De Lambert à Lehkonen

Jean-François Chaumont
Partager
Un but en prolongation pour conduire une équipe en finale de la Coupe Stanley. Ça restera toujours un événement rare. Dans la grande histoire du Canadien, Artturi Lehkonen et Yvon Lambert sont les deux derniers à avoir réalisé cet exploit.
Le plus récent l’a fait dans le sixième match de la demi-finale entre le CH et les Golden Knights de Vegas. Le soir de la Saint-Jean-Baptiste, le 24 juin 2021. L’autre avait marqué l’imaginaire le 10 mai 1979 lors du septième match de la demi-finale contre les Bruins de Boston.
- À lire aussi: «Ils vont jouer ensemble pendant 15 ans»
- À lire aussi: À VOIR | «Cole Caufield, c’est un vol!» – Pat Brisson
«Bien oui, ça m’a remémoré des souvenirs quand Lehkonen a déjoué Robin Lehner en prolongation, a dit Lambert en entrevue téléphonique au Journal. Quand tu es en prolongation et que tu marques un but aussi important, tu as des frissons qui te parcourent tout le corps. Comme pour mon but en 1979, Artturi s’en souviendra toute sa vie.»
«Comme je le dis souvent, Yvon est sur le party depuis son but gagnant en prolongation en 1979, a renchéri Mario Tremblay en éclatant de rire. Quand j’ai vu le but de jeudi soir, ça m’a rebrassé de beaux souvenirs dans ma tête.»
De Houle à Tremblay à Lambert
Il y a des jeux qui ne s’oublient pas. Même si ça fait déjà un peu plus de 42 ans, Lambert a décrit son but décisif dans un gain de 5 à 4 contre les Bruins au Forum de Montréal avec une grande précision. Et il y voyait un parallèle avec le but gagnant de Lehkonen.
«Je la revois la scène de mon but, a affirmé l’ancien numéro 11. Ça ressemblait au but de Lehkonen. Price a fait un arrêt (Alec Martinez) et le CH a contre-attaqué. Gallagher a transporté la rondelle, il l’a passé à Danault qui a fait un superbe jeu pour trouver Lehkonen qui a marqué.»
«La passe de Danault à Lehkonen était moins transversale que celle de Mario à moi en 1979. Mais c’était un jeu de toute beauté. Et ça partait de la même base. Vendredi, c’était un arrêt du gardien et on relance l’attaque. De Gallagher à Danault à Lehkonen. En 1979, c’était Serge Savard qui coupe une passe dans son territoire pour permettre la relance. Ensuite, il donne ça à Réjean (Houle) qui lui donne ça à Mario (Tremblay) qui lui me fait la passe. Je ne pouvais pas manquer ce jeu.»
Tremblay a aussi les images de ce but imprégnées dans son cerveau.
«Je n’oublierai jamais ce moment-là. C’est impossible de l’oublier. Quand j’en reparle, je revois le but, a mentionné le Bleuet bionique. C’est comme si c’était hier. Yvon et moi, on a joué ensemble très longtemps. On se connaissait très bien. Il y avait Réjean qui était au centre de notre trio. Réjean m’a fait la passe et je suis parti sur le bord de la bande. Même sans regarder, je savais qu’Yvon était pour foncer au filet et qu’il serait du côté gauche. J’avais juste à lui faire la passe. Si Yvon avait eu la rondelle de l’autre bord, il aurait fait exactement le même jeu pour moi.»
Le sourire de Weber
Il y a un peu plus de 42 ans, Tremblay avait sauté dans les bras de Lambert le faisant chuter dans le coin de patinoire derrière le filet de Gilles Gilbert, des Bruins. Houle avait retrouvé ses compagnons de trio avant le reste de l’équipe pour former une empilade géante.
Tremblay a revu cette réaction de pur bonheur dans les secondes qui ont suivi le but de Lehkonen.
«J’ai vraiment aimé la réaction des joueurs après le but. Danault qui saute dans les bras de Lehkonen, Gallagher qui les retrouve et une bonne portion de l’équipe aussi. À l’autre bout de la patinoire, il y avait plusieurs gars qui célébraient avec Carey Price. C’était beau à voir. J’étais aussi heureux de voir tout le bonheur dans le visage du capitaine, Shea Weber. Il était comme un enfant devant un plat de bonbon. Il n’a jamais gagné la Coupe Stanley, comme plusieurs autres dans cette équipe. Mais quand tu vieillis, tu sais que ta fenêtre devient plus petite. Tu as intérêt à rentrer dedans dès que tu peux. La fenêtre peut toujours se refermer rapidement.»
En 1979, le CH était en route vers une quatrième conquête d’affilée de la Coupe Stanley. En finale, le Tricolore avait triomphé des Rangers de New York en cinq matchs.
«Le septième match contre les Bruins a plus marqué les esprits que notre finale, a rappelé Lambert. Cette année-là, on disait que notre duel contre les Bruins représentait la finale avant la finale. Tous les journalistes croyaient que les deux meilleures équipes étaient Montréal et Boston. Pour la finale, on se doutait qu’on était pour l’emporter contre les Rangers.»