une mise en jeu dans le territoire défensif de Tampa Bay. Le CH a retiré Carey Price pour un sixième patineur. 

Dominique Ducharme fait confiance à Phillip Danault pour cette mise en jeu. Jon Cooper réplique par Gourde.

On redonne maintenant la parole au numéro 37 du Lightning.

«Pour le cinquième match contre le Canadien, j’étais sur la glace pour la dernière mise en jeu. Je me retrouvais contre Phillip Danault, un de mes grands chums. Pour moi, c’était juste wow ! C’était le fun de voir la confiance de Jon à ce moment dans le match. Il restait seulement 90 secondes [84 secondes] à jouer et c’était 1 à 0 seulement.»

«Je voulais absolument gagner cette mise en jeu. J’ai tout donné pour la gagner et j’ai réussi. Je sais que Phil voulait la gagner autant. J’ai eu de bonnes batailles contre Phil pendant cette finale. J’ai tellement de respect pour lui. C’est un grand compétiteur, un très bon joueur, un travaillant et un bon gars. Il est inspirant comme joueur et personne.»

Deux Tigres 

Pour Gourde, c’était encore plus qu’une mise en jeu. C’était aussi un duel contre son ancien coéquipier des Tigres de Victoriaville et un ami de longue date.

«Je n’ai pas encore parlé à Phil depuis l’élimination, a dit Gourde lors d’une entrevue téléphonique samedi au Journal. Pour la poignée de main, je lui ai dit qu’il était vraiment un bon joueur et qu’il avait connu un beau parcours en séries. J’ai pris le temps de lui dire que j’étais fier de lui. C’était difficile comme contexte. Je voyais la tristesse dans ses yeux. Le Canadien a connu un beau parcours en séries.»

«Phil est mon grand chum. Je trouvais ça dommage pour lui. Mais je sais que la façon dont il joue, il aura une autre chance de jouer une finale de la Coupe Stanley.»

Un trio unique 

Un entraîneur grondera un attaquant pour une présence plus longue qu’une minute. Pour le moment le plus crucial, Gourde n’a pas quitté la glace pour plus de deux minutes en fin de troisième période. Il a pris les deux dernières mises en jeu pour égrainer les 2 min 7 s qui restaient au cadran.

Blake Coleman a aussi joué 2 min 7 s en fin de match. Barclay Goodrow, l’autre membre de ce magnifique troisième trio, est resté encore plus longtemps avec 2 min 23 s. Goodrow a aussi bloqué des tirs de Shea Weber et de Jeff Petry en fin de match.

Après le match, Cooper n’a pas chicané ses trois attaquants pour leur interminable présence. Ça faisait partie de la stratégie. Il voulait finir la partie avec eux sur la glace. Et c’était le bon choix. Cooper a d’ailleurs parlé du courage de Goodrow, qui n’a pas hésité à se placer dans la ligne de feu contre Weber.

De Goodrow à Gourde 

Tradition oblige, le capitaine Steven Stamkos a récupéré la coupe Stanley des mains du commissaire, Gary Bettman. Stamkos l’a ensuite donnée à Victor Hedman, qui, lui, l’a confiée à David Savard. Gourde a patienté quelques minutes avant d’avoir son tour de glace avec le trophée.

«Je ne regarde pas vraiment l’ordre, a-t-il répliqué. J’étais heureux de voir David parmi les premiers, c’était sa première conquête. Je ne sais pas si j’étais le 8e, le 9e ou le 15e... Quand j’ai la chance de prendre la coupe, je suis juste heureux et excité. C’est Barclay qui m’a donné la coupe. Je lui avais dit de la garder dans les airs puisque je venais de bloquer un tir et que j’avais vraiment mal à un bras. Je ne voulais pas devoir la soulever au complet. J’avais peur de ne pas pouvoir la monter au-dessus de ma tête.»

«Après mon tour, je l’ai donnée à Coleman. Barclay, Blake et moi, nous avons pratiquement le même nombre de matchs en carrière.»

