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Baseball

Miguel Cienfuegos s’est remis à rêver

Benoît Rioux

Publié | Mis à jour

Le lanceur québécois Miguel Cienfuegos n’a pas connu un parcours facile, si bien qu’il croyait mettre sur une croix sur le baseball, l’an dernier. Aujourd’hui, le joueur d’Équipe Québec brille dans la Ligue Frontier et se remet à rêver de faire carrière chez les professionnels.

«Je rêve encore à 100 %, a-t-il indiqué, lors d’une généreuse entrevue téléphonique. Mon plan, c’est de performer et de signer un jour dans le baseball affilié, même si on me dit que c’est difficile à faire.»

À 24 ans, le gaucher originaire de Laval tente de prouver que son rêve n’est peut-être pas aussi inaccessible. Dimanche dernier, bien appuyé par sa défensive, Cienfuegos a lancé huit manches pour Équipe Québec, ne permettant que quatre coups sûrs et un but sur balles, pour guider les siens vers une victoire de 1 à 0 contre les Wild Things de Washington. Le lendemain, il s’est vu décerner le titre de lanceur de la semaine dans la Ligue Frontier.

«D’être nommé parmi les joueurs de la semaine, c’est venu de nulle part. J’étais un peu surpris, mais aussi très content», a-t-il commenté, révélant avoir appris la nouvelle de son cochambreur Louis-Philippe Pelletier.

Victime de son bon coup de bâton

À propos de son parcours particulier, l’ancien des Pirates de Laval, dans la Ligue de baseball junior élite du Québec, a notamment relaté son passage, en 2018, au Northwest Florida State College, situé à Niceville, en Floride. Le Québécois croyait bien pouvoir profiter de ce séjour aux États-Unis pour attirer l’attention de certains dépisteurs. Or, l’entraîneur là-bas l’a surtout utilisé au champ droit, comme voltigeur, plutôt qu’au monticule. On appréciait énormément son coup de bâton.

«J’avais quand même été à ce collège avec l’idée que j’y allais d’abord comme lanceur», s’est rappelé Cienfuegos, qui a maintenu une moyenne au bâton de ,360 en plus de frapper cinq circuits en 47 matchs.

Au moment où son club était écarté de la course aux éliminatoires, on lui a toutefois donné la balle pour affronter, en fin de saison, la réputée formation de Chipola. Résultat : Cienfuegos a lancé un match complet de neuf manches dans un gain de 7 à 1. Il aurait pu être, en quelque sorte, le Shohei Ohtani de Northwest Florida State College si on l’avait davantage fait lancer cette année-là. Le Québécois, qui a aussi joué pour le Collège St. Clair en Ontario, venait toutefois d’écouler sa dernière année d’admissibilité dans les collèges américains.

Arrogance ou confiance?

Pour la suite, Cienfuegos garde confiance, mentionnant qu’il a repris goût au baseball et que sa principale force demeure l’aspect mental.

«Certains peuvent me trouver arrogant, mais je le vois plus comme de la confiance. Encore dimanche, avant de commencer le match [avec Équipe Québec], je disais à tous les joueurs que j’allais lancer neuf manches», a-t-il raconté, soulignant avoir d’ailleurs pensé à ce précédent match contre Chipola.

Avec un pointage de 1 à 0, c’est le releveur Andrew Case qui a finalement complété son boulot pour le Fleurdelisé. Le gérant Patrick Scalabrini n’est pas moins agréablement surpris de la tenue de Cienfuegos depuis le début de la saison. Le jeune lanceur n’a maintenant permis aucun point en 12 manches de travail.

Au camp d’entraînement d’Équipe Québec, née d’une fusion temporaire pour 2021 des Capitales de Québec et des Aigles de Trois-Rivières, Cienfuegos avait été invité à titre de joueur ayant un contrat avec la formation trifluvienne. De façon honnête, on lui avait mentionné que la porte n’était pas fermée pour lui, mais que ses chances de percer la formation demeuraient plutôt minces. C’est aussi ce que plusieurs tendent à lui suggérer quand il évoque son rêve de se retrouver éventuellement dans le baseball affilié.

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Une pensée pour «Chico»

Déménagé à Windsor, en Ontario, où il a rencontré sa fiancée, Miguel Cienfuegos s’accrochait à son rêve de joueur de baseball quand, en janvier 2019, il fut frappé par une terrible nouvelle: le décès de Bernie «Chico» LaBute, l’un de ses mentors.

Après son passage au Northwest Florida State College, Cienfuegos avait ainsi retrouvé les Saints du Collège St. Clair, en Ontario. Membre influent du département sportif de l’institution, LaBute faisait aller ses contacts pour tenter d’offrir une nouvelle opportunité au lanceur gaucher quand il est mort subitement à 54 ans.

«J’avais vu ça comme un signe, a mentionné Cienfuegos, avec émotion. Pour moi, le temps était venu d’arrêter le baseball.»

C’est en devenant entraîneur pour les plus jeunes que l’artilleur québécois s’est rendu compte qu’il avait encore la piqûre lorsqu’il se retrouvait au monticule. Un court séjour avec l’organisation du Thunder de Tecumseh, au niveau senior, l’a convaincu de continuer.

Une inspiration

Au moment du décès de Bernie «Chico» LaBute, c’est l’entraîneur des Saints, Dave Cooper, qui a livré un touchant témoignage.

«"Chico" était plus qu’un homme de baseball qui aimait ce sport et dont la vie tournait autour de celui-ci, avait-il formulé. Le baseball local subit une énorme perte.»

Ce fut également une grande perte pour Cienfuegos, mais aussi avec un certain recul, une inspiration et un élément de motivation supplémentaire à chaque fois qu’il met les pieds sur le terrain.