Canadiens de Montréal

L'extraterrestre suédois du CH

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La vie fait parfois drôlement les choses. Enfant, Mattias Norlinder était trop gêné pour patiner devant les autres. 

Lorsque son père l’amenait à la patinoire, il s’assurait qu’il n’y avait personne dans les environs. Et si, par malheur, des gens se pointaient le bout du nez, le jeune garçon enlevait ses patins et fuyait les lieux.           

Aujourd’hui, Norlinder joue pourtant sur l’une des plus grandes scènes, dans l’une des meilleures ligues professionnelles au monde. 

La glace est maintenant son plus grand ami. Sur celle-ci, il est confortable et il patine avec la plus grande aisance. 

Norlinder s’est toutefois ennuyé de la glace lors des dernières semaines. Terriblement. Du 26 décembre au 9 janvier, l’espoir des Canadiens de Montréal a dû rater six matchs en raison d’une blessure à un genou. 

Et il n’était pas au bout de ses peines. Même s’il a marqué à son retour au jeu, il a senti durant la rencontre une douleur aux ischio-jambiers qui l’a à nouveau tenu à l’écart, cette fois pour trois matchs. 

«J’ai trouvé ça vraiment difficile sur le moral de ne pas être avec les gars sur la patinoire pendant tout ce temps, admet le principal intéressé lors d’un généreux entretien avec le TVASports.ca. Maintenant, je crois être de retour à 100%.» 

Limité à moins de 13 minutes d'utilisation lors de son deuxième retour au jeu, le 23 janvier dernier, Norlinder devait regagner sa forme physique habituelle avant de pouvoir obtenir à nouveau les grandes responsabilités qu'on lui confiait en début de saison – il évoluait notamment au sein de la première vague de l'avantage numérique. L'entraîneur-chef de Frolunda, Roger Ronnberg, a confirmé qu'il lui redonnera beaucoup de temps de glace lors du prochain match de l'équipe, samedi, contre Brynas. 

«Il y a huit défenseurs avec Frolunda, alors il y a une compétition, souligne Norlinder. On se pousse les uns les autres.»

«Mais je veux jouer. Je veux jouer le plus possible. C’est clair.»              

Les Canadiens le suivent d’assez près. Les deux recruteurs suédois de l’équipe, Christer Rockstrom et Tommy Lehman, ainsi que le directeur du développement des joueurs, Rob Ramage, le contactent à l’occasion pour lui demander comment il se remet de sa blessure, par exemple. 

Mais ils ne semblent pas s’ingérer dans les aspects plus techniques de son développement. Après tout, le CH est à même de savoir que le programme de Frolunda fonctionne. Lorsque Artturi Lehkonen est débarqué à Montréal après avoir terminé sa formation à Göteborg, la transition dans la Ligue nationale de hockey s’est faite sans heurt. 

«Ce sont les gens qui travaillent avec l’équipe qui font toute la différence, explique Norlinder. Ils te transmettent de l’énergie. Ils portent attention à toi. Ils te font sentir important. C’est un très bon programme.» 

Excentrique                     

Défenseur des plus spectaculaires ne manquant pas une occasion de se porter à l’attaque, Norlinder n’a rien d’un joueur ordinaire. Le jeune homme a fait beaucoup parler de lui lorsqu’il a eu l’audace de tenter un but de style lacrosse cette saison. 

On a vu, à de rares occasions, un attaquant tenter l’impressionnante manœuvre. Mais qu'un arrière pense à l’exécuter de façon purement instinctive alors qu’il se dirige derrière le filet adverse, cela dépasse l'entendement.

«Je n’ai rien planifié, assure-t-il. Ça m’est venu à l’esprit sur le coup parce qu’il m’arrive de le faire par plaisir lorsque je m’exerce librement sur la patinoire.»

Heureusement, son entraîneur ne lui en a pas tenu rigueur. 

«À vrai dire, on en a ri ensemble!», lance Norlinder avant d’y aller d’un sympathique gloussement.

