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Euro 2020

Southgate, un vieux compte à régler avec l'Allemagne

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Mardi, 25 ans après son tir au but raté contre l'Allemagne qui avait privé l'Angleterre de finale lors de « son » Euro-1996, le sélectionneur anglais Gareth Southgate aura l'occasion de tourner la page sur cet épisode qui a marqué sa carrière.

C'était le 26 juin 1996. Une Allemagne vieillissante et une Angleterre au creux de la vague - elle n'était pas au Mondial-1994 -, mais galvanisée par son public, à Wembley, n'avaient pu se départager en 120 minutes (1-1).

Les cinq tireurs anglais étaient clairement identifiés après un sans-faute en quart de finale contre l'Espagne au tour précédent (0-0, 4-2 aux t.a.b.).

Les dix premières tentatives n'avaient laissé aucune chance à David Seaman et Andreas Köpke, donc il avait fallu improviser pour trouver un sixième tireur côté anglais.

Pour sa 9e sélection (il en comptera 57), Gareth Southgate, 25 ans à l'époque, n'avait pas tergiversé, contrairement à d'autres joueurs plus expérimentés, comme le capitaine Tony Adams.

« J'ai eu deux décennies pour y penser. J'étais volontaire, vraiment. C'était le type de personnalité que j'avais, je pensais qu'il fallait se porter volontaire. C'est probablement plus courageux de ne pas le faire, quand on n'est pas confiant », avait raconté Southgate en 2018.

« Je lui redonnerais le ballon, même en sachant ce que je sais maintenant », a assuré récemment Adams, dans un podcast d'ITV Sport sur l'Euro-1996.

Solitude et autodérision

« Quand quelqu'un est comme lui et a le courage de se porter volontaire, il faut le laisser faire. Il a écrit sa propre histoire en faisant ça », a expliqué l'ancien défenseur d'Arsenal.

Malheureusement, Köpke a repoussé la frappe croisée du droit de Southgate, puis Andreas Möller a qualifié l'Allemagne, plongé Wembley dans la détresse et Southgate dans une solitude que même l'accolade du Premier ministre de l'époque, John Major, n'a pas chassée.

« Je sentais très fortement que j'avais laissé tomber ceux qui avaient travaillé si dur à mes côtés. Quand je marchais dans la rue, des gars sortaient la tête par la fenêtre de leur voiture pour hurler des insultes et c'est dur à encaisser », avait-il raconté dans un podcast sur la santé mentale en novembre dernier.

« Vous vous déplacez dans des stades et les supporters chantent contre vous, ce qui est un supplice, et même si je voulais me battre contre ça et montrer que je pouvais jouer malgré ça, à l'intérieur, évidemment que ça faisait mal, parce que jouer pour la sélection, c'est aussi représenter tous ces gens-là ».

Southgate avait misé sur l'autodérision, tournant une publicité pour une chaîne américaine de pizzeria où il dînait, avec un sac en papier sur la tête, en compagnie de Chris Waddle et Stuart Pearce, dont les tirs au but ratés avaient privé l'Angleterre de finale au Mondial-1990.

« C'est pas le type qui a raté le pénalty, là ? »

Paul Ince et David Batty au Mondial-1998, David Beckham et Darius Vassell à l'Euro-2004, Frank Lampard, Steven Gerrard et Jamie Carragher au Mondial-2006 ou les deux Ashley, Cole et Young à l'Euro-2012, la liste des tirs au but ratés par les Anglais en grande compétition est pourtant longue. 

« Je me dis que le temps a passé et que les gens ne s'intéressent plus à ce tir au but. Et puis, dans le hall d'un hôtel, une fille demande à son copain: "C'est pas le type qui a raté le penalty, là? ". "Chuuut ", il lui répond. Mais c'est trop tard », avait encore raconté Southgate dans une autobiographie en 2003.

Son expérience, il l'a évidemment partagée avec ses joueurs, presque tous trop jeunes pour avoir assisté à la scène en direct, lorsqu'il a entamé un travail spécifique dans ce domaine à sa prise de fonction en 2016, pour ne jamais être pris au dépourvu, comme en 1996.

En parler « a beaucoup aidé les joueurs », a assuré Marcus Rashford. « Depuis, on a remporté quelques séances de tirs au but », contre la Colombie au Mondial-2018 ou la Suisse en Ligue des Nations, a-t-il souligné.

Mais écarter l'Allemagne serait la cerise sur le gâteau.

« J'espère qu'on pourra faire ça pour lui, pour qu'il est sa vengeance personnelle », a admis le milieu de terrain Declan Rice.