Crédit : Ben Pelosse/ Le Journal de Montreal

Canadiens de Montréal

«Bergevin ne voulait pas de cette transaction»

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La paisible ville de Traverse City, au Michigan, est reconnue pour trois choses : les arts, les cerisiers et les vignobles. Et parmi ses près de 16 000 habitants, on y trouve un ingénieur mécanique du nom de John Howard Scott, cet ancien hockeyeur qui s’y est exilé - loin des projecteurs - après le conte de fées qu’il a vécu il y a cinq ans.

«Je mène une vie tranquille et c’est ce que je souhaitais, a affirmé le sympathique retraité au cours d’un entretien téléphonique avec le TVASports.ca. Ma femme et moi avons donné naissance à deux autres enfants. Nous en avons maintenant six!

«Je suis une personne normale à présent. Je prends ça mollo.»

Crédit photo : Instagram

John Scott exerce sa nouvelle profession grâce au diplôme obtenu à l’université Michigan Tech, qui l’avait recruté pour jouer dans ses rangs de 2002 à 2006. L’Albertain n’a pas été repêché par la suite. Étrange, lorsqu’on considère le parcours que sa carrière a suivi 10 ans plus tard dans la Ligue nationale de hockey.

Remontons à la campagne 2015-2016. Le géant de 6 pi 8 po était loin de se douter qu’il ferait autant de bruit dans un circuit sportif des plus conservateurs. Le bagarreur des Coyotes de l’Arizona, qui n’a jamais compilé plus de quatre points en une saison au cours de sa carrière, a été élu capitaine de la section Pacifique au traditionnel match des étoiles à la suite d’une blague devenue virale sur les réseaux sociaux.

«Au début j’étais contre l’idée, a-t-il laissé entendre. J’étais la risée de la ligue et je n’aime pas qu’on se moque de moi. J’ai toujours travaillé fort pour me rendre au niveau où j’étais.

«Puis je me suis ravisé. J’avais le choix d’apprécier ce qui m’arrivait ou de continuer à être pessimiste. J’ai décidé de m’amuser. Tous les durs à cuire à qui j’ai parlé m’ont dit "tu dois y aller!" et c’est ce que j’ai fait. J’ai voulu démontrer à tous les amateurs que j’avais ma place.»

Persona non grata à joueur par excellence        

Le colosse attaquant n’a pas failli à la tâche à Nashville. 

Dans l’une des histoires les plus improbables du sport professionnel, John Scott est passé de persona non grata à joueur par excellence avec deux buts, aidant sa formation à triompher. Une histoire Cendrillon pour un pugiliste au coeur tendre.

«Ç’a changé ma vie, avoue-t-il. J’avais songé à la retraite, mais cette participation m’a donné une notoriété. Ça m’a ouvert des portes pour la vie.» (On y reviendra)

Dans les semaines qui ont précédé la tenue du tournoi, Scott ne l’a pas eu facile. Pendant que cette affaire faisait un tabac auprès des amateurs de hockey, une mèche brûlait adagio dans les bureaux de la LNH. Les hautes instances ont demandé à la coqueluche de faire l’impasse sur le tournoi des vedettes. Il a refusé. 

Les ponts étaient brûlés et il a été catapulté aux Canadiens de Montréal le 15 janvier 2016, deux semaines avant la classique des étoiles. Scott a ainsi quitté le désert de l’Arizona pour le climat glacial de Saint-Jean-de-Terre-Neuve, dans la Ligue américaine. Un contraste percutant.

La Ligue s'est-elle interposée?        

Même s’il est en paix avec le passé, il ne peut s’empêcher de remettre en question la façon dont la LNH a géré le dossier à l’époque, car il a souffert de son sort. La LNH a-t-elle chassé Scott de l'Arizona pour l'empêcher de jouer au match des étoiles?

«La Ligue a dû s’interposer pour que les Coyotes m’échangent, a-t-il indiqué, prétendant même que cette pratique n'est pas inhabituelle dans la LNH. Marc Bergevin ne voulait pas de cette transaction. Je n’obtiendrai jamais une réponse directe.

«Je ne suis pas amer, mais la façon dont les choses se sont déroulées n’était pas professionnelle. C’était enfantin et j’ai été barré de la ligue (black balled) par la suite.»

En prononçant ces paroles, et à bien y penser, Scott n’est pas complètement remis de l’expérience qu’il a vécue.

«Au fond, je pense que je suis encore de mauvais poil envers la Ligue. Ç’a mené à la fin de ma carrière. Pas qu’elle n’aurait été vraiment plus longue, mais j’aurais pu continuer à travailler fort en Arizona pour jouer deux ans de plus.»

«Des sentiments mitigés»        

Après avoir été hissé sur les épaules de ses camarades de la section Pacifique au Bridgestone Arena et une fois la grande fête du hockey terminée dans la ville du country, Scott a eu les blues à son retour au boulot avec les IceCaps.

«J’avais des sentiments mitigés, car je ne voulais pas être là, admet-il. Je voulais jouer dans la LNH, là où j’appartenais.»

Étrangement, peu après avoir broyé du noir tel un abîme dans l’Atlantique, quelque chose d’inattendu s’est produit. 