Même si, au bout du fil, il est impossible de lire les mille et une subtilités du langage corporel, on comprend vite que le jeune homme a une personnalité aussi unique que son jeu. Il n’est pas nonchalant, mais il y a une légèreté, une très authentique candeur dans son comportement qui le rend tant rigolo qu’attachant. Le Montréalais Jack Han, qui s'était chargé de l'interviewer lors du «Combine» alors qu'il travaillait avec les Maple Leafs de Toronto, qualifie d'ailleurs Norlinder de «cadet de l'espace»

Le Suédois en offre un petit aperçu lorsqu’on lui demande quel joueur de la LNH il se plaît à observer.

«Euh, Sidney Crosby, répond-il en suscitant l’incrédulité de l’auteur de ces lignes. Mais aujourd’hui, je suis un défenseur, alors j’imagine que je dois les regarder aussi... Victor Hedman et Drew Doughty, notamment, sont inspirants.»

Si Norlinder s’affirme autant sur la patinoire et agit souvent comme un quatrième attaquant, ce n’est pas du tout un hasard. Plus jeune, il évoluait au centre, comme ce fut le cas pour Rasmus Dahlin, un autre arrière suédois des plus doués. 

«Ensuite, à 13 ans, je suis devenu un défenseur, mais ce n’était pas ma décision! Quand tu es un gamin, tu veux marquer des buts, donc je n’étais pas trop heureux à l’époque, j’imagine.»

Mattias Norlinder
Crédit photo : Photo courtoisie, Frolunda HC

Du chemin à faire                     

Mais, comme Norlinder est un homme plein de contradictions, il estime que c’est sur le plan offensif, surtout, qu’il doit mieux faire cette saison.

Le dynamique gaucher a amassé cinq points, dont trois buts, en 22 matchs jusqu’ici, à sa première année dans la SHL. Il a rapidement constaté que le calibre de jeu était très fort dans la meilleure ligue en Suède, où le temps et l’espace constituent un rare luxe.

«Je ne crois pas que je connaisse une mauvaise saison, mais évidemment, j’aimerais produire davantage. J’estime que mon jeu offensif nécessite une plus grande amélioration que mon jeu défensif», note-t-il. 

Car le dynamique espoir ne se voit pas uniquement comme un défenseur à caractère offensif. Grâce à sa grande mobilité, son bâton actif et sa bonne lecture de jeu, Norlinder n’est certainement pas un manchot dans son territoire. 

«J’ai un impact aux deux extrémités de la glace. Je juge que le boulot d’un défenseur est d’abord de défendre. Une fois que cette tâche est accomplie, c’est le temps de penser à l’attaque.» 

Un baptême qui devra attendre                      

Norlinder n'a encore jamais mis les pieds à Montréal depuis que le CH a jeté son dévolu sur lui en 2019. 

Invité au camp de perfectionnement de l'équipe après sa sélection, il n'a pu s'y présenter puisqu'il soignait alors une blessure.

Des recruteurs et des coéquipiers lui ont depuis vanté les mérites de la métropole québécoise. Norlinder garde aussi contact avec son compatriote Jacob Olofsson, un autre espoir de la Sainte-Flanelle. 

Le principal intéressé n'est pas du tout embêté par la profondeur du CH en défensive, tant au sein du grand club que dans le bassin d'espoirs de l'organisation. Il se concentre sur la tâche à accomplir avec Frolunda, équipe à laquelle il est lié jusqu'à la fin de la saison 2021-2022. 

Il n'entrevoit pas vraiment la possibilité de briser son entente en Suède afin de rejoindre le Tricolore dès l'an prochain. 

«J'ai un contrat de deux ans en poche, donc je ne verrais pas pourquoi je ne resterais pas ici», résume-t-il. 

Mais lorsque le moment sera venu, Norlinder aura une carte dans sa manche qui pourrait jouer en sa faveur. Il est surtout employé à droite depuis un certain temps. Et les défenseurs pouvant jouer de ce côté ne courent pas les rues dans tous les paliers de l'organisation montréalaise. 

C'est un bien drôle de moineau qui pourrait migrer vers Montréal en 2022. Qui l'eût cru : l'enfant qui avait horreur de patiner devant les autres pourrait finir par électriser le Centre Bell devant une salle comble.