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Hockey

La grande évolution du hockey féminin

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Les hockeyeuses de partout à travers le monde rêvent du jour où elles pourraient vivre de leur passion. Où elles pourraient être payées à titre de joueuses professionnelles, comme les hommes. Depuis plus de 30 ans qu’elles sont présentes sur la scène internationale, à nous faire vibrer, et même si l’objectif ultime n’est toujours pas atteint, le chemin parcouru est énorme.

C’est aujourd’hui la Journée internationale des femmes et l’occasion est belle pour admirer le chemin parcouru par toutes ces femmes et de faire état de ce qu’il reste à accomplir pour rendre leur sport viable.

Actuellement, la plupart des meilleures joueuses du monde font partie de l’Association des joueuses professionnelles de hockey féminin (PWHPA), comme les Marie-Philip Poulin et compagnie. Elles n’évoluent dans aucune ligue, mais participent à des matchs hors-concours pour promouvoir le sport.

Ceci est notamment dû à la fermeture, il y a près de deux ans, de la Ligue canadienne de hockey féminin (CWHL) et également du refus de rejoindre la Ligue nationale de hockey féminin (NWHL).

«On a créé une association d’environ 200 joueuses, qui ont décidé de ne pas jouer ici, en Europe ou aux États-Unis, pour essayer de créer une ligue qui va nous traiter professionnellement, a souligné la joueuse québécoise et analyste-hockey à TVA Sports, Mélodie Daoust. Par là, je veux dire qu’on va avoir des physios, des docteurs, que les filles qui travaillent aient des endroits pour s’entraîner gratuitement à des heures qui facilitent la vie de tout le monde. 

«Le but, ça serait que les filles ne travaillent plus à temps plein, peut-être juste un emploi à temps partiel ou aucun emploi pour consacrer toute notre énergie sur le hockey. Se faire payer, oui, mais on ne demande pas des millions. On demande quelque chose de convenable pour débuter.»

La NWHL est la principale ligue de hockey féminin. Toutefois, contrairement à son homologue masculine, elle ne regroupe pas les meilleures joueuses. Mais, elle serait tout de même vitale dans le rêve que caressent de nombreuses joueuses.

«Je n’aime pas ça dire ça, mais c’est la réalité, ce sont des filles de divisons 2 et 3 universitaires qui graduent et qui vont jouer dans cette ligue. Cette ligue est bonne pour le hockey féminin, car ça permet aux filles qui terminent l’université de jouer dans un niveau de hockey élevé. Malheureusement, la structure et comment la Ligue gère les joueuses, ce n’est pas ce que l’on recherche.»

S’il y a les joueuses d’aujourd’hui, il ne faut également pas négliger – et en fait, c’est une des priorités – les joueuses de demain.

«On a vu des regroupements intégrés au niveau du midget à travers le Québec et ça fonctionne bien, a souligné la directrice générale de l’équipe de hockey des Carabins de l’Université de Montréal et ex-entraîneuse de l’équipe nationale canadienne, Danièle Sauvageau. On a vu aussi le hockey scolaire qui prend de plus en plus d’ampleur. On a une belle ligue de hockey collégial au Cégep et la meilleure conférence de hockey universitaire au Canada se retrouve ici au Québec avec, oui, deux équipes de l’Ontario. Je pense qu’on est sur la bonne voie.»

De plus en plus à l’avant-scène  

Les femmes sont de plus en plus à l’avant-scène du sport. 

Certaines des meilleures joueuses de la planète ont été invitées lors du dernier match des étoiles de la LNH à St. Louis, où elles avaient pu démontrer toute l’étendue de leur talent dans un match à 3 contre 3. Un an auparavant, à San Jose, c'est lors du concours d’habiletés que Kendall Coyne Schofield avait fait écarquiller les yeux lors de la compétition du patineur le plus rapide. Elle a d’ailleurs été embauchée au mois de novembre 2020 par les Blackhawks de Chicago à titre d’entraîneuse du développement des joueurs.

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De plus, plusieurs actuelles et anciennes joueuses occupent des rôles d’expertes-hockey à la télévision, comme Mélodie Daoust, Manon Rhéaume, Kim St-Pierre et Cassie Campbell-Pascall, notamment. Et les médias pourraient prendre un rôle extrêmement important dans le développement du sport.

«Ce qui reste à parcourir, ce sont les médias, a martelé Daoust. Qu’ils embarquent, qu’ils parlent de nous sur une base hebdomadaire. Qu’ils montrent nos matchs, nos entraînements, un peu comme ils font avec les Canadiens et c’est de le faire à la grandeur du pays et même embarquer les États-Unis là-dedans, car ils vont faire partie de notre ligue. 

«C’est de faire connaître le hockey féminin. C’est sûr qu’on part de loin, mais si on regarde les Jeux olympiques et on regarde les cotes d’écoute, on bat le hockey masculin pour notre finale. Ça en dit long. Ça montre qu’il y a une base de partisans pour ça. Récemment, avec la NWHL, ils utilisaient Twitch et ils ont éclaté des records de visionnement de 1,2-1,3 million de visionnements pour une partie normale. On le sait que si on était considéré professionnellement, les chiffres viendraient avec. On l’a vu avec le soccer, le tennis, on le voit maintenant avec le basketball. Les sports, plus que tu en parles, plus tu vas embarquer.»

Outre le fait d’avoir une ligue professionnelle, il y a un monde de structures à construire pour que les joueuses présentes et d’avenir puissent évoluer et grandir.

