Canadiens de Montréal

Erik Gustafsson: mise en garde sur un talent énigmatique

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À un moment où l’attaque massive des Canadiens de Montréal pique du nez, l’acquisition d’Erik Gustafsson devient intrigante. L’arrière suédois représente toutefois un cas énigmatique : comment un défenseur peut-il produire 60 points en 79 rencontres et s’escamoter par la suite?

Après avoir enregistré ce cumulatif plus que respectable en 2018-2019 avec les Blackhawks de Chicago, l’arrière de 29 ans a récolté 26 points en 59 sorties, la saison suivante, avant d’être transféré aux Flames de Calgary, où il n’a disputé que sept affrontements en saison régulière. 

Ci-dessus, voyez les propos de l'entraîneur-chef des Blackhawks, Jeremy Colliton, sur Erik Gustafsson. 

Embauché par les Flyers de Philadelphie avant la présente campagne, Gustafsson a été laissé de côté plus souvent qu’à son tour par l’entraîneur-chef Alain Vigneault, qui l’a rayé de sa formation dans neuf de ses 10 dernières confrontations avant l’annonce de la transaction avec le CH, le 12 avril.

Ainsi, son passage en Pennsylvanie se résume à 10 points - dont quatre en supériorité - en 24 matchs avec une moyenne d’utilisation de 17 min 24s, la sixième en importance au sein de cette brigade défensive. C’est dans pareille situation qu’un athlète souhaite changer d’air et les amateurs pourraient bientôt voir quel est le vrai visage du nouveau venu, à qui on prédit une forme d’utilisation expérimentale sur l’avantage numérique.

Un talent indéniable   

Pour tenter de mieux comprendre la radicale chute de production de Gustafsson, le TVASports.ca s’est entretenu avec l'entraîneur-chef qui l’a vu éclore et conclure sa campagne du tonnerre au sixième rang du classement des défenseurs du circuit.

L’actuel instructeur en chef des Blackhawks, Jeremy Colliton, connait bien l’athlète. Il l’a dirigé en 2017-2018 avec les IceHogs de Rockford, dans la Ligue américaine, puis l’année suivante lorsqu'il a succédé à Joel Quenneville à la barre des «Hawks».

De prime abord, le plus jeune pilote de la LNH parle «d’une bonne personne qui offre une belle énergie à une équipe». Il ne cache pas que son ancien troupier possède dans son coffre à outils des armes de destruction offensives.

«Il est très talentueux et il peut orchestrer des jeux spéciaux, assure Colliton. Il peut glisser la rondelle sous la lame d’un bâton et décocher un bon tir, qui donnera un filet ouvert à un joueur (sur le retour).»

«Il est très dynamique à la ligne bleue et il est excellent pour s’impliquer dans une incursion comme quatrième attaquant.»

Crédit photo : Canadiens.com

Quelle est donc la principale faille de Gustafsson, sachant qu’il n’a pu reprendre sa vitesse de croisière? Vouloir trop en faire? Mal jouer défensivement (comme le suggérait son différentiel de -6 à l’époque)? 

Colliton a laissé entendre qu’il doit faire preuve d’un meilleur jugement sur la glace pour mieux équilibrer son jeu. 

«Ce dont nous avons toujours discuté, c’est de bien choisir le moment d’appuyer l’attaque (picking your spots) et être prêt à défendre, a-t-il prévenu. Tu dois être à point lorsque vient le temps de défendre ton territoire et être bien positionné.

«Quand ton équipe est en posséssion de la rondelle, c’est là que tu peux faire l’étalage de ton talent sur le plan offensif.»   

La constance : son pire ennemi   

L’entraîneur des gardiens des Blackhawks Jimmy Waite a pour sa part parlé d’un manque de constance dans le cas de Gustafsson. À l'écouter, il était capable du meilleur comme du pire.

Un peu à l'instar du club qui a transigé avec les Flyers pour obtenir ses services, l'instabilité de ses performances constitue son pire ennemi.

«C’est un peu le problème d’Erik. Il n’est pas constant dans sa zone, a-t-il récemment analysé lors d'un entretien avec Jean-Charles Lajoie à JiC. Il y a des soirs où c’est difficile de ne pas perdre sa couverture d’homme dans son territoire, de marquer son adversaire et d’être plus corpulent devant son filet.»

Le produit du Frolunda HC, dans la ligue d'élite suédoise, a surtout brillé sur les unités spéciales au sein d'une équipe qui s'est classée au 12e rang pour les buts en supériorité numérique. Il était employé sur la première vague de l'attaque massive, avec les Patrick Kane et Alex DeBrincat.

Jimmy Waite décortique le profil d'Erik Gustafsson -

«On essayait de le faire jouer avec les deux premiers trios pour exploiter son talent offensif», se souvient Waite, qui croit au succès d'une paire éventuelle composée de Gustafsson et Shea Weber en éliminatoires.

«Erik a écoulé de grosses minutes avec nous. Tant qu’il (performe) tous les soirs et qu’il est plus constant, il a la capacité de (jouer 20 minutes ou plus par match).

«Il faut vraiment l’utiliser dans des situations plus offensives, en espérant qu’il va bien jouer dans sa zone...»  

Entre les mains de Ducharme   

Au début de la semaine, l’entraîneur-chef des Canadiens Dominique Ducharme n’avait pas de plan concret pour Gustafsson, qui s'est entraîné mercredi, mais le pilote de Joliette a laissé entendre qu’il pourrait éventuellement utiliser une formation à 11 attaquants et sept défenseurs, même s'il reproche à cette structure stratégique de «casser des rotations». 

Le temps manque pour évaluer son nouveau joueur, c’est évident. Le Tricolore jouera à Calgary vendredi, samedi et lundi prochain avant de rentrer à Montréal y affronter les puissants Maple Leafs. Pas question non plus de le lancer dans la mêlée après seulement un séance matinale avant un match.

«On ne pratique pas beaucoup, alors il faudra trouver des solutions», a expliqué Ducharme lundi, tout en reconnaissant le potentiel de l’Européen en supériorité.

«C’est censé être l’une de ses forces. On a vu beaucoup de vidéos de lui, mais il faut le voir avec nous, sur la glace. Il amène assurément de la compétition en arrière. On évaluera en temps et lieu les avantages et les inconvénients d’effectuer un changement en défense.»

Crédit photo : Canadiens.com

Comme ce fut le cas à Philadelphie, Gustafsson devra se battre pour percer une brigade défensive saturée tel un pub anglais au cinq à sept. Chez les Flyers, le DG Chuck Fletcher a justifié l'échange du fait qu’il devait choisir entre lui et Shayne Gostisbehere.

L’autre nouveau venu à la ligne bleue montréalaise Jon Merrill, également acquis vers la date butoir des échanges, a été jumelé à Alexander Romanov sur la troisième paire, au détriment de Brett Kulak. Xavier Ouellet sert aussi de police d’assurance.

Enfin, ajoutez aux enjeux susmentionnés le fait que Gustafsson sera à la recherche d'un contrat après la présente campagne. Celui qul dit vouloir revenir au niveau supérieur de ses capacités aura tout intérêt à soutenir un effort maximal à chacune de ses présences. 

«Ça fait un peu plus d'un an que je ne l'ai plus dans l'effectif, mais je lui souaite le meilleur (avec le CH)», a conclu Colliton.

Le cas échéant, tous en sortiront gagnants.