«J’ai réalisé que ça restait le hockey. Sylvain Lefebvre m’a offert beaucoup de temps de glace. Il a témoigné beaucoup de confiance à mon égard et j’ai eu beaucoup de plaisir à jouer.

«Les jeunes étaient passionnés et ça m’a permis d’élever mon jeu. Ma santé mentale était ébranlée à mon arrivée.»

Propos déformés        

Scott raconte qu’à la suite de ce regain de vie, il voulait servir de mentor à un groupe qui mêlait jeunes et marginaux – deux catégories d’hommes n’ayant pas été capable de faire leur niche dans la LNH.

Un joueur se démarquait particulièrement du troupeau en raison de son talent et de sa passion.

«Charles Hudon était un très bon joueur, se rappelle-t-il. Il possédait de superbes habilités. Il n’a pas su faire le grand saut dans la LNH. Mais il était un des meilleurs dans la Ligue américaine pour une raison.»

Contrairement à ce qu’un journaliste a rapporté et amplifié au match des étoiles, Scott nie avoir dit que les joueurs des IceCaps pensaient plus aux bistros terre-neuviens qu’à atteindre les séries de la LAH.

Dans une entrevue récemment accordée au TVASports.ca, Lefebvre a d’ailleurs corroboré que les commentaires de Scott ont été cités hors contexte.

«Il a déformé mes propos, assure-t-il. Je crois que c’était un journaliste du New York Times. Je lui ai dit que nous aimions aller au pub prendre l’apéro et casser la croûte après une bonne soirée de travail. 

«J’étais fâché contre ce journaliste, car ce n’était pas comme ça du tout.»

Un dernier tour de piste        

Après 27 matchs avec les IceCaps, l’expérience de Scott dans la Ligue américaine a pris fin. Bergevin l’a rappelé avec le grand club le 3 avril suivant. C’était la fin de la saison et le CH était déjà éliminé des séries. 

Toutefois, le colosse policier n’était pas emballé à l’idée de s’y rapporter. Même pour un match au Centre Bell.

«C’était une situation étrange. Je ne voulais pas y aller parce que j’étais encore fâché d’avoir été échangé.

«J’ai dit "non merci". Marc, que je connaissais un peu de mon passage chez les Blackhawks, m’a expliqué que ce n’était que pour un match et que je pouvais choisir la date. Il a dit "choisis ta date sinon c’est moi qui la choisirai".»

Selon ses propres dires, Scott préférait demeurer dans la Ligue américaine que de faire la navette pour un soir.

«Il voulait me rendre service, mais j’avais vécu beaucoup de choses au cours de l’année.» 

Scott s’est ravisé et il a affronté les Panthers de la Floride. Il a été utilisé pendant 9 min 1 s, un sommet personnel dans la LNH cette saison-là, et il a réveillé la foule avec une solide mise en échec à l’endroit de Greg McKegg à la mi-match. (Voyez les images de Sportsnet, ci-dessous)

«J’étais heureux de l’avoir fait, reconnait l’ancien partisan des Bruins de Boston. Ce n’est pas tout le monde qui a l’honneur de revêtir ce chandail.»

Après la rencontre, une défaite de 4-1, c’était terminé. Bergevin lui a offert de retourner avec le club-école ou de rentrer auprès de son épouse, ce qu’il a fait. Il a dit apprécier cette ouverture de son DG.

«Ma femme venait d’accoucher et elle traversait une période difficile.»

Bientôt à l’affiche        

L’histoire de Scott est digne d’un film hollywoodien et on pourra la voir au petit écran sous peu. La chaîne Disney+ a acheté les droits pour en faire un film et le produit sera finalisé d’ici deux ans, aux dires de sa muse. 

Le journaliste sportif Mitch Albom assurera la scénarisation de l’oeuvre. Pour sa part, Scott est impliqué à titre de consultant, mais ses idées n’ont pas été sollicitées souvent jusqu’ici.

En attendant d’épier le comédien qui incarnera son personnage et de voir sa carrière honorée par le septième art, le natif d’Edmonton se compte privilégié pour tout ce qu’il a accompli.

«Ma vie a dépassé toutes les attentes que je m’étais fixées. J’ai joué 10 ans dans la LNH et aujourd’hui, je suis plus heureux que je ne l’aie jamais été.»

Scott n'a pas voulu s'éloigner complètement du hockey - après tout, il est une étoile! - et il anime le podcast Dropping The Gloves trois fois par semaine, question de «rester en contact avec les gars».

Crédit photo : Gracieuseté John Scott

«C'est pour tout le monde. Mes enfants l'écoutent. Je parle du hockey et de ma vie avec des joueurs à travers la ligue.»

Enfin, que pense-t-il du sport qui l’a rendu célèbre, de nos jours?

«Les bagarres sont nulles, s’indigne celui qui a amassé autant de minutes de punition que Maurice Richard a inscrit de buts en saison régulière (544). Je pourrais compter sur les doigts de la main le nombre de fois qu’un joueur atteint son rival d’un coup de poing. 

«Montréal et Toronto s’affrontent comme s’ils étaient les meilleurs amis du monde! Peut-être reverrons-nous les bagarres d’antan dans 10 ans...»