Joueurs autonomes 

C’était aussi un moment symbolique pour ce trio. Coleman et Goodrow pourraient devenir joueurs autonomes sans compensation le 28 juillet. Pour reprendre les mots des joueurs du Lightning, c’était comme un dernier jour à l’école pour Gourde, Coleman et Goodrow.

«On a pris des photos les trois ensembles avec la coupe, a dit Gourde. J’ai adoré jouer avec Blake et Barclay. C’est tellement facile de jouer avec eux, ils ont un style simple. On avait une seule exigence pour nous trois : c’était de rester les gars qui travaillent le plus fort sur la glace. Mais ça, c’était dans nos ADN respectifs.»

Un gagnant de coeur 

Âgée de 3 ans, la jeune Emma Gourde n’a pas regardé le cinquième match de la finale des gradins du Amalie Arena. C’est seulement le lendemain matin qu’elle a pris connaissance de la victoire du Lightning et de son père, Yanni.

«Emma m’avait laissé dormir quelques heures de plus jeudi, mais elle avait hâte de me voir. Je me suis réveillé à son entrée dans la chambre. Je lui ai dit que j’avais gagné la coupe Stanley. Ça m’a tellement fait rire, mais elle m’a demandé si j’avais gagné pour elle. Je trouvais ça cute et drôle.»

Gourde éclate de rire en racontant cette anecdote. On ressent tout le bonheur et la fierté dans sa voix. Après des semaines à se dévouer corps et âme au Lightning en vue d’atteindre une deuxième fois en neuf mois le sommet de la montagne, le joueur de centre de 29 ans ne pouvait rêver d’un plus beau réveil.

Il gardera pour toujours dans son cœur l’image de sa jeune fille qui lui pose la plus belle des questions: «As-tu gagné pour moi?» De cette deuxième conquête, il chérira également les moments en famille.

«Quand tu gagnes, tu ressens toujours une immense fierté, a rappelé Gourde au Journal. C’était quand même très différent avec nos partisans cette année et nos familles à Tampa. L’an dernier, c’était une expérience unique avec les bulles de Toronto et Edmonton. On avait passé plusieurs semaines ensemble, c’était une première dans la LNH.»

«Cette année, c’est différent comme sentiment, mais c’est toujours aussi incroyable. Tu ne peux pas battre la fierté d’une première conquête, mais la deuxième est tout aussi spéciale.»

Un appel sur la glace 

Dans l’euphorie de la victoire, sur la glace du Amalie Arena, Gourde a pris son cellulaire pour joindre sa conjointe, Marie-Andrée, assise dans les estrades.

«Il y avait énormément de bruit, on ne s’échangeait pratiquement pas de mots, mais on n’avait pas besoin de parler pour comprendre ce qu’on vivait, a-t-il dit. Il y a beaucoup de sacrifices pour atteindre tes objectifs dans la vie et Marie-Andrée est toujours là pour moi et notre famille.»

Avec papa et maman 

À une époque avant la COVID-19, Gourde aurait eu la chance de partager ce bonheur avec sa conjointe et ses parents au centre de la glace. À l’image de ses coéquipiers, de ses entraîneurs et des dirigeants du Lightning, il a retrouvé ses proches dans un moment plus intime, loin des caméras.

Son père, Jean-Guy, et sa mère, Manon, avaient fait le voyage à Tampa pour cette cinquième partie, tout comme sa belle-famille.

«Je repensais à tous les sacrifices de mes parents pour moi. Ils m’ont toujours aidé dans mon cheminement. Mon père n’avait pas eu la chance de voir la coupe Stanley l’an dernier en raison de la bulle à Edmonton.»

«Quand je l’ai vu après le match, j’étais très émotif. Mon père était tellement heureux, il m’a serré très fort dans ses bras. Je sais qu’il était fier d’être là. On connaît tous l’histoire de la coupe Stanley, on sait que c’est un trophée difficile à gagner. On l’a gagné deux ans d’affilée. J’ai aussi fait un gros câlin à ma mère. C’était vraiment de beaux moments.»