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Euro 2020

L'Allemagne ne sera pas favorite

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Adulé dans son pays après le titre mondial de 2014, violemment attaqué ensuite après le fiasco de 2018, le sélectionneur allemand Joachim Löw admet que, pour son dernier tournoi, sa « Mannschaft » est loin d'être favorite de l'Euro (11 juin-11 juillet). 

« D'expérience, je sais que nous ne faisons pas partie des grands favoris », dit le coach de 61 ans, qui laissera la place à Hansi Flick au soir de son dernier match à l'Euro, après 15 ans aux commandes.

Le premier défi, pour les quadruples champions du monde qui joueront la phase de groupe à domicile à Munich, sera de s'extirper du groupe le plus relevé de la compétition, avec la France, le Portugal et la Hongrie. « Si nous créons une dynamique au premier tour, alors avec cette équipe-là tout est possible », veut cependant croire « Jogi » (prononcez Yogi) Löw.

Paradoxalement, plusieurs experts du football allemand considèrent que les chances de la Mannschaft ont fortement augmenté depuis que Löw a annoncé, en mars, sa décision de passer la main. 

D'un coup, la priorité numéro un n'est plus de préparer l'avenir, le Mondial-2022 et l'Euro-2024 en Allemagne, mais de réussir la plus belle sortie possible, par tous les moyens.

« Il n'a plus à se soucier du développement de l'équipe, c'est désormais l'affaire de son successeur », note ainsi Jürgen Köhler, champion du monde 1990 aux 105 sélections. « Il a retiré de la pression à l'équipe », renchérit Lothar Matthaüs, lui aussi champion du monde 1990.

Müller et Hummels

Le rappel de Thomas Müller et Mats Hummels, deux piliers du triomphe de 2014 au Brésil, répond à cette logique. Après les avoir écartés pendant plus de deux ans « pour laisser du temps et de l'espace à la jeune génération », Löw les a convoqués in extremis pour l'Euro, et les a titularisés dès le premier match de préparation mercredi contre le Danemark (1-1).

Müller surtout, chef de bande par l'exemple et par la parole au Bayern, est l'un de ces joueurs qui, à 31 ans, peuvent faire la différence dans un tournoi, en assurant la cohésion de l'équipe dans les moments difficiles.

Reste que, avec ou sans ses « anciens », la Mannschaft va devoir à l'Euro retrouver une confiance évaporée au fil de résultats en dents de scie ces trois dernières saisons, dans la foulée de l'élimination au premier tour du Mondial-2018 en Russie. 

Löw n'aura pas le droit à l'erreur: les médias et les grands anciens du foot allemand ont quasiment tous réclamé sa démission ces derniers mois et sont prêts à lancer la curée. 

« L'ombre et la lumière »

Deux fois déjà, le rusé sélectionneur a sauvé sa tête: au lendemain du Mondial russe, en réussissant à convaincre la Fédération allemande (DFB) qu'il était l'homme idoine pour lancer le chantier du grand renouveau. 

Et de nouveau en novembre dernier, après une humiliation historique 6-0 en Ligue des Nations en Espagne. Là encore, lors d'une réunion au sommet avec ses dirigeants, Löw est parvenu à présenter ce désastre comme un « accident de parcours », qui ne remettait pas en cause la progression régulière de son groupe.

Avant le Mondial-2018, il avait fait mine de ne pas s'alarmer d'une série de rencontres de préparation inquiétantes. A tort.

Cette fois, il a donc demandé à ses hommes de rentrer dans les matches amicaux « avec une mentalité de vainqueurs ». Las! Pour sa première sortie mercredi, l'Allemagne a certes outrageusement dominé le Danemark, mais elle a concédé un nul 1-1, en encaissant un but sur la seule occasion adverse. 

« C'était un peu l'ombre et la lumière », a commenté Löw, conscient que ce résultat illustre parfaitement les lacunes actuelles de sa sélection: l'absence d'un véritable buteur, et la faiblesse structurelle de la défense, qui avait déjà coûté l'élimination au Mondial. 

Pas de quoi faire de cette Mannschaft un « grand favori » de l'Euro.