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Euro 2020

Southgate doit prouver

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Avec ses dehors « so british », Gareth Southgate a couvé pendant quatre ans et demi une génération extrêmement prometteuse de jeunes joueurs anglais, mais il doit maintenant prouver à l'Euro (11 juin-11 juillet) qu'il peut aussi être un compétiteur impitoyable.

À sa nomination, en 2016, ils n'étaient pas nombreux à parier sur son succès.

Sélectionneur des Espoirs, l'entraîneur a été promu chez les A pour assurer l'intérim après Sam Allardyce, renvoyé après 67 jours en poste en raison de soupçons de corruption.

Au-delà du scandale, Southgate (50 ans) avait récupéré une sélection encore traumatisée par son élimination humiliante par l'Islande (2-1) en huitième de finale de l'Euro-2016.

Son flegme, ses qualités de communicant, et son humilité de bon aloi - « je ne suis pas un entraîneur qui considère que ce qui lui arrive est la chose la plus importante », avait-il assuré avant son dernier match d'intérimaire contre l'Espagne - ont rapidement conquis les instances et le grand public.

Il a surtout rendu leur fierté aux Three Lions, qu'il a emmenés jusqu'en demi-finale au Mondial-2018 puis de la Ligue des Nations.

« Nous savons quelle excitation il y a autour de l'équipe et c'est génial. Maintenant, nous comptons » dans le football mondial, s'est-il réjoui il y a quelques jours.

Se rappeler d'où il vient

Sa carrière de sélectionneur a finalement été à l'image de celle de joueur: personne ne l'attendait vraiment mais il a su se rendre indispensable.

Tout démarre pourtant par une énorme claque: à 14 ans, il est renvoyé du centre de formation de Southampton qui le juge trop chétif.

Il a toujours gardé cette lettre de renvoi « impersonnelle », qu'il ressort quand il a besoin de se rappeler d'où il vient. 

A force de persévérance, il finit par convaincre Crystal Palace, alors en deuxième division, de lui donner sa chance en pro.

Comme arrière droit ou milieu axial, ses qualités de meneur se manifestent tôt et il hérite du brassard de capitaine à 22 ans en 1993/94, année où les Eagles finissent champions de D2.

« Il avait des qualités de leader dès le départ (...) il a toujours été très en avance sur son âge quand il s'est agit de prendre des responsabilité », s'est souvenu son ancien coéquipier à Londres, Geoff Thomas.

Palace est relégué en 1995 mais Southgate part à Aston Villa où il passe dans l'axe de la défense, puis à Middelsbrough, club alors ambitieux, deux équipes où le brassard lui revient tout aussi naturellement.

Il y finit sa carrière de joueur en 2006 pour se reconvertir immédiatement comme coach de « Boro » pendant deux ans et demi.

Le spectre de 1996

Sa vision du jeu et sa capacité à organiser ses coéquipiers lui ont aussi ouvert les portes de la sélection en 1995 et à l'Euro-1996 en Angleterre, dont il a disputé tous les matches, jusqu'à la seconde grosse claque de sa vie de footballeur.

En demi-finale face à l'Allemagne (1-1, 5-6 aux tirs au but), devant un Wembley aussi bondé que fébrile, il est le sixième tireur côté anglais et voit sa tentative détournée par Andreas Köpke, avant qu'Andreas Möller ne crucifie les espoirs locaux.

Malgré 57 sélections et sa participation au Mondial-1998 et à l'Euro-2000, il disait encore après un an à la tête des A: « Je comprends, les supporters anglais... ils ont peut-être du mal à arriver à m'apprécier, vu mon passif ».

Cela ne l'a pas empêché d'imprimer rapidement sa marque, précipitant la retraite internationale de Wayne Rooney pour donner un grand coup de jeune avec une génération qui arrive à maturité.

Avec la possibilité de disputer tous les matches de la compétition, sauf un, à Wembley, l'Angleterre et Southgate espèrent exorciser le spectre de 1996 et remporter le deuxième trophée majeur du pays berceau du football après le Mondial-1966, déjà à domicile.

« Maintenant que nous avons disputé deux demi-finales, nous avons autant envie que les autres d'aller plus loin (...) nous ne devrions pas avoir peur de dire que nous voulons y aller pour gagner », a-t-il clamé il y a quelques jours.