Vincent Destouches

Mon honnête opinion sur le CF Montréal

Mon honnête opinion sur le CF Montréal

Vincent Destouches

Publié 14 janvier
Mis à jour 14 janvier

L’Impact est mort, place au CF Montréal!   

C’est le sentiment qui m’habite : l’Impact n’est plus, au-delà même de la disparition du nom. Ce changement identitaire, ce n’est pas une simple évolution naturelle de l’organisation, mais bien une révolution. C’est un nouveau club qui foulera les pelouses à partir de 2021. Voyez l'intervention de Vincent Destouches et Frédéric Lord à JiC dans la vidéo ci-dessus.

Cette révolution, qui était prévue et actée depuis plus d’un an et demi, est culottée. Personne n’aime le changement, surtout pas les fans purs et durs de soccer, et encore moins lorsqu’ils sont mis de côté. Mais ce club veut parler à de nouveaux publics, c’est clair.

Il ne s’agit pas d’un nouveau chapitre, mais d’un nouveau livre. Je ne vais pas vous mentir : je ne suis pas convaincu par la présentation de l’œuvre. 

Malgré tout, j’embarque dans l’histoire. Laissez-moi vous expliquer pourquoi, au-delà du nom, du logo et du maillot, dont l’appréciation sera forcément subjective et propre à chacun.

Mais d’entrée de jeu, je vous le dis : de tous les arguments énoncés depuis six semaines pour justifier la disparition de feu l’Impact de Montréal, aucun ne m’a convaincu. Zéro. Et je dis ça en tout respect pour les gens qui se sont prononcés sur le sujet.

« Impact » est un frein à l’international? Thierry Henry, Didier Drogba ou encore Alessandro Nesta n’y ont vu aucun problème, eux. « Impact » est trop associé à Joey Saputo et il faut s’en distancier? D’une, cette idée induit un club schizophrénique; de deux, il est aux dernières nouvelles encore le propriétaire du CF Montréal, qu’il continuera d’incarner.

On pourrait passer tous les arguments et s’obstiner, car tout est affaire d’opinion, après tout.

Mais la vérité, c’est que le nom « Impact » n’a rien fait de mal. Il est tout bonnement la victime d’une organisation qui a raté sa mise en marché depuis le saut en MLS, qui a mal travaillé à plusieurs égards, et qui est maintenant prête à le sacrifier afin de se débarrasser de l’image négative qui y est désormais associée. 

Car c’est ce dont il s’agit. Cette nouvelle identité de marque n’est pas un caprice esthétique, c’est pensé comme un nouveau départ. On tente de repartir sur de nouvelles bases. On refait les présentations avec Montréal. On réfléchit enfin à qui on est et qui on veut être dans cette ville, dans ce marché et dans cette ligue. Et on pense global.

Rappelez-vous des mots de Kevin Gilmore à son arrivée, il y a quasiment deux ans, jour pour jour. Il était déjà question de changement de culture, d’agir comme un club de gros marché. Surtout, le président a dit ceci :

« On sait tous que les succès sur le terrain se reflètent sur les succès de l'entreprise, mais on oublie souvent que l'équipe qu'on bâtit dans les coulisses est tout aussi importante. Celle-ci est une pièce incontournable aux succès du club et de l'entreprise. »

Tout était là. Depuis le premier jour de l’ère Gilmore.

Une question d’image  

Tout cela était-il nécessaire, cependant? Le changement identitaire était-il essentiel à la quête de succès du club et de l’entreprise?

Je n’en suis pas sûr. Il s’agit d’un choix. L’Impact aurait pu redorer son blason et connaître la gloire en tant qu’« Impact », à mes yeux. Avec du temps, du travail et de la patience, on vient à bout de tout. D’autres diront qu’il y avait un ver dans la pomme, et que l’Impact tel qu’il existait était voué à l’échec. Soit.

L’idée dans tout ça, c’est que le problème identifié n’était pas la politique sportive, mais le passif associé à l’Impact. 

Voyez-vous, votre relation avec l’Impact implique trois éléments: vous-même, le club... et l’image que vous avez du club, qui va dicter vos comportements.

Cette image, elle peut être remodelée, altérée, manipulée, changée. Elle l’est continuellement, par exemple, au gré des succès et des échecs. Ici, elle s’imagine remaniée de manière durable grâce à ce changement identitaire profond.

