Crédit : Martin Chevalier / JdeM

Canadiens de Montréal

CH: pourquoi pas un bilan devant public?

CH: pourquoi pas un bilan devant public?

Jean-Charles Lajoie

Publié 27 mai
Mis à jour 27 mai

Ça avait pourtant si bien commencé. Grosse victoire à Toronto, malgré une performance juste correcte. Ça me laissait croire que le CH pouvait, en sortant son meilleur hockey, surprendre le colosse bleu aux pieds d’argile.

Et pourtant. Trois très petits matchs plus tard, sans jamais avoir été embêtée, la bande à Matthews va en finir dès jeudi soir à Toronto. Le verbe et son temps sont bien choisis. Les Leafs, c’est le gros matou, le CH, la petite souris. Le chat s’amuse aux dépens de la troupe montréalaise. Une troupe qui n’aura jamais été celle de Dominique Ducharme. 

C’est ce qui me peine de cette fin abrupte. Voir un jeune entraîneur québécois de talent qui mettra plusieurs années avant d’obtenir une nouvelle chance de diriger dans la Ligue nationale. Si l’appel revient un jour...

Rendez-vous raté 

Une autre chose qui m’affecte, c’est ce rendez-vous manqué avec 2500 amateurs du Canadien qui auraient assurément hurlé comme 22 000 samedi soir. Un public qui rate sa seule chance depuis 15 mois d’assister à un match de ses favoris. Pourquoi ?

Parce que les favoris en question n’y ont jamais vraiment cru.

Un groupe de joueurs disloqué, loin de la famille unie qui mène des guerres, qui soulève des montagnes. Des vétérans en fin de carrière, des leaders sortis de leur forme maximale depuis quelques saisons et une poignée de jeunes prometteurs à qui on a fait subir l’indécent purgatoire.

Les équipes championnes sont formées d’un groupe de meneurs âgés de 24 à 30 ans. Le Canadien se tient plutôt en périphérie. Comme lorsqu’il dispute ses matchs.

J’y ai cru 

Le pire, j’y ai vraiment cru. Surtout après la perte de Tavares et de Foligno. Mais à faire le décompte, j’arrivais avec trop de passagers pour ce que l’autobus pouvait recevoir. Price voulait gagner.

Un autobus conduit par l’olympien Carey Price, gardien de circonstance à qui on aura presque fini par reprocher de ne pas avoir compté un seul but durant cette misérable série. Montréal est un grand drame romantique.

À ce stade-ci, vous devez être en train de vous dire : «il va avoir l’air d’un foin solidex si le CH bat les Leafs ce soir...»

Pas tant non. Ça fera 3 à 2 dans la série.

Ça fera surtout un beau cadeau pour 2500 chanceux samedi soir et un autre million devant TVA Sports.

Devant le peuple 

Mais ça ne fera que repousser le bilan de saison de 48 heures.

Bilan qui devrait, si nous vivions dans une société juste et équitable, se tenir au Centre Bell devant 2500 vrais partisans avec peu de moyens.

Des gens qui aiment cette équipe envers et contre tout et qui n’ont jamais la chance de leur exprimer en personne leur gratitude.

Me semble que faire défiler les joueurs puis les dirigeants à tour de rôle sur l’estrade.

Leur offrir cette dose «d’amour» provenant du peuple, le vrai monde.

Formidable exutoire pour les prisonniers du confinement.

La débâcle serait tellement moins pire dans un monde plus juste...