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«Ça fait mal au coeur» - André Tourigny

Photo portrait de Jean-François Chaumont

Jean-François Chaumont

2021-01-25T04:23:35Z

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Une traversée de 53 jours, qui incluait un confinement de 14 nuits dans une chambre d’hôtel de Red Deer en Alberta. À la sortie de ce marathon, André Tourigny a placé une médaille d’argent autour de son cou.

Quand il rêvait au scénario final, et il en a eu du temps pour s’évader dans ses pensées, Tourigny se revoyait partir d’Edmonton avec une autre couleur de médaille pour sa première expérience comme entraîneur en chef de l’équipe canadienne.

Avant la finale, on décrivait déjà l’édition 2021 du Canada comme l’une des meilleures de son histoire. Cette équipe, construite avec 20 choix de premier tour au repêchage de la LNH, agissait comme un rouleau compresseur depuis le début du tournoi. Des victoires de 16 à 2 contre l’Allemagne, 3 à 1 contre la Slovaquie, 10 à 0 contre la Suisse, 4 à 1 contre la Finlande, 3 à 0 contre la République tchèque et de 5 à 0 contre la Russie.

Pour passer à l’histoire, du bon côté de l’histoire, il restait juste à battre les États-Unis dans le match pour la médaille d’or. Mais les films n’ont pas toujours le scénario qu’on croyait prévisible. Menés par le dynamique Trevor Zegras, les Américains ont battu les Canadiens 2 à 0 le 5 janvier dernier.

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Fier de son équipe

Deux semaines après ce revers en grande finale, Tourigny a eu assez de temps pour décanter ses émotions.

«Je suis extrêmement fier de la performance de l’équipe, de notre façon de travailler, de notre intensité, de notre engagement et de notre structure. Mais au Canada, peux-tu dire ça quand tu ne gagnes pas la médaille d’or ? C’est ça qui est difficile à accepter.»

«Je resterai toujours fier des joueurs de cette équipe, a dit Tourigny en entrevue au Journal. J’aimerais que les gens reconnaissent tout le travail. Les joueurs ont embarqué dans notre programme. Plusieurs de nos joueurs n’avaient pas joué une seule rencontre avant le Mondial junior. Nous partions de zéro ou presque. Je ne m’attendais pas à voir un jeu aussi dominant avec ou sans la rondelle. Nous avons fini le tournoi avec 41 buts marqués contre six buts accordés. À cinq contre cinq, nous avons donné seulement deux buts. Mais nous repartons d’Edmonton avec la médaille d’argent.»

«On parlait souvent d’un calendrier facile, mais on a joué contre la Finlande, contre la Russie, contre les États-Unis. On n’a pas affronté les loisirs de St-Eusèbe. Dans l’autre groupe, l’Autriche n’avait pas une grosse équipe. Il y a le match contre l’Allemagne qui a faussé les données, mais les Allemands jouaient dans des circonstances horribles.»

Juste un match

Tourigny, qui avait gagné l’or comme adjoint à Dale Hunter à Ostrava en République tchèque l’an dernier, a eu le courage de revoir cette finale contre les États-Unis.

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«J’ai regardé la finale deux fois, répond-il. Le match pour la médaille d’or, il y a toujours des choses imprévisibles. Quand tu as un moment fort, tu dois en profiter. C’est juste un match. Les États-Unis n’avaient pas l’avantage dans les statistiques avancées. Si tu décidais du résultat final avec des juges, nous aurions gagné ce match. Mais le hockey ne sera jamais un sport jugé ! Tu as besoin de sortir les gros jeux quand c’est le temps. Mais pour la finale de l’an dernier, c’était l’inverse. La Russie méritait probablement la victoire. Nous avons profité de plusieurs jeux chanceux. Il y avait même une rondelle qui avait frappé une caméra pour éviter une punition de plus en fin de rencontre.»

Un moment unique

Tourigny a partagé les grandes lignes de son discours dans le vestiaire d’Équipe Canada au Rogers Place dans les minutes suivant la défaite.

«J’ai dit que j’étais heureux de leur effort, j’étais heureux d’être leur coach. J’aimais cette équipe. Et j’ai pris le temps de leur dire. Le Mondial junior, c’est souvent une seule chance dans ta vie. Les gars rêvaient à ce tournoi depuis leur jeunesse. Braden Schneider avait parlé du Mondial junior en 2010 à Saskatoon où il était un enfant dans les gradins. Depuis ce jour, il rêvait d’y jouer un jour. Quand ça finit avec une défaite en finale, ça fait mal au cœur. Comme coach, tu as le cœur en miette quand tu vois tes joueurs avec les larmes aux yeux. Mais c’est la réalité du sport.»

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De Michael Bublé à Connor McDavid

Un chanteur rock, un crooner, une vedette du country, un alpiniste et un des meilleurs joueurs de hockey au monde. André Tourigny avait choisi des horizons bien différents pour divertir et instruire ses joueurs pendant les 14 longues journées de confinement dans un hôtel de Red Deer, en Alberta.

Max Kerman (chanteur du groupe the Arkells), Michael Bublé, Brett Kissel (chanteur country), Jamie Clark (un alpiniste qui a escaladé l’Everest à quatre reprises) et Connor McDavid (Oilers d’Edmonton) ont tous offert de leur temps pour l’équipe canadienne.

«Nous cherchions des façons originales et utiles de passer le temps pendant le confinement à Red Deer, a résumé Tourigny. Il y a des gars qui ont fait de courtes apparitions, mais il y a aussi eu des concerts de plus d’une heure. Il y a aussi eu un humoriste de la Saskatchewan qui a fait un show virtuel pour les gars.»

