Fréderic Lord

C’est le début d’un temps nouveau

C’est le début d’un temps nouveau

Fréderic Lord

Publié 14 janvier
Mis à jour 14 janvier

« L’évolution commence. » Ce sont les mots de Kevin Gilmore, le président du CF Montréal, et ce sont ceux que je choisis de retenir après l’annonce d’aujourd’hui.

Ce n’est que le début d’un changement qui a commencé à s’opérer avec l’arrivée du directeur sportif Olivier Renard et de Thierry Henry. Le premier est en train d’échafauder une philosophie de recrutement inédite jusqu’ici et le second a offert un style de jeu qui a rompu de façon drastique avec son prédécesseur Remi Garde. Voyez l'intervention de Vincent Destouches et Frédéric Lord à JiC dans la vidéo ci-dessus.

C’est donc sur la manière d’exécuter le plan de match que les partisans du Noir-Gris-Bleu (?!) jugeront de la pertinence de cette révolution. Est-il plus cosmétique qu’identitaire, le temps apportera les réponses.

En ce sens, les seuls commentaires tranchés qu’on puisse émettre à chaud sont à caractère esthétique. Aimez-vous, oui ou non, le nouvel emblème du club? Ça, c’est une question de goût.

Et est-ce que le design peut à ce point inspirer une entreprise, un club? Si, comme l’a encore une fois promis M.Saputo, Montréal remporte la Coupe MLS d’ici quelques années, ce genre de question restera, pour le bonheur de tout un chacun, théorique.

Comment s’inspirer?   

Au cours de la présentation, le FC Barcelone et le FC St Pauli ont été évoqué à titre d’inspiration. Ainsi, la tentation est grande de regarder du côté de ces clubs dont l’emblème (la marque?) vibre à plein dans leur communauté respective et à l’international.

Mais, dans les circonstances, évoquer ces clubs c’est aussi, d’une certaine façon, appeler à la comparaison. Le FC Barcelone incarne dans son « marché direct » la Catalogne. C’est un véhicule récupérer par les séparatistes de la région pour tenir tête à la monarchie incarnée, elle, par le Real Madrid. Est-ce que le FC Montréal est prêt à incarner la « nation québécoise », c’est ilot de francophones dont M.Gilmore a fait mention durant la conférence de presse?

Ou encore : est-ce que le Club de foot est prêt à laisser ses partisans s’affirmer de manière punk comme ceux du FC St-Pauli? Ces derniers sont reconnus pour être politiquement très à gauche, épris de justice sociale et soucieux de l’environnement. C’est le club des travailleurs POUR les travailleurs.

Bref, on est loin du « noir », la nouvelle couleur dominante du maillot du CF Montréal, choisie pour rappeler la vie nocturne montréalaise et le centre des finances de la ville.

Résolument urbain   

Personnellement, j’aime le recentrage du Club vers trois éléments en particulier : l’hiver (i.e. sa nordicité), la nature francophone de l’équipe et l’île de Montréal (i.e. son urbanité).

En Amérique du Nord, ça se mesure dans la grande majorité des marchés MLS, les amateurs de soccer sont urbains. Ici, je me garde d’exclure à dessein les régions, mais c’est un fait documenté : ceux qui trippent soccer restent en ville.

À ce titre, le meilleur exemple demeure les Sounders de Seattle, un des clubs les plus prolifiques du circuit Garber. Ces derniers partagent leur stade avec les Seahawks de la NFL... mais ne partagent que très peu d’amateurs. Des 60 000 partisans qui assistent aux exploits de Russell Wilson très peu sont aussi comptés parmi les 40 000 qui assistent aux pénaltys de Nicolas Lodeiro. Les premiers viennent majoritairement des banlieues de Seattle tandis que les seconds sont résolument urbains.

Voilà, dans les circonstances, une stratégie avisée de la part de la direction du Club de foot Montréalais.

Rassurer   

De toute les bases de partisans de la métropole québécoise, ceux de l’Impact sont assurément les plus passionnés. Leurs commentaires laissés ces dernières heures sur les réseaux sociaux réitèrent d’ailleurs cette assertion.

Le Club serait mal avisé de les balayer de la main ou de ne les qualifier que de « chialage ».

Dans une période de transformation aussi intense, en pleine pandémie de surcroit, les partisans de longue date ont besoin de se faire rassurer. Si le Club veut faire vibrer sa ville, il aura assurément besoin d’eux comme autant de caisse de résonnance pour cette nouvelle symphonie (!?).

Quelle place prendront les 27 dernières années du club dans les prochains chapitres qu’il s’apprête à écrire? Quel rôle joueront-ils dans les mois à venir? C’est une partie des réponses qu’ils veulent à mon avis entendre et que, dans une certaine mesure, on leur doit.

Peut-être que pour les dirigeants montréalais, ces réponses vont de soi et qu’elles ont déjà été adressées au travers la présentation et les différents documents publiés. Peut-être. D’après moi, ce serait une erreur que de le considérer triviales et inopportunes.