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Super Bowl: Tom Brady face à sa bête noire

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Superman a beau être tout puissant, quand il touche la kryptonite, ses pouvoirs disparaissent. Même si Tom Brady porte sa cape de superhéros depuis 20 ans, il a quelques fois frappé un mur contre les stratagèmes machiavéliques de Steve Spagnuolo, l’entraîneur qui dirige aujourd’hui la défensive efficace, mais toujours sous-estimée des Chiefs.

Difficile d’évoquer Brady et Spagnuolo sans repenser au Super Bowl 42. Le quart-arrière avait alors connu une saison phénoménale aux commandes de l’attaque redoutable des Patriots, qui avaient bouclé la saison avec une fiche immaculée de 16-0.

Devant eux pour le match ultime, les Giants s’étaient qualifiés en séries, de justesse. Négligés par 14 points, ils avaient concocté un plan de match défensif frôlant la perfection pour arracher une victoire de 17-14, contre toute attente. L’auteur de ce plan diabolique, Spagnuolo, était parvenu à limiter Brady à une seule passe de touché.

«C’est l’un des pires souvenirs de ma carrière», s’est souvenu le vétéran quart des Buccaneers à contrecœur, lundi.

Une tendance

Si c’était l’histoire d’un seul match, il serait inutile d’en faire un plat. En carrière, toutefois, quand il a affronté une défensive dirigée par celui que l’on surnomme «Spags», Brady montre une modeste fiche de deux victoires et trois revers, avec quatre interceptions. En cinq matchs contre Brady, les défensives de Spagnuolo ont généré 13 sacs du quart.

Ce n’est pas catastrophique, mais il est tout de même rare qu’un système défensif cause autant d’ennuis à Brady.

«Le sport a changé beaucoup depuis ce fameux match, mais le quart-arrière en face joue encore au même niveau», a souligné Spagnuolo, conscient du défi qui attend sa défensive.

«Brady est une coche au-devant de tout ce qu’on peut tenter de faire parce qu’il a tout vu dans sa carrière. Il faudra être solide dans la tertiaire, sans jamais dévoiler notre main», a-t-il ajouté au sujet de son unité, qui peut confondre l’adversaire avec des demis défensifs polyvalents et utilisés à plusieurs sauces.

Négligés et fiers

Quand on parle des Chiefs, c’est l’attaque qui vient évidemment en tête, avec les prouesses de Patrick Mahomes et sa bande. Pourtant, depuis la saison dernière, la défensive des Chiefs a son mot à dire dans les succès de l’équipe.

Dans les quatre derniers matchs de séries, aucun adversaire n’a marqué plus de 24 points face aux Chiefs.

Cette saison, les Chiefs ont utilisé le blitz sur 39 % de leurs jeux, le quatrième plus haut pourcentage dans la NFL. Face aux Bills, ils ont régulièrement utilisé six demis défensifs. Le maraudeur Tyrann Mathieu est une pièce importante de l’échiquier, lui qui peut attaquer le quart-arrière ou briller en couverture de passe à tout moment.

«En séries, ça se résume souvent à qui a la meilleure défensive sur le terrain. Pour nous, il s’agit de gagner nos batailles sur les troisièmes essais et d’éviter que les équipes adverses marquent plus de 17 à 20 points», a-t-il résumé.

Justement, les Chiefs excellent à ce chapitre, même si personne ne parle de leur défensive en bien. Depuis l’arrivée de Spagnuolo en 2019, ils sont septièmes dans la NFL en termes de points accordés.

«Je ne suis pas trop porté sur les chiffres», a indiqué l’ailier défensif Frank Clark, qui semble toujours à son meilleur quand l’enjeu devient grand.

«Quand tu es un champion, tu as le désir de gagner, d’accomplir de grandes choses et d’allumer le feu quand ça compte.»

Face aux Buccaneers, dimanche, Super Bowl 55, il n’y aurait pas de meilleur moment.

L'historique et Spagnuolo et Brady

Qu’il ait été à la barre de la défensive des Giants ou des Chiefs, le coordonnateur Steve Spagnuolo a connu sa part de succès face à Tom Brady.

SEMAINE 17, EN 2007

  • Patriots 38 Giants 35
  • Brady 32 en 42, 356 verges, 2 touchés, 0 interception
  • Super Bowl 42
  • Patriots 14 Giants 17
  • Brady 29 en 48, 266 verges, 1 touché, 0 interception

SEMAINE 10, EN 2015

  • Patriots 27 Giants 26
  • Brady 26 en 42, 334 verges, 2 touchés, 1 interception

SEMAINE 14, EN 2019

  • Patriots 16 Chiefs 23
  • Brady 19 en 36, 169 verges, 1 touché, 1 interception

SEMAINE 12, EN 2020

  • Buccaneers 24 Chiefs 27
  • Brady 27 en 41, 345 verges, 3 touchés, 2 interceptions

Pierre-Paul, le revenant

Il y a cinq ans, lorsque Jason Pierre-Paul s’est mutilé la main droite lors d’un incident impliquant des feux d’artifice à la maison, qui l’a laissé avec l’index amputé, plusieurs ne donnaient pas cher de sa carrière. Même chose au printemps 2019 quand il a subi une fracture du cou dans un accident de voiture.

Voilà pourtant que le secondeur extérieur se retrouve à son deuxième Super Bowl en carrière après sa première présence en 2011 avec les Giants. Le descendant de parents haïtiens est aujourd’hui l’un des piliers de la défensive des Buccaneers, dans son État natal.

Avec 30,5 sacs du quart au compteur en saison régulière depuis qu’il s’est joint à l’équipe en 2018, Pierre-Paul forme un duo dynamique avec Shaquil Barrett, qui pourrait causer des ennuis à Patrick Mahomes, dimanche soir.

«J’ai surpris tout le monde. Avec tout ce que j’ai traversé, je dépasse les attentes et je m’assure que les gens sachent que peu importent les obstacles, tu peux faire ce que tu veux», a mentionné le vétéran de 32 ans lors de sa disponibilité média, par le biais d’une vidéoconférence.

Inspiré par son père

Il faut dire que Pierre-Paul ne puise pas son inspiration personnelle chez le dernier venu. Lors de cette discussion avec les journalistes, il a mentionné que son père Jean, devenu aveugle à 30 ans, s’avère son modèle de résilience.

«Il a fait tout ce qu’il pouvait sans jamais abandonner dans la vie. Depuis toujours, il est heureux, de bonne humeur et il rit», a affirmé l’auteur de 89 sacs, 20 échappés provoqués et quatre interceptions en carrière.

Deuxième opportunité

Jason Pierre-Paul aura mis 10 ans pour renouer avec le Super Bowl. À l’époque de sa première participation en 2011, il était un jeune joueur naïf de 22 ans, à sa deuxième saison.

Pierre-Paul et les siens avaient tourmenté un quart-arrière du nom de Tom Brady pour causer la surprise et l’emporter. Signe que la vie est cyclique, il se retrouve aujourd’hui dans le camp de ce même Brady.

«Je répète à mes jeunes coéquipiers que le Super Bowl ne te revient pas chaque année. Même demain n’est pas une garantie. Aujourd’hui, je chéris ce moment. J’ai des enfants qui sont en âge de prendre des photos, dont un fils qui comprend très bien ce que je fais. Il sait que son papa joue au Super Bowl.»

Voilà une motivation additionnelle pour continuer de tout donner.