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La soeur d'Anthony Mantha rêve à la LNH

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Depuis aussi longtemps qu’elle se souvienne, Elizabeth Mantha est passionnée par le hockey.

Au cours des 10 dernières années, son amour pour le sport fétiche des Québécois s’est en quelque sorte transformé. Ne croyez pas qu’il soit moins fort, bien au contraire. Sa relation avec la discipline a tout simplement changé, puisqu’elle nourrit une véritable passion pour le métier d’arbitre.

La grande sœur de l’attaquant des Red Wings de Detroit Anthony Mantha gravit les échelons de cette profession à une vitesse grand V, elle qui compte à son actif des participations aux Championnats du monde féminin des moins de 18 ans et à la Coupe des quatre nations.

La femme de 30 ans évolue également dans le hockey masculin. Elle est d’ailleurs la deuxième femme à avoir décroché un poste dans la Ligue de hockey midget AAA du Québec et fait aussi le boulot dans la Ligue de hockey junior AAA du Québec.

«Je dis ça très humblement, mais au Québec, je suis en mesure de faire ma place dans le milieu des gars. Je suis capable de performer et de montrer aux superviseurs que j’y ai ma place», a-t-elle affirmé sans gêne, lorsque questionnée sur le fait qu’elle travaille dans un milieu d’hommes.

Merci Isabelle Leclaire

Avant de briser des plafonds de verre, Mantha était avant tout une joueuse de hockey. Celle qui jouait à la défense a notamment contribué à la conquête du championnat universitaire avec les Carabins de l’Université de Montréal (UdeM) lors de la saison 2012-2013.

L’athlète avait toutefois déjà amorcé son parcours vers l’arbitrage. Avant de faire le saut à l’UdeM, elle étudiait à Ottawa, où elle a décroché un emploi d’arbitre dans les ligues récréatives de l’institution.

«Quand je suis revenue à Montréal l’année suivante, je me suis inscrite à des cours d’arbitrage et c’est vraiment là que mon aventure s’est amorcée. J’ai commencé à la base, c’est-à-dire aux niveaux atome et novice. C’est là que presque tous les arbitres commencent.»

Dans sa progression comme officielle, Mantha aurait pu être freinée par ses obligations de joueuse.

«J’ai eu la chance d’avoir Isabelle Leclaire comme coach à l’Université de Montréal. Elle était très compréhensive. Elle comprend les enjeux du hockey féminin; il n’y a pas beaucoup de débouchés comme joueuse. Elle m’a vraiment permis de profiter de toutes les expériences qui s’offraient à moi. Elle me permettait de rater certaines activités de l’équipe pour participer à des camps de sélection d’arbitres. Ce n’est vraiment pas tous les entraîneurs qui auraient fait ça.»

«C’est ça qui m’a permis d’avoir un cheminement rapide après la fin de ma carrière universitaire, car j’ai eu la chance d’évoluer comme officielle en même temps», a-t-elle ajouté avec gratitude.

Ça ne veut cependant pas dire que Leclaire l’a laissé oublier ses responsabilités de hockeyeuse.

«Je me souviens qu’Isabelle m’avait convoquée à une rencontre dans son bureau parce que quand j’étais assise sur le banc, je regardais trop les arbitres au lieu de me concentrer sur le match», s’est souvenue Mantha en riant.

La LNH?

À la conclusion de sa carrière universitaire en 2015, la Longueuilloise a définitivement troqué son bâton et ses épaulettes pour le chandail rayé.

Depuis, elle est considérée comme l’une des meilleures de sa profession, mais peut-elle espérer éventuellement vivre de sa passion?

«C’est dans mes rêves les plus fous, mais je ne sais pas si cela m’arrivera un jour. Même pour un arbitre masculin, c’est excessivement difficile. Il n’y a pas beaucoup d’ouverture. Même dans la Ligue américaine de hockey, les arbitres doivent avoir un autre emploi en parallèle», a indiqué celle qui travaille aussi comme superviseure à la centrale 911 de Montréal.

Pour en vivre du métier d’arbitre, il faut donc atteindre les plus sommets : la Ligue nationale de hockey (LNH). En date d’aujourd’hui, aucune femme n’a officialisé dans un affrontement de la meilleure ligue de hockey au monde

«C’est aussi un rêve, mais est-il réalisable? Je ne sais pas. Depuis deux ou trois ans, la LNH semble avoir plus d’ouverture. Elle a invité des arbitres féminines à leur camp d’arbitres masculins.»

Mantha a d’ailleurs pris part à l’un de ses camps dans les dernières années.