Car Montréal a décidé que ce nom venait avec trop de bagage négatif. Ils n’ont pas tout à fait tort. Que ce soit dans le Québec Inc., dans les médias ou auprès des amateurs de sport montréalais, le mot « Impact » ne déclenchait pas un wow. Le nom venait même avec un historique peu reluisant.

Par exemple, à l’arrivée de Thierry Henry, j’ai entendu plusieurs personnes se demander à voix haute combien de temps il allait rester, car « on sait comment ça se passe avec l’Impact ». Alors que l’histoire reste entièrement à écrire avec le CF Montréal.

Maintenant, LA question à un million de dollars, à ce stade : est-ce que le CF Montréal vise simplement à modifier la perception autour de son club, ou est-ce que le club va réellement changer? Parce que si tout n’est que question d’image, alors l’organisation restera vulnérable.

Dans les faits, c’est le même club qui va entamer la saison 2021 que celui qui a fini la saison 2020, avec les mêmes personnes, a priori la même culture d’entreprise et donc les mêmes façons de faire.

Or, si les mêmes problèmes persistent à l’intérieur de l’organisation, ils produiront les mêmes résultats. Et le rebranding ne passera à l’histoire que comme du rouge à lèvres à un cochon.

Changer l’image et la conversation autour du club, d’accord. Mais il faut que le CF Montréal soit un changement au-delà de l’image.

Cela implique une manière d’être... et cela implique des résultats sportifs. Qu’on le veuille ou non, une partie de la pression de ce changement identitaire retombe sur les épaules du secteur sportif, Thierry Henry et Olivier Renard en tête. La victoire règle tous les problèmes. Mais la défaite viendrait couper les ailes de l’ambition de l’organisation et de ce nouveau départ.

Un flocon, une histoire  

J’aime qu’on assume la nordicité du club. Je le dis depuis des années, et je ne suis pas le seul: il faut embrasser nos différences. Tout ce qui fait de Montréal un club différent des autres, notamment l’âpreté de l’hiver et le fait francophone, doit devenir un avantage concurrentiel. 

Que les clubs qui viennent à Montréal se préparent à jouer dans l’enfer blanc, parce que c’est comme ça ici! Vous voulez gagner, habillez-vous! Je ne peux qu’approuver. Mais il faut aller au bout de cette démarche, chauffer le stade et la pelouse, et réellement jouer au Stade Saputo en mars et en novembre. L’absence d’annonce officielle en ce sens est une petite déception.

Mon pays, c’est l’hiver! 100%. Et j’ai bien compris la symbolique multiple derrière le flocon. Ceci étant dit, je ne me sens pas comme un flocon et je ne suis pas certain de vouloir m’identifier comme tel 365 jours par an, jusqu’à la fin des temps... 

Mais peu importe mon opinion. La question n’est pas de savoir qui je suis, ni comment je me sens. La question, c’est de savoir qui est ce club et où il s’en va. Ce n’est pas mon histoire dont il s’agit. C’est la leur. Celle du CF Montréal.

Ils sont des flocons? Parfait. C’est leur choix. Puisque le but est de refaire les présentations, alors elles sont faites. J’ai bien compris qui est mon interlocuteur et de quoi il est fait. 

Le club pense n’avoir jamais été en meilleure position d’être compétitif à long terme? Des trophées viendront bientôt garnir la vitrine du Stade Saputo? Parfait. Je suis prêt. Montrez-moi comment vous allez faire. Je suis prêt à vous suivre et à écouter votre histoire.

Le dévoilement du changement identitaire n’est pas un référendum, c’est un point de départ. Un point de départ qui sera forcément accompagné de réticences, car encore une fois, personne n’aime le changement. Mais il faut faire moins de place au cynisme et en faire un peu plus au romantisme.

Ce qui est important, ce n’est pas le flocon, la couleur ou le logo... On peut apprendre à aimer. Ce qui est vraiment important, c’est ce que le CF Montréal va faire demain, et après-demain, et tous les jours qui vont suivre. 

Ce qui est vital, c’est que l’Impact devenu CF Montréal ait compris qu’il devait faire mieux, et que le changement ne devait pas être exigé des autres, mais imposé à lui-même avant tout.

La suite de l’histoire, à eux de l’écrire. 

Faites-la belle, s’il vous plaît.

Je connais un paquet de gens qui ne demandent qu’à tomber en amour avec leur club de socc... foot.