Crédit : Grigori Sysoyev / RIA Novosti

Hockey

«Big Moose, on l’a gagné pour ton père» - Hartley

Jean-François Chaumont

Publié | Mis à jour

Il y avait la coupe Gagarine, du champagne, des larmes de joie et un immense sentiment de fierté dans le vestiaire de l’Avangard d’Omsk. Dans ce déferlement de pur bonheur, Bob Hartley a montré une fois de plus qu’il était un homme de cœur. Un homme avec une grande classe.

Même s’il se trouvait sur un autre continent, à Balachikha, en banlieue de Moscou, Hartley a eu une pensée pour un bon ami qui vivait le deuil de son père.

Dans la foulée du triomphe de l’Avangard dans le sixième match de la finale de la KHL contre le CSKA de Moscou, mercredi soir, Hartley a pris son téléphone pour partager ce moment avec Dave Morissette.

Appel émotif

«Avant le sixième match de la finale, Bob m’a téléphoné pour me dire qu’il voulait dédier ce match à mon père, Allen, a raconté Dave, encore rongé par les émotions. Il est formidable, il a tellement grand cœur. J’étais vraiment touché par cette délicatesse. Mais c’est du grand Bob Hartley. Juste avec cette pensée, j’étais très ému. J’ai reçu une autre belle surprise. Après la rencontre, Bob m’a fait un vidéo FaceTime en direct du vestiaire de l’Avangard.»

«Il venait juste de gagner et il a pris du temps pour me parler. Je n’y croyais pas. Quand il m’a appelé, je ne réalisais pas que le match venait de finir. C’est Bob qui m’a dit : “Big Moose, on l’a gagné pour ton père”. Il était dans le vestiaire avec ses joueurs à célébrer. Il avait d’autres choses à faire que de me téléphoner.»

Perdre des proches

Pour Hartley, c’était un geste tout simplement naturel.

«Ce n’était pas une question de redonner, a répliqué l’homme de 60 ans. Je trouvais ça juste normal de lui parler. Dave est un chum. Cette année, j’ai perdu beaucoup de gens qui ont eu une grande influence dans ma vie. Je pense à Jocelyn Morissette, Pierre Lacroix et mon chum Yvon Cousineau de Hawkesbury. Yvon avait mon âge et il est mort de la COVID-19. J’ai trouvé ça dur. On avance dans l’âge et on perd des amis sur notre route.»

«J’avais travaillé avec Dave, il venait à mon école de hockey, a continué Hartley. Si ça avait été l’inverse, Dave aurait fait la même chose pour moi. Ce n’est pas parce que je suis loin en Russie que je ne suis pas ce qui se passe chez nous au Québec.»

Le château Morissette

Il y avait aussi un beau symbole en lançant un appel directement du vestiaire de l’Avangard. Allen Morissette n’avait jamais posé les pieds à l’aréna de Yuri Lyapkin, à Balachikha, une ville qui sert de terre d’accueil pour l’Avangard en attendant la construction d’un nouvel amphithéâtre à Omsk.

Un aréna et un vestiaire de hockey. Pour Allen Morissette, ça faisait partie de la définition du bonheur. Comme pour Hartley. Comme pour Dave.

C’est justement dans un vestiaire à York, en Pennsylvanie, qu’Allen avait appris à mieux connaître Hartley. De 2013 à 2016, Zack, le fils de Dave, a participé à l’école de hockey de Bob Hartley avec son père et son grand-père comme entraîneurs invités sur la patinoire.

«Je veux garder la mémoire de mon père en vie. Aujourd’hui au ciel, il serait heureux de savoir que Bob a pensé à lui, a affirmé Dave. Bob représentait un modèle pour mon père. Mon père venait coacher et aider à l’école de hockey de Bob.»

«Bob nous donnait une chambre qu’on appelait le château Morissette. C’était l’une des chambres de l’aréna au bout de la glace où les joueurs pratiquaient. Bob avait fait convertir un vestiaire en une sorte de chambre d’hôtel pour nous. Nous avions des matelas soufflés et nous étions heureux de dormir à l’aréna. Le matin, nous nous faisions réveiller au bruit des rondelles. C’était parfait.»

«Tous les soirs, je mangeais mon morceau de pizza avec Allen, a renchéri Hartley. Nous sautions sur la glace et nous avions du plaisir à coacher des jeunes. C’était un bon vivant et il aimait les jeunes.»

«J’aimais beaucoup Allen. Il avait les mêmes valeurs, les mêmes passions que moi. Il m’avait touché dans nos conversations. J’ai toujours trouvé qu’il était un grand-père hors pair pour les enfants de Dave. J’aime ça regarder des plus vieux que moi. Ça me trace le chemin pour bien faire. Allen faisait toujours les bonnes choses. Il restait un petit gars dans l’aréna même s’il était un grand-père. Je m’applique à transmettre ma passion aux jeunes et Allen avait la même philosophie.»

Allen a consacré une grande portion de sa vie au développement du hockey mineur sur la Côte-Nord à Baie-Comeau. Il est décédé à l’âge de 69 ans le 27 avril dernier, soit la veille de la conquête de Hartley dans la KHL. Il y avait donc un ange qui encourageait l’Avangard.