Louis Jean

Ils ne font pas pitié, mais...

Ils ne font pas pitié, mais...

Louis Jean

Publié 05 avril
Mis à jour 05 avril

Malgré les cas de COVID qui préoccupent énormément la Ligue nationale de hockey, on demeure confiants de pouvoir disputer les séries éliminatoires. 

L’éclosion actuelle au sein des Canucks de Vancouver et le retrait en pleine rencontre de l’entraîneur-chef des Stars de Dallas, Rick Bowness, sont deux des plus récents exemples qui démontrent qu’on n’est toutefois pas sorti du bois.

Avant même que les camps d’entraînement ne s’amorcent, la situation était déjà bien différente dans la Ligue américaine. Bien qu’aucune annonce officielle n’ait encore été faite, tout indique qu’il n’y aura pas de séries, pas de championnat cette année. 

Les joueurs ont été invités à se prononcer à savoir s’ils souhaitaient jouer en séries.

Le résultat n’est pas connu, mais pour une question d‘assurances, de complications liées à la frontière Canada-États-Unis, les risques d’exposition au coronavirus ainsi que d’autres facteurs, on peut déduire que la forte majorité est défavorable. Pas évident, pour un athlète, de renoncer à la chose la plus importante pour lui, c’est-à-dire les séries éliminatoires.

Tout le monde, peu importe le métier ou la profession, a été touché d’une quelconque façon par la pandémie. Je trouve étrange qu’on semble placer les joueurs de hockey dans une catégorie à part et avoir moins d’empathie à leur égard. Ils sont les premiers à reconnaître qu’ils sont choyés de gagner leur vie en jouant un sport. Mais ce n’est pas complètement rose non plus.

Prenons l’exemple de Jimmy Oligny, défenseur avec le Moose du Manitoba. 

Le 24 décembre dernier, l’arrière québécois se prépare à fêter Noël avec sa conjointe et ses trois enfants lorsqu’il a apprend que les Jets de Winnipeg songent à l’inviter à leur camp d’entraînement. À midi, le 26 décembre, le téléphone sonne. Jimmy est informé qu’il doit prendre un vol à 16 heures, donc quatre heures plus tard, à destination de Winnipeg. 

Je ne sais pas pour vous, mais même quand on est une personne qui sait s’adapter, ça vient changer les plans pour les Fêtes, mettons.

«J’ai fait mes valises rapidement. J’ai apporté le plus de choses possible, parce que je ne savais pas quand je reviendrais à la maison», m’a partagé Oligny, de son appartement au Manitoba.

L’ancien défenseur de la Ligue de hockey junior majeur du Québec a à peine eu le temps d’expliquer à ses trois enfants qu’ils seraient séparés pour plusieurs mois. 

La seule autre fois qu’Oligny a revu sa famille depuis, c’est en distanciation sociale alors que le Moose affrontait le Rocket à Montréal.

Crédit photo : Martin Chevalier / JdeM

«Ma conjointe et les enfants étaient dans la voiture. Je n’ai pas pu les prendre dans mes bras, les coller. C’est difficile de ne pas les avoir avec moi... On ne voulait pas sortir ma plus vieille de l’école en pleine année scolaire comme on l’a fait dans le passé.»

Le natif de Saint-Michel, au Québec, a paraphé un contrat de 110 000 $ assorti d’un boni de signature de 7 500 $ avec le club-école des Jets. C’est un très bon salaire, par contre, les joueurs de la Ligue américaine perçoivent moins de la moitié de leurs indemnités cette saison. 

En fait, c’est 48% pour être précis. Concrètement, Oligny touche moins de 53 000$ avant le boni et cinq mois se seront écoulés avant qu’il ne puisse revoir ses proches. C’est un sacrifice important qu’il fait pour subvenir aux besoins de sa famille et pour poursuivre sa carrière. 

Une réalité méconnue

L’objectif de cet article, c’est de mettre en lumière la réalité des joueurs. Les organisations font du mieux qu’elles peuvent pour les encadrer et les aider sachant très bien qu’on leur en a demandé beaucoup.

D’abord, le contexte. Il y a trois équipes de la LAH qui ont choisi de ne pas jouer cette année. La majorité de leurs joueurs ont dû être dispersés ailleurs, ce qui, en plus de ne pas être idéal, a créé une certaine précarité. 

Comme dans la LNH, le calendrier de la LAH est condensé. Les joueurs disputent régulièrement quatre matchs en six jours. Beaucoup d’entre eux ont dû faire une, ou plusieurs quarantaines. On affronte continuellement les mêmes équipes. Aucun rassemblement n’est permis, même au sein d’une équipe. L’isolement commence à poser de sérieux problèmes. La santé mentale est fragile. Non seulement c’est éprouvant mentalement, mais il faut ajouter l’incertitude.

Qu’adviendra-t-il des joueurs comme Oligny qui en sont à la dernière année de leur contrat? La masse salariale ne bougera pas dans la LNH, l’année prochaine, et probablement lors des suivantes. Moins d’argent dans le système, cela aura indéniablement un impact sur la Ligue américaine aussi.

Malgré tout, Oligny continue de sourire, de donner le meilleur de lui-même et d’agir comme grand-frère aux jeunes joueurs de l’organisation. Tout cela alors que sa propre famille est à plus de 2 000 kilomètres de distance.

Voyez mon entretien avec Jimmy Oligny en vidéo principale.