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Golf

Omnium des États-Unis : Jon Rahm remporte un premier majeur

François-David Rouleau

Publié | Mis à jour

Tout juste guéri de la COVID-19, Jon Rahm a remporté, dimanche, son premier sacre majeur de spectaculaire façon. Il a ravi le trophée de l’Omnium des États-Unis comme seuls les grands l’ont fait dans l’histoire.

À la fin d’une mémorable journée remplie de rebondissements, l’Espagnol de 26 ans a mis un énorme point d’exclamation sur le South Course de Torrey Pines.  

Après avoir réalisé un oiselet au 17e trou, il a fait tenir le suspense jusqu’à la dernière seconde au 18e pour prendre les commandes du championnat disputé en banlieue de San Diego.

Il a callé un délicat roulé d’oiselet de 18 pieds pour entrer dans l’histoire. La scène rappelait celle écrite au même endroit par Tiger Woods en 2008. En agitant son poing devant une foule survoltée, Rahm a rugi de joie.

Il est le premier golfeur à remporter l’Omnium américain en concluant avec deux oiselets consécutifs depuis Tom Watson à Pebble Beach en 1982. Plusieurs légendes du sport ont terminé avec un moineau, dont Woods et Nicklaus. «Rahmbo» les a rejoints.

Moins de pression  

Cette victoire survient deux semaines après avoir appris qu’il était atteint de la COVID-19 au tournoi Memorial à Muirfield Village. Au terme de 54 trous, Rahm menait par six coups. Il avait dû déclarer forfait.

Pour être en mesure de se présenter à Torrey Pines, lieu de sa première victoire professionnelle en 2017, il avait dû fournir deux tests négatifs afin de sortir de sa quarantaine. Curieusement, sa situation l’a apaisé en plus de lui retirer cette pression indue sur les favoris.

Dès son réveil, Rahm sentait que cette journée était la sienne. Cet endroit unique à ses yeux et spécial à son cœur lui avait tant offert dans la vie. Il ne pouvait choisir meilleur endroit, d’autant plus qu’il était accompagné de son fils, Kepa âgé d’à peine trois mois, et de son père dans une journée dédiée aux papas.

Confiant et inspiré par ces récentes performances en tournoi du Grand Chelem, son tour était venu.

«J’ai souvent frôlé la victoire. Je devais compléter la besogne en ronde finale. Je m’en sentais capable. Je l’ai réussi d’une façon qui, apparemment, ne se déroule qu’ici à Torrey Pines», a rappelé le champion, auteur d’une carte de 67 (-4).

Folle journée  

Avec de gros canons traînant un peu de la patte qui ont fait une dernière poussée désespérée en milieu de journée, la table était mise pour un spectaculaire après-midi à Torrey Pines.

À un certain moment, on comptait sept vainqueurs d’au moins un tournoi du Grand Chelem en carrière dans le top 15 capable de rejoindre les meneurs. Du lot, Rory McIlroy, Justin Thomas, Dustin Johnson, Brooks Koepka et Bryson DeChambeau pour ne nommer que ceux-là.

Mais ils ont tous reculé en amorçant le second neuf, non sans laisser un suspense, à l’exception du champion défendant qui a pris toute une fouille.

DeChambeau a joué 44 coups sur le retour, inscrivant d’ailleurs un quadruple boguey au 17e. Son score final de 77 (+6) l’a fait dégringoler jusqu’au 26e rang au classement en vertu de sa fiche de +3.

Le Canadien Mackenzie Hughes a vu son rêve partir en fumée alors que sur un coup errant au 11e fanion, sa balle est restée perchée dans un arbre. Jamais n’avait-il expérimenté pareille malchance. Ce double boguey a sonné la fin de son combat.

Duel final  

Les poids lourds hors du chemin au fil de leurs petites erreurs, ils ont laissé la voie libre à Rahm et Oosthuizen dans un duel au sommet.

Mais le Sud-Africain a fait une énorme gaffe au 17e où il a envoyé son coup de départ dans l’obstacle à la gauche de l’allée. Avec du plomb dans l’aile, il n’a jamais pu inscrire un aigle au 18e, comme il l’avait fait la veille, afin de rejoindre Rahm au sommet à -6.

Oosthuizen, auteur d’une ronde de 71 (É), a donc terminé au second rang pour la sixième fois de sa carrière dans un tournoi du Grand Chelem et une deuxième fois au US Open. Il s’agit d’un cinquième top 10 au championnat américain.

Vers une rotation des parcours 

L’Association de golf des États-Unis (USGA) ne peut encore dévoiler ses plans futurs, mais il appert qu’elle mettra en place une rotation des parcours pour ses deux grands championnats nationaux.

Elle souhaiterait regrouper les prestigieux parcours qui font vibrer les golfeurs et, par le fait même, les amateurs. Une rotation semblable à celle de l’Omnium britannique instaurée par le Royal and Ancient (R&A).

«C’est une priorité d’amener nos omniums à des endroits qu’on considère comme des cathédrales dans le monde du golf. On veut organiser nos championnats sur les plus grands parcours», a fait savoir le directeur principal des championnats, John Bodenhamer.

Entre les lignes, on peut lire que la USGA a dressé une liste des plus iconiques parcours américains, qu’ils soient privés ou publics, où disputer les omniums masculin et féminin.

Pour obtenir certaines réponses chez les hommes, il suffit de consulter le palmarès des sites les plus visités depuis 1985.

On y aperçoit les Oakmont (9 fois), Baltusrol (7), Oakland Hills (6), Pebble Beach (6) et Winged Foot (6).

Prestige 

Jusqu’à la fin de la présente décennie, l’Omnium américain visitera le Country Club de Brookline, lieu du miracle de Francis Ouimet en 1913, dès l’an prochain. Ensuite, il sera présenté au Country Club de Los Angeles (2023), à Pinehurst (2024), à Oakmont (2025) et à Shinnecock Hills (2026) avant d’effectuer un retour à Pebble Beach en 2027.

Il ne s’agit surtout pas là de champs de trèfle ! Mais la rotation devrait débuter par la suite.

Dans leurs réflexions, les bonzes de la USGA ont demandé aux golfeurs à quel endroit ils souhaiteraient remporter un US Open.

Il faut donc se tourner vers les lieux les plus spectaculaires et synonymes de championnats nationaux.

Pourrait-on croire que certains sites, tel Torrey Pines, sont en danger ? Ce ne serait pas le cas, car celui-ci représente un véritable défi pour le jeu. La USGA y est attachée par sa signification et sa capacité d’adaptation à un championnat national. Tiger Woods y a écrit une importante page d’histoire en 2008, l’inscrivant parmi celles des tournois les plus spectaculaires.

«C’est seulement le second US Open présenté à Torrey Pines. Quand on y pense, sur leur liste, ils comptent plusieurs sites prestigieux. À mon avis, Pebble Beach est synonyme de US Open, car c’est le pinacle du golf. Ce parcours est au sommet de tout. Et sur la côte ouest californienne, Torrey est très similaire et très près de Pebble selon moi. Et il est apprécié des spectateurs.»

La USGA a l’embarras du choix dans sa prise de décision.

«On réfléchit et on discute beaucoup du sujet. Nous ne pouvons encore rien annoncer, mais tout ce que je peux dire pour l’instant, c’est de s’attacher, a prévenu Bodenhamer. Nos prochaines annonces seront vraiment géniales.»

Que ce soit à Torrey Pines, à Pebble Beach, à Oakmont ou ailleurs, il ne devrait pas y avoir de mauvais endroit où gagner l’Omnium des États-Unis...