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LHJMQ

Les recruteurs retrouvent leur routine

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Le silence était toujours aussi assourdissant et les mesures sanitaires étaient encore bien en vigueur, mais pour la confrérie des recruteurs qui épient les espoirs de la LHJMQ sur le territoire québécois, il y avait enfin un semblant de normalité dans leur boulot, mardi.

Pour la première fois depuis le début de la présentation des événements en environnement protégé du circuit junior majeur en novembre dernier, les recruteurs et les journalistes étaient autorisés à pénétrer à l’intérieur des amphithéâtres en zone orange pour assister aux rencontres.

À l’exception de quelques semaines à l’automne où ils avaient pu scruter les traits des espoirs sur place, ils ont dû se contenter de faire du télétravail la très grande majorité du temps depuis le début de la pandémie, il y a un an.

Si la tempête dans l’Est-du-Québec a freiné les ardeurs de ceux qui désiraient se rendre à Rimouski — l’autoroute 20 a été fermée une partie de la journée — ils étaient nombreux massés dans les gradins à Gatineau et à Saguenay pour être témoins des programmes doubles du jour. Le Journal a pu constater qu’ils étaient au moins une dizaine à s’être déplacés à Chicoutimi pour les matchs des Saguenéens, du Drakkar, des Remparts et des Cataractes.

«J’en rêvais !» a lancé sans détour le recruteur des Bruins de Boston, Alain Bissonnette, carnet de notes à la main et masque au visage sur son siège du Centre Georges-Vézina.

Le recruteur a annoncé à ses patrons ses intentions de reprendre la route dès que la LHJMQ a annoncé avoir obtenu le feu vert des autorités de santé publique. Il n’était pas question de continuer à analyser sur vidéo. La réponse du directeur général des Bruins, Don Sweeney, n’a pas tardé.

«Ça a pris cinq minutes hier [lundi] avec notre directeur général et c’était réglé. C’est de l’information qu’on n’est pas capable d’avoir autrement. C’est en personne que ça se passe, ce travail.»

Rythme et émotions

Et ces informations si difficilement perceptibles à l’écran sont cruciales pour permettre aux chasseurs de talent d’étoffer leur rapport sur les joueurs.

«En personne, tu peux mieux faire l’évaluation du patin et du sens du jeu en général. Il y a aussi le rythme du jeu qui est plus facile à évaluer en personne. Tu as le temps pour le voir. Sur vidéo, tu perds le joueur [s’il n’est pas près de la rondelle]», a noté Christian DeBlois, à l’emploi des Sénateurs d’Ottawa.

«Tu es plus plongé dans le match que lorsque tu es chez toi dans ton sous-sol. Ça fait du bien d’être de retour et de pouvoir avoir une meilleure évaluation [...] Je suis capable de regarder un défenseur pendant que le jeu est à l’autre bout [de la patinoire] pour voir son comportement en rentrant au banc, son langage corporel, s’il va donner des coups, comment il communique avec son partenaire, son gardien, etc.», a enchaîné son collègue des Flames de Calgary, Patrick Lachance.

Alain Bissonnette, qui a longtemps œuvré pour le compte des Cataractes de Shawinigan, a aussi insisté sur le fait que l’évaluation des défenseurs était plus ardue à distance.

«Dans les situations de match, ils ne sont pas toujours près de l’action, mais ils ont à contenir un adversaire. On ne le voyait pas sur caméra dans le feu de l’action, et [d’être sur place] ça fait toute la différence du monde», a-t-il renchéri.

Travail à rattraper

Ce retour dans les arénas tombe à point pour les recruteurs puisqu’ils ont pris bien malgré eux du retard dans leur cueillette d’informations, notamment sur les recrues de 16 ans et sur les joueurs de 20 ans à la recherche d’un contrat professionnel.

Sans en faire une obsession, le vétéran des Tigres de Victoriaville, Shawn Element, attendait ce moment pour augmenter sa visibilité, lui qui traverse une séquence du tonnerre avec sept points en autant de rencontres.

«Ils vont pouvoir vivre l’émotion en personne et voir des aspects différents, ce qui nous donne un avantage sur l’Ontario et l’Ouest où il n’y a pas de matchs [NDRL : sauf en Alberta].»

Une sixième vague de bulles

Les équipes de la LNH mettront donc les bouchées doubles au cours des prochaines semaines avec leurs groupes de dépisteurs grâce à cette permission spéciale. Après l’événement de la semaine, la LHJMQ organisera une sixième vague de bulles du 19 au 25 mars.

«Dès que l’information s’est mise à circuler, j’ai parlé à mon boss et on s’est arrangés pour attaquer partout en ayant des recruteurs dans les arénas», a avoué Christian DeBlois, des Sénateurs.

«Normalement, ma job pour les 16 ans et les 20 ans est déjà presque finie à ce temps-ci de l’année. On a pris du retard dans tout», a dit son confrère des Bruins.

Une boîte à lunch pour respecter les règles sanitaires

Les résidents des régions en zone orange n’ont pas à craindre de voir débarquer chez eux un flot de dépisteurs provenant des zones rouges.

Ceux-ci entendent suivre les règles sanitaires en vigueur, a-t-on pu constater.

«N’écris pas ça, mais j’ai apporté ma boîte à lunch !» a lancé en riant Patrick Lachance, des Flames.

L’anecdote fait en effet sourire, mais les règles sont les règles. Ils devront attendre avant de renouer avec leurs vieilles habitudes.

Document d’attestation

Même si le déplacement est effectué dans le cadre du travail, il est interdit pour une personne d’une zone rouge de s’asseoir dans les restaurants en zone orange.

Ils se sont aussi assurés d’avoir un document d’attestation de l’organisation qu’ils représentent pour se déplacer pendant les heures du couvre-feu.

La routine sur la route est donc quelque peu chambardée, mais après tous ces mois devant leur écran, ce ne sont pas les recruteurs qui vont s’en plaindre.

Malgré la pandémie, le hockey junior a réussi le pari de tenir une saison, et les recruteurs peuvent enfin scruter à la loupe les joueurs en personne.

«Je vais m’assurer d’être encore plus sévère avec moi-même dans le respect des règles parce qu’on veut s’assurer de pouvoir continuer à assister aux matchs», a assuré le recruteur des Bruins, Alain Bissonnette.

Même son de cloche pour Christian De Blois, qui œuvre pour le compte des Sénateurs.

«Notre but est de limiter l’exposition aux gens des régions qu’on visite. Il faut rétablir une routine de voyage. Juste d’embarquer dans mon char, ça fait changement. Je dirais que ma blonde était contente que je parte !»

Feu vert en Colombie-Britannique

Par ailleurs, les clubs de la Colombie-Britannique membres de la Ligue de hockey de l’Ouest (WHL) pourront commencer leur campagne de 24 matchs le 26 mars dans des bulles à Kelowna et à Kamloops.

Les 17 autres équipes avaient déjà obtenu la bénédiction des autorités locales de santé publique pour reprendre leurs activités, en bulles ou en matchs à l’intérieur d’une même province ou de l’État de Washington.

En Ontario, le circuit est toujours en négociations avec le gouvernement provincial pour un retour au jeu.