Canadiens de Montréal

Le jour où tout a basculé pour les Canadiens

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Dans l’histoire du Canadien, il n’y a pas une transaction qui a soulevé autant les passions que celle ayant fait passer Patrick Roy à l’Avalanche du Colorado. 

Non seulement parce qu’elle fut la conclusion d’une saga de quatre jours, mais également parce que, de l’avis de plusieurs, elle coïncide avec les débuts de l’ère de glace de la concession la plus décorée de la LNH.   

Un quart de siècle plus tard, la plaie semble encore vive pour plusieurs des acteurs impliqués. Dans sa quête pour livrer un reportage aussi complet que possible, Le Journal de Montréal s’est buté à quelques refus dans ses demandes d’entrevue. À commencer par Roy lui-même. Malgré les requêtes répétées auprès du principal intéressé et auprès des Remparts, Roy n’a pas bronché. Pas question de revenir sur cet épisode.

Idem du côté de Mike Keane et de Jocelyn Thibault, également impliqués dans cette transaction. Dans le cas de Thibault, cependant, il faut reconnaître qu’il avait été très généreux à l’endroit du collègue Pierre Durocher, lors du 20e anniversaire de son acquisition par le Canadien.

Même Adam Deadmarsh qui, à l’époque, avait chargé son agent de faire savoir au Canadien qu’il ne viendrait pas à Montréal s’il était impliqué dans cette transaction n’a pas voulu commenter.

Marqués au fer rouge  

Quant à Mario Tremblay et à Réjean Houle, marqués au fer rouge par ce triste épisode, il y a longtemps qu’ils ont fait comprendre aux médias qu’ils ne reviendraient pas sur le sujet.

On peut les comprendre. Au fil des 25 dernières années, Tremblay a souvent été accusé d’avoir été celui qui a fait exploser la poudrière menant au départ de Roy. De son côté, Houle est le bouc émissaire par excellence lorsque vient le temps de trouver le responsable de la chute de l’empire du Canadien.

L’ancien directeur général du Tricolore a le dos large. On peut, avec raison, lui faire porter le chapeau pour cette transaction qui fut loin d’être à l’avantage de son équipe. Toutefois, l’incapacité de faire renaître l’organisation revient également à ses successeurs.

Du positif pour certains  

Au moins, ce pan de l’histoire du Canadien et même de celle de la LNH aura été bénéfique pour certains. Bien sûr, par cette transaction, l’Avalanche a solidifié sa position dans son objectif de remporter la coupe Stanley. Ce qui allait se matérialiser six mois plus tard.

Mais il y a plus. Dans les prochaines pages, Martin Rucinsky raconte l’incidence plus que positive que l’événement a eue sur sa carrière.

Pour sa part, Stéphane Fiset, qui ne voyait pas d’un bon œil l’idée de céder son poste de gardien numéro un, a fini par tirer avantage de l’arrivée de Roy.

N’empêche que cette crise, possiblement la pire de l’histoire du Canadien, a forcé deux spécialistes des communications à pédaler à fond pour limiter l’étendue des dégâts et s’assurer que le divorce soit prononcé de la façon la plus civilisée possible. Bernard Brisset, à l’époque vice-président communications du Canadien, et Paul Wilson, conseiller de Roy, dévoilent les coulisses de ces quatre jours infernaux.

Le fil des événements :   

2 DÉCEMBRE

A.M.

Patrick Roy rencontre Mike Vernon dans un café près du Forum. Il l’informe qu’il commence à se sentir étouffé par la pression montréalaise. Le gardien des Red Wings lui souligne qu’une transaction lui ferait peut-être du bien.

19h30

Le Canadien accueille les Red Wings au Forum.

2e période

4 min 33 s

Mathieu Dandenault inscrit le septième but des Red Wings.

2e période

5 min 13 s

La foule applaudit Roy après un arrêt de routine. Le gardien du Canadien lève les bras au ciel.

2e période

11 min 57 s

Roy cède pour la neuvième fois sur 26 lancers. Cette fois, devant Sergei Fedorov. Mario Tremblay le retire de la rencontre. Une fois au banc, Roy indique à Ronald Corey, assis derrière, qu’il vient de disputer son dernier match avec le Canadien.

3 DÉCEMBRE

A.M.

Réjean Houle annonce à Patrick Roy qu’il est suspendu jusqu’à ce qu’il parvienne à l’échanger.

Paul Wilson est embauché à titre de conseiller par Patrick Roy et son agent, Robert Sauvé.

14h30

Le Canadien s’entraîne sans Patrick Roy.

17h45

En conférence de presse, Houle déclare que Roy a disputé son dernier match à Montréal et qu’il sera envoyé sous d’autres cieux.

4 DÉCEMBRE

En matinée

Roy participe à la première pelletée de terre sur le site de la construction de l’aile portant son nom au Manoir Ronald McDonald de l’Hôpital Sainte-Justine.

En soirée

Lors d’un point de presse, Roy reconnaît qu’il a commis une erreur. Il s’excuse auprès des partisans. Il remercie Ronald Corey, Serge Savard et Jacques Demers. Il nomme Réjean Houle mais pas un mot sur Mario Tremblay.

5 DÉCEMBRE

12h

Mario Tremblay revient sur les développements : «Je n’ai jamais cherché à l’humilier ou à le niaiser. C’est bien dommage ce qui s’est passé, mais ce n’est pas moi qui ai demandé le divorce.»

6 DÉCEMBRE

2h22 (nuit)

Réjean Houle appelle Patrick Roy pour lui annoncer qu’il vient de l’échanger à l’Avalanche du Colorado.

12h

Houle annonce aux médias qu’il a échangé Roy et Mike Keane à l’Avalanche du Colorado en retour des joueurs Jocelyn Thibault, Andreï Kovalenko et Martin Rucinsky.