«Je pense qu’on est sur la bonne voie, a souligné Sauvageau. Le centre de haute performance [...] vient justement être le chaînon manquant. [...] C’était un point qui était à peaufiner, à donner une robustesse dans le cheminement de l’athlète à long terme qui est de garder nos joueuses après les circuits universitaires. C’est comme si entre la LHJMQ et les Canadiens de Montréal, il n’y avait pas de structure. Mais il y en a une. Il y a le Rocket et il y aura l’équipe de l’ECHL à Trois-Rivières et tout ce qui se passe en Europe. L’offre de service qui est donnée au hockey joué par des garçons et des hommes, on en est bien loin au niveau féminin.»

Crédit photo : Photo Agence QMI, Joël Lemay

Une question d’argent  

Évidemment, la mise en place d’une ligue et de structures pour guider le hockey féminin vers de nouveau sommet ne se fait pas instantanément. Plusieurs défis sont présents. Et l’aspect financier en est certainement un énorme.

«Quand nous sommes allées au Match des étoiles à St. Louis, c’était une grosse victoire, a affirmé Daoust. Les années précédentes, soit que nous n’étions pas là ou soit que seulement trois filles avaient été invitées. Ç’a été un gros message d’inviter 10 filles canadiennes et 10 filles américaines. Je pense que les conversations étaient extrêmement positives. Mais avec la pandémie, ça nous a fait reculer, car la LNH a perdu beaucoup d’argent cette année. C’est difficile pour tout le monde en ce moment. Mais notre plan, ça serait que la LNH donne une réponse à savoir si elle embarque ou si elle n’embarque pas et qu’après les Jeux olympiques de 2022, on soit en voiture pour avoir une ligue.»

Et la nouvelle entité qui sera créée pourrait très bien cohabiter avec l’actuelle NWHL.

«Notre vision serait de garder les deux, a continué Daoust. Tous les meilleurs joueurs jouent dans la Ligue nationale. Mais s’il n’y avait pas de AHL, pas de ligues en Europe, il y aurait beaucoup moins de joueurs de hockey. On veut créer une ligue en parallèle de la NWHL pour avoir les joueuses A et avoir une autre ligue en dessous qui développe encore leurs joueuses pour espérer se faire recruter dans la grosse ligue en travaillant plus fort. C’est la même chose en Europe. On ne veut pas fermer la ligue en Europe, car ça permet aux joueuses de continuer à jouer en sortant de l’université. C’est ça qu’il nous faut au hockey féminin. Il faut que les petites filles qui commencent à jouer au hockey aient un rêve A de jouer dans la Ligue nationale féminine. Mais que si ça ne fonctionne pas, qu’elles n’arrêtent pas de jouer. C’est ce qui arrive aujourd’hui.

«La NWHL n’est pas prête à fermer ses portes. Elle pense que son modèle est bon et c’est tant mieux. Les joueuses qui veulent aller jouer là, c’est un bon choix. Ce n’est juste pas le choix que l’on voit pour le futur du hockey féminin.»

Pour Sauvageau, au-delà du rêve et du monde idéal, il s’agit que les femmes soient sur la patinoire, coûte que coûte. Est-ce que la LNH sera le partenaire qui propulsera le hockey féminin ailleurs? Est-ce que la solution sera autre?

«Tout se peut, a affirmé Sauvageau. Est-ce que c’est ça. Est-ce que c’est un hybride. Est-ce que c’est d’aller chercher des partenaires comme, entre autres, les Canadiens de Montréal, qui avaient un partenariat avec les Canadiennes. Est-ce que c’est un mélange d’un apport, un peu comme dans la ECHL, que les Canadiens vont confier l’équipe à un groupe qui est là-bas. Il y en a des capitaux privés qui sont au rendez-vous. Tout se peut. 

«[...] On avait un programme magnifique ici qui roulait sur très peu de capitaux. Je comprends que les joueuses auraient aimé avoir un peu plus de services. Mais en même temps, c’est de continuer de faire ce que j’ai vu lors des 40 dernières années. C’est de cogner à des portes en disant "voici où on est rendu, voici où l’on aimerait aller, est-ce que vous voulez être partenaires de cette vision?". La vision est importante, car elle définit les objectifs de ce que tu aimerais avoir comme changement et présentement, je pense qu’il y a peut-être plusieurs visions et je ne pense pas que ça aide la cause.»

Pour les plus jeunes  

Au final, l’objectif est que les joueuses puissent obtenir leur ligue professionnelle. Mais, c’est également de s’assurer que toutes les petites filles qui veulent jouer au hockey aient la structure nécessaire pour le faire et l’inspiration qui les feront rêver.

Les Nancy Drolet, Danielle Goyette, France St-Louis, Manon Rhéaume, Kim St-Pierre, notamment, ont pavé la voie pour les joueuses de l’actuelle génération, qui, à leur tour, tentent de devenir les mêmes modèles pour toutes ces jeunes filles.

«On me demande toujours qui sont mes modèles d’entraîneurs, a expliqué Sauvageau. Il n’y avait pas de femmes avant moi, pas de femmes dans les médias avant moi. C’est un peu ça. J’écoutais Naomi Osaka quand elle a gagné récemment les Internationaux d’Australie. "Moi j’ai grandi avec une idole qui s’appelait Serena Wiliams. J’espère que présentement, il y a des petites filles qui aimeraient devenir ce que je suis". Et c’est ça, finalement. Aujourd’hui, voir des petites filles porter des chandails avec Poulin, Daoust, Desbiens dans le dos, c’est ça qui a changé.»

Crédit photo : Al Charest/Calgary Sun/QMI Agency