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Bjørn Johnsen : un parcours atypique

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On peut dire que l’attaquant du CF Montréal Bjørn Johnsen est un nomade, mais ce n’est pas par choix, c’est tout simplement arrivé comme ça.

À 29 ans, Johnsen a déjà joué pour une douzaine d’équipes dans huit pays différents, mais il est tout sauf un mercenaire.

«Mon parcours est différent, mais c’est probablement le meilleur que je pouvais avoir», a-t-il convenu lors d’un récent entretien téléphonique.

«C’est juste un peu arrivé comme ça que je joue un peu partout. Chaque nouvelle équipe où je jouais, ça allait bien, alors je me faisais approcher par une autre formation.»

Et l’on peut facilement le croire puisqu’il ne semble pas être un cas à problème. Johnsen est affable, sympathique et il prend la vie du bon côté. Lors de l’entretien, des problèmes de téléphone ont forcé plusieurs appels pour conclure l’entrevue et il est toujours demeuré patient et gentil pendant près de 45 minutes.

Trois continents

Même s’il est né à New York et a grandi à Raleigh, en Caroline du Nord, Johnsen a amorcé sa carrière en Norvège, patrie de son paternel.

«Ça allait bien en Norvège, mais je ne jouais pas toujours sur la première équipe, je voulais trouver une façon de jouer.»

Il a donc adopté l’approche DIY, qu’on voit beaucoup dans la musique indépendante. C’est la méthode Do It Yourself, où l’on fait tout soi-même.

«J’ai fait une vidéo sur YouTube et j’ai envoyé le lien à plein d’équipes et c’est comme ça que je me suis trouvé une place en Espagne.»

Il quitte donc le FK Tønsberg pour l’Antequera CF, une équipe de quatrième division qui le mènera à la troisième division au sein de l’Atlético Baleares.

Décollage

C’est toutefois lorsqu’il arrive au Portugal, en 2013, que les choses décollent véritablement pour lui.

Il connaît des saisons de 10 et 16 buts avec le Louletano DC et l’Atlético CP, mais il aspire à plus.

«Les choses ont vraiment cliqué au Portugal et là j’ai commencé à recevoir des appels. Quand je n’ai pas pu rejoindre la première division là-bas, j’ai eu une offre en Bulgarie.

«Ce n’était peut-être pas le meilleur pays où habiter, mais j’ai joué en première division et en Europe League.»

Il partira ensuite en Écosse jouer pour le mythique club Heart of Midlothian pendant une saison pour ensuite prendre la direction des Pays-Bas, où il passera trois saisons au sein de clubs différents.

Il prend ensuite le chemin de la Corée du Sud, mais la pandémie n’aidant pas, l’expérience est moins intéressante, ce qui le pousse à rentrer en Amérique du Nord, quand le CF Montréal lui fait de l’œil.

Polyglotte

Johnsen est un homme qui s’adapte facilement à un nouvel environnement. La preuve : en plus de parler l’anglais et le norvégien, il a également appris l’espagnol et le portugais.

«En Espagne, je ne parlais pas beaucoup espagnol, mais personne ne parlait anglais. Je l’ai appris à l’entraînement en posant des questions à mes coéquipiers.

«Le portugais était un peu plus facile en raison de mon expérience espagnole même si ce sont deux langues très différentes, mais j’ai aussi vite compris que les Portugais parlent presque tous espagnol, mais qu’ils ne veulent pas que les étrangers le sachent», dit-il en riant.

Choc

Au fil de ses aventures professionnelles, Bjørn Johnsen a vécu quelques chocs culturels.

«Le plus gros choc a été en Corée parce que c’est l’Asie et tout est différent. Juste trouver un restaurant était un défi.

«La Bulgarie a été un gros choc culturel. Je quittais le monde occidental pour l’Europe de l’Est alors que la Grande-Bretagne et les Pays-Bas c’était un peu similaire à ce que je connaissais.»

Mais ce passage en Bulgarie a eu un impact permanent sur sa vie personnelle, qui a été transformée par un camp d’entraînement sur la Costa del Sol espagnole.

