Crédit : Vincent Carchietta-USA TODAY Sports

Fréderic Lord

Henry n’aura jamais été là

Henry n’aura jamais été là

Fréderic Lord

Publié 25 février
Mis à jour 25 février

Ce sera à ranger parmi les regrets de la pandémie. Thierry Henry n’aura jamais vraiment été l’entraîneur du CF Montréal. 

Dans un monde parallèle, Henry amorcerait une deuxième saison avec le club de la métropole. Il aurait eu une année complète pour travailler avec son groupe de joueurs, avec son directeur sportif. Il aurait solidifié les bases de sa philosophie de jeu avec le noyau dur de l’équipe. Il aurait été vu sur une terrasse à Montréal, dans une loge au Centre Bell, on l’aurait croisé au centre d’entraînement, TVA Sports aurait dans sa banque d’images une série d’extraits où il lève le poing et rugit devant les partisans au Stade Saputo.

Malheureusement, la pandémie mondiale nous a aiguillés vers une autre réalité.

Il n’est pas irraisonnable de penser que l’édition 2020 de (feu?) l’Impact de Montréal aurait très bien pu prendre une autre tournure. Un début de saison plus que satisfaisant en Ligue des champions, une victoire d’entrée contre la Nouvelle-Angleterre et un match nul où les Montréalais avaient pris les devants 2 à 0 à Dallas; est-il farfelu de penser que l’Impact aurait pu se battre pour la 4e place dans l’est de la MLS plutôt que la 9e de justesse?

Parce que le confinement aura mis la hache – littéralement – dans ce début de saison. Au retour, plus rien ne tenait, il fallait recommencer à zéro ou presque. À titre comparatif, Ronny Delia à New York n’a pas eu beaucoup plus de succès avec un bien meilleur groupe et dans des circonstances pour le moins très différentes.

Bref, cette vache de pandémie nous aura privés d’une «vraie» saison avec une légende du sport. Vache!

Quel entraîneur pour remplacer Henry?

À travers cette tempête que traverse le CF Montréal, Olivier Renard ressort comme étant l’homme de la situation. Calme, clair et précis, il met à sa façon son pied à terre et est en train de confirmer que le club, c’est son affaire, qu’il a le volant bien en main.

Ce constat devrait réjouir les partisans à mon avis. Ce n’est pas mettre de lunettes roses que de l’affirmer. 

Mais à quelque dix jours du début du camp, Renard fait face à un très gros défi qui pourrait avoir de grandes conséquences sur son règne dans la métropole québécoise.

Quel profil devrait avoir le nouvel entraîneur? Peut-il se permettre d’en embaucher un qui n’a pas d’expérience en MLS?

Parce que depuis Remi Garde (et bien d’autres avant lui dans tout le circuit Garber), l’argument «le soccer, ça reste du soccer que ce soit au Népal ou au Gabon» ne tient plus. La MLS est une ligue particulière avec ses codes et ses subtilités qui demandent à un «entraîneur-immigrant» une adaptation. Celle-ci peut varier, mais ça prend assurément plus que trois semaines de pré-saison. Et dans les circonstances pandémiques où les clubs canadiens seront délocalisés pour une bonne partie de la saison, il n’est pas fou de penser que cette réalité sera encore plus exacerbée. 

Ensuite, cette embauche du directeur sportif survient dans un contexte de repositionnement du club de M. Saputo. Au moment où celui-ci essaie de réaffirmer, réajuster, moduler son identité, serait-il judicieux d’engager un entraîneur qui ne parle pas français? 

Certes, nombre d’entre vous argueront que la compétence devrait être le critère principal pour ce genre d’embauche. Mais M.Gilmore a lui-même expliqué la complexité de la «business foot», du lien particulier qui unit un club à ses partisans. Quel message enverrait-on – au grand public - en embauchant un entraîneur hispanophone par exemple? Le CF Montréal est-il un club international ou montréalais? Un plus que l’autre? Est-ce que le médium est toujours le message?

En ce sens, l’entraîneur adjoint Wilfried Nancy offre assurément une candidature intéressante à la succession de Henry. Même s’il a été nommé du bout des lèvres jeudi dans la conférence de presse de MM. Gilmore et Renard, Nancy a la compétence et la connaissance nécessaire pour naviguer cette saison 2021. Toutefois, son manque d’expérience en tant qu’entraîneur-chef et son déficit de notoriété joueront contre lui. 

Au final, le défi de Renard est immense. Jusqu’ici, il a presque un sans-faute. Saura-t-il éviter cet écueil? Est-ce que la prochaine saison en dépend?