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Grand Prix du Canada: à l’an prochain?

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Ne soyez pas surpris si, au cours des prochaines heures, on annonce l’annulation du Grand Prix de Formule 1 du Canada pour une deuxième année consécutive.

Selon les informations obtenues par «Le Journal de Montréal» – ce qui semble d’ailleurs une évidence depuis près d’un mois – on ne voit pas comment la Formule 1 pourrait faire escale à Montréal du 11 au 13 juin comme prévu.

Avec ou sans spectateurs, ça ne change rien. La faute à la pandémie.

D’entrée de jeu, il convient de mentionner que l’actuel contrat qui lie le Grand Prix du Canada et la F1 ne comporte aucune clause précise stipulant que l’avenir de l’événement touristique le plus important au pays est compromis s’il n’est pas présenté pendant deux années, consécutives ou pas.

Mais les inquiétudes de François Legault sont néanmoins justifiées.

«Si on n’a pas de Grand Prix cette année, qu’arrivera-t-il de notre entente valide jusqu’en 2029?» s’est demandé le premier ministre lors d’un point de presse mardi après-midi.

Une surenchère

Même si l’intraitable Bernie Ecclestone a disparu du paysage depuis que l’entreprise américaine Liberty Media s’en est portée acquéreur, la F1 n’a pas modifié sa façon de négocier.

Surtout pas dans le contexte actuel où la pandémie a fait perdre des centaines de millions de dollars l’an dernier à la F1 et que certains pays très fortunés sont prêts à payer le gros prix pour adhérer au calendrier.

Ainsi, malgré l’excellente réputation de Montréal, cette destination paraît vulnérable. Les frais de présentation exigés par la F1, fixés à 18,7 M$ annuellement, sont minimes comparativement à ceux déboursés par Bahreïn, Singapour, Abou Dhabi et autres destinations.

On chuchote que l’Arabie saoudite, qui va organiser son premier Grand Prix cette année, aurait payé près de 100 M$ pour attirer la F1 sur ses terres.

Comme dans l’immobilier, il y a surenchère en F1. Si le Grand Prix du Canada est annulé pour une deuxième année consécutive, les dirigeants de la F1 voudront exiger un dédommagement particulièrement coûteux. Et, qui sait, pourraient-ils menacer de résilier le contrat?

Ce serait dommage pour la Ville de Montréal qui a dépensé un peu plus de 50 M$ pour la réfection récente du paddock.

Arruda ouvre la porte

Mais, selon nos sources, si la raison sanitaire est évoquée, la F1 serait plus tolérante pour la survie de la course à Montréal.

Or, le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, a ouvert la porte mardi à la tenue d’un Grand Prix à huis clos, moyennant le respect de conditions sanitaires strictes de la part de tous les intervenants de la F1 (environ 1300 personnes) appelés à faire le déplacement à Montréal.

Si Legault est préoccupé, c’est qu’il ne veut pas passer pour celui qui sera montré du doigt pour la perte de la course.

En fin de soirée, Ottawa n’avait toujours pas pris position dans ce dossier épineux. Le premier ministre Justin Trudeau s’est montré évasif et mal informé quand il a été interrogé en conférence de presse en matinée mardi.

«Je sais que les pourparlers sont en cours, a-t-il indiqué. Mais à chaque étape, notre priorité est la santé des Canadiens et c’est sur cette base qu’on va prendre les décisions.»

Facture salée

Un Grand Prix à huis clos à Montréal n’aura lieu que si les divers paliers de gouvernement acceptent d’assumer la facture habituellement payée par le promoteur de la course.

Le montant de 6 M$, mentionné depuis quelques jours, n’est pas pour combler une perte de revenus, mais plutôt pour défrayer les dépenses du promoteur François Dumontier, dont le transport de l’imposant matériel en provenance d’Europe et, notamment, l’embauche d’employés temporaires.

Qui plus est, le circuit Gilles-Villeneuve n’est pas une piste permanente. Il exige le montage de structures temporaires comme les murs de béton, les clôtures de sécurité et les tribunes. Les montants sont considérables. Sans spectateurs sur le site, Dumontier fonce tout droit vers le mur.

Le temps presse. À moins de deux mois de la tenue du Grand Prix, les travaux de préparation auraient dû commencer cette semaine.

Aussi bien dire... à l’an prochain.