«Nous étions quatre filles parmi une cinquantaine d’hommes. Les responsables de la LNH nous épiaient des estrades et prenaient des notes. En gros, nous devons nous soumettre à des tests sur la glace et à l’extérieur», s’est-elle rappelée.

«Cela m’a permis de me comparer avec les standards qui sont attendus dans la LNH. [...] Ça m’a donné le gout de mettre les bouchées doubles.»

Mantha a d’ailleurs continué de graviter autour de la LNH pendant la dernière année.

«En décembre, la LNH a mis en œuvre des séances Zoom avec des officiels qui travaillent pour elle. Ils nous expliquent certaines choses ou nous aident avec certaines situations complexes que nous avons déjà vécues. C’est une façon de prendre de l’expérience, malgré le fait que nous ne pouvons pas être sur la glace présentement.»

Considérant qu’elle est sous le radar du circuit Bettman et qu’elle sait ce qu’il faut pour y évoluer, Mantha pense-t-elle en faire partie en un jour?

«Oui, j’y crois. Nous y avons notre place. Je ne pense pas qu’il manque grand-chose», a-t-elle répondu avec assurance.

L’éventuellement présence d’une femme arbitre dans la LNH n’est toutefois pas un objectif individuel pour Mantha, qui souhaite simplement que cela se réalise.

«Que ce soit moi ou une autre des prochaines générations, j’aimerais ça le voir de mes yeux et j’aimerais contribuer à ce que ça se réalise.»

En attendant, l’ancienne arrière à un autre objectif précis et à court terme en tête : les Jeux olympiques d’hiver de Pékin en 2022.

«Je m’entraîne plusieurs fois par semaine avec cet objectif en tête. Ce n’est pas dans très longtemps et j’y crois vraiment.»

Mantha est sur la bonne voie de réaliser son but, elle qui sera d’office pour le Championnat du monde de hockey féminin 2021, en mai, en Nouvelle-Écosse.

Un coup de main du frangin?

Profitant de la générosité et de la vaste expérience que possède Mantha, impossible de ne pas lui parler de ce qui se passe dans l’univers du hockey féminin présentement.

Au printemps 2019, les meilleures hockeyeuses au monde ont pris la décision d’arrêter de jouer et de réclamer de meilleures conditions. Une association des joueuses a été créée et ses demandes sont claires : permettre à ses athlètes d’être rémunérées convenablement pour la pratique de leur sport.

«J’espère qu’il y aura une Ligue nationale féminine stable qui sera en mesure de payer ses joueuses à l’année. Elles méritent de pouvoir uniquement se concentrer sur leur sport et qu’elles n’aient pas à travailler en plus de devoir s’entraîner. Je trouve que c’est complètement fou de devoir posséder un emploi en à temps plein ou à temps partiel en plus du hockey. Je ne suis pas dans le secret des dieux, mais la LNH doit mettre l’épaule à la roue.»

Mantha n’est peut-être pas aux faits des discussions qui ont lieu entre le circuit Bettman et les joueuses, mais elle est plus proche de la LNH que bien des êtres humains. Son petit frère y patine depuis la saison 2015-2016.

«Nous en avons parlé quand les ligues féminines se sont dissoutes et que nous avons su les montants qu’il faudrait amasser pour qu’une ligue soit viable. Je lui ai lancé à la blague qu’il pourrait financer ça», a-t-elle blagué.

«Il riait un peu, mais je pense que ça lui est peut-être resté en tête. Il est le seul gars parmi quatre enfants chez nous. Il nous a vues évoluer dans le sport universitaire et pour lui, les hommes et les femmes sont égaux. Tout le monde mérite la même chance. Je suis sûr qu’il embarquerait dans un projet du genre.»

L’invitation est lancée Anthony!

Comme plusieurs acteurs du hockey féminin, Mantha est persuadée qu’avec de la visibilité, une ligue féminine serait viable et que la base de partisans du sport s’élargirait. Elle croit d’ailleurs que l’époque dans laquelle nous vivons facilite les choses.

«Quand j’étais jeune, je me souviens d’avoir entendu le nom de Danièle Sauvageau et d’autres grandes joueuses comme elle. Mais, je ne les voyais pas.»

«Je pense que les joueuses d’aujourd’hui sont beaucoup plus accessibles, que ce soit via les réseaux sociaux ou la télévision. Je crois que ça fait une grosse différence dans les rêves des jeunes filles. Elles ont des modèles en tête.»

Qui sait? Peut-être qu’un jour une jeune fille verra Elizabeth Mantha arbitré un match du Canadien de Montréal et se dira qu’elle aussi peut aspirer aux plus sommets.