«C’est quand je suis allé en camp d’entraînement à Marbella avec mon équipe bulgare que j’ai rencontré mon épouse», raconte-t-il.

Depuis, ils ont accueilli leur premier enfant au cours de l’hiver. Comme quoi être un grand voyageur peut avoir des répercussions insoupçonnées.

Forte identité norvégienne

Il est pourtant né et a grandi aux États-Unis

Quand on entend parler de Bjørn Johnsen, on pense tout de suite qu’il est américain, et c’est le cas. Mais si on lui demande d’où il vient, il risque plutôt de dire qu’il est norvégien.

Mêlant? Pas tant que ça. Mais laissons-lui le soin de nous expliquer tout ça.

«Mon père est arrivé à New York avec 1000 $ en poche, il a trouvé un emploi, a rencontré ma mère, et je suis arrivé.»

Ça, c’est la version courte, mais nous allons explorer la version longue aussi. Sachons tout de même que son père, en plus d’être mannequin, a aussi été un athlète accompli.

Il a été champion de karaté et de taekwondo en Norvège, en plus de jouer au soccer en troisième division.

«Mon père est le Norvégien classique, un très grand blond», rigole Johnsen, qui a hérité de la taille du paternel avec ses 6 pi 5 po.

Dans le sud

Si l’histoire de Bjørn Johnsen commence à New York, elle se déplace en Caroline du Sud quand il a cinq ans parce que la famille s’établit à Raleigh.

C’est d’ailleurs là qu’il commence à jouer au soccer... et au hockey. Il est plutôt doué pour les deux sports et il doit ultimement choisir.

«Quand j’avais 13 ou 14 ans, mon père m’a fait choisir un sport. J’étais très bon au hockey et au soccer, mais je pense que j’étais meilleur au soccer.»

Il est toujours amateur de hockey et des Hurricanes de la Caroline.

«J’étais aux matchs des Canes quand ils ont remporté la coupe Stanley», se souvient-il.

Tous immigrants

Même s’il y a une petite communauté norvégienne et scandinave qui s’est greffée autour de la famille Johnsen, Bjørn admet que la résidence familiale détonnait un peu dans son quartier.

«J’étais la seule personne du voisinage avec un drapeau norvégien devant la maison.»

Il souligne par ailleurs que, pour lui, ça tombe sous le sens de célébrer sa culture ancestrale.

«Toutes les personnes des États-Unis viennent d’ailleurs alors c’est important d’embrasser cette culture.»

À la maison

On imagine le sud des États-Unis comme étant assez homogène, mais ce n’est pas le cas de la région de Raleigh-Durham, un centre technologique.

«Dans la communauté soccer de la Caroline du Nord, il y a beaucoup de diversité culturelle.»

Mais revenons à son attachement à la culture norvégienne. S’il est si fort, c’est parce que son père s’est assuré qu’il l’embrasse.

«Chaque année, j’allais en Norvège à Noël. Je parlais un peu norvégien et j’apprenais.

«Quand j’avais 16 ans, mon père m’a permis d’aller faire une année scolaire là-bas où je suis resté avec ma grand-mère, ma tante et mon oncle.»

Débuts

C’est justement en Norvège qu’il réalise qu’il a peut-être un bon potentiel.

«J’ai eu la chance de jouer pour une équipe d’Oslo et c’est là que j’ai réalisé que je pouvais devenir un joueur de soccer professionnel.

«Quand j’ai fini l’école secondaire, j’ai fait un cours à l’UNC [University of North Carolina], mais j’ai été faire des essais en Norvège. Le plan était de revenir à l’université si ça ne fonctionnait pas.»

Il n’a jamais regardé derrière par la suite et il a fait ses débuts professionnels dans la patrie paternelle en plus d’avoir un essai avec le club pour lequel son père avait évolué.

«La première fois, je crois que j’étais un peu naïf, je trouvais ça normal.»

Qui plus est, sur le plan sportif, il a la nationalité norvégienne, ayant porté les couleurs de l’équipe masculine à 16 reprises depuis 2017. Malheureusement pour lui, la nation scandinave ne s’est pas qualifiée pour l’Euro.