«Cet été, Georges St-Pierre, Ryan Getzlaf et Scott Niedermayer avaient aussi fait des conférences sur l’adversité. Nous avions pris tous les moyens possibles pour préparer cette équipe.»

Un meilleur coach

Du travail à distance, Tourigny en a fait une tonne au cours des derniers mois. Il a même vu le camp de son équipe être interrompu pour deux semaines à Red Deer en raison d’une éclosion à la COVID-19.

«J’ai passé 53 jours avec cette équipe et j’en ressors définitivement comme un meilleur coach, a-t-il répliqué. J’ai toujours appris beaucoup de mes expériences avec Équipe Canada. Une des raisons, c’est les gens que tu côtoies pendant le tournoi, on parle toujours de personnes passionnées.»

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«La pandémie a démontré une chose : l’être humain est capable de s’adapter. Si tu m’avais dit il y a un an que nous étions pour faire des séances vidéo sur Zoom, je n’aurais jamais cru ça. Je ne savais même pas c’était quoi. On a aussi fait des séances de motivations sur Zoom.»

«Il y a un an, si tu m’avais dit que nous étions pour rester 14 jours à l’hôtel sans pouvoir en sortir, je n’y aurais jamais cru. Ça ne ressemble en rien à un conte de fées ou à un film sur les Mighty Ducks. C’est long 14 jours entre quatre murs. Les joueurs ont accepté ça. Il n’y avait pas de chialage. Quand on a annoncé la nouvelle, ça fessait. Mais on a trouvé des idées, on a réussi à se réinventer.»

Outillé pour la LNH

Tourigny n’a pas peur de relever des défis

«Quand je fais la liste des joueurs que j’ai dirigés, je trouve ça assez incroyable. Pour le petit gars originaire de Nicolet, c’est gros.»

Depuis ses débuts avec les Huskies de Rouyn-Noranda en 2002, André Tourigny a croisé sur son chemin les Nikita Kucherov, Nathan MacKinnon, Gabriel Landeskog, Ryan O’Reilly, Erik Karlsson, Mark Stone, Mika Zibanejad, Nico Hischier, Alexis Lafrenière, Marco Rossi, Dylan Cozens et Bowen Byram.

L’homme de 46 ans a maintenant un curriculum vitae bien étoffé avec des passages avec les Huskies, l’Avalanche du Colorado, les Sénateurs d’Ottawa, les Mooseheads d’Halifax, les 67’s d’Ottawa et aussi cinq participations avec l’équipe canadienne au mondial junior.

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Discret

Aujourd’hui à la tête des 67’s dans la Ligue junior de l’Ontario, Tourigny se doute que la prochaine étape passera par un retour de la LNH. Mais à ce sujet, il cache assez bien son jeu.

«J’ai une réponse plate pour un journaliste, réplique-t-il. Je suis mal fait puisque j’ai une mentalité au présent. Ce qui arrivera dans deux ans, je ne m’arrête pas à ça. Ce qui me motive en ce moment, c’est de faire des 67’s d’Ottawa la meilleure organisation de hockey junior au monde. Je me couche le soir en pensant à cet objectif.»

«Oui, j’ai les outils pour retourner dans la LNH, poursuit-il. Je suis humble comme personne, mais je suis aussi confiant en mes moyens. Quand tu me connais bien, tu sais que j’aime foncer et que je n’ai pas peur des défis. J’ai déjà coaché une équipe de hockey en anglais même si je ne parlais pas anglais. C’était avec les Huskies de Rouyn-Noranda en 2005-2006. J’avais engagé un adjoint qui était unilingue anglophone avec Eric Soltys. C’était ce qu’il y avait de mieux pour l’équipe. J’étais pour m’organiser pour que ça marche. J’ai un niveau de confiance en moi. C’était la même chose pour mon départ au Colorado. Je ne me freine pas devant un défi. Quand j’étais jeune, si tu me disais que je n’étais pas game, ça m’allumait.»

«Je me sens plus outillé aujourd’hui. Je ne me suis jamais senti intimidé. Je n’ai jamais trouvé que je n’étais pas à ma place. Pour le futur, c’est la même chose.»

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Guhle : un vrai

André Tourigny croit que Marc Bergevin et Trevor Timmins ont réalisé une très bonne prise au dernier repêchage avec la sélection de Kaiden Guhle au 16e rang du premier tour.

Tourigny avait le sourire dans la voix quand il a décrit les performances de Guhle avec l’équipe canadienne.

«C’est un vrai, c’est un guerrier. C’est un défenseur qui sera très difficile à affronter. Un très bon patineur, une bonne lecture du jeu, il prend les bonnes décisions avec la rondelle. Comme je l’ai dit, quand un gars arrivera à l’aréna dans la LNH et qu’il sait qu’il jouera 20 minutes contre Guhle, il n’aimera pas ça. Hey boy, ça ne sera pas une belle soirée !»

«Il ne parle pas beaucoup. Guhle a dit dix mots en 50 jours. Mais il est vraiment à son affaire. Un petit gars très sérieux. Il a les yeux d’un aigle, un regard perçant. Il a une présence dans un vestiaire sans avoir besoin de parler. Guhle, s’il parle, c’est parce qu’il a vraiment une chose à dire. Il regarde ce qui se passe dans son entourage, il est à sa place. Il sera un gros morceau d’Équipe Canada au prochain Mondial. Un très gros morceau.»

Âgé de 18 ans lors du Mondial junior, il a maintenant 19 ans depuis le 18 janvier, Guhle a terminé le tournoi avec trois points (2 buts, 1 passe) et un dossier de +8 en sept rencontres.

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