Mattias Norlinder

Crédit : Photo courtoisie, Frolunda HC

Canadiens de Montréal

Norlinder modère les attentes

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Il y a tellement longtemps que le Canadien de Montréal n’a pas misé sur une banque d’espoirs digne de ce nom que chaque fois que la direction fait l’éloge de l’un d’entre eux, on a l’impression qu’elle nous vante la prochaine supervedette de l’équipe. Avec les années, on a appris à modérer nos attentes.

Si la contribution apportée semble fidèle au «pitch de vente» dans le cas de Nick Suzuki, la pandémie nous empêche de constater si la réalité reflète la prévision dans le cas d’Alexander Romanov.

Or, le mois dernier, Marc Bergevin racontait à l’estimé collègue Jean-François Chaumont que Mattias Norlinder pourrait être le prochain joyau de l’organisation.

«C’est un de nos très beaux espoirs. Il y a ceux qui sont déjà à Montréal, comme Kotkaniemi, Suzuki, Romanov. Après ce groupe, c’est probablement lui qui nous impressionne le plus», avait-il déclaré.

Norlinder est ce défenseur gaucher que le Tricolore a appelé au troisième tour du repêchage de 2019. Récemment, sur différentes tribunes, des observateurs gravitant dans le hockey européen ont poussé la note jusqu’à comparer le Suédois de 20 ans à Nicklas Lidstrom et Victor Hedman.

Joint par Le Journal de Montréal au cours du week-end, le principal intéressé, qui évolue pour le HC Frolunda dans la Swedish Hockey League, le meilleur circuit suédois, a lui-même pris soin de dégonfler le ballon.

«Des commentaires comme ceux de l’organisation m’encouragent à continuer de travailler fort. Quant aux comparaisons, bien sûr, elles sont plaisantes à entendre. Par contre, il me reste encore beaucoup de choses à accomplir avant de pouvoir marcher dans leurs traces», a-t-il insisté.

Les jeux de la semaine

Le talent de Norlinder saute tout de même aux yeux. À sa première saison à Göteborg, il attire l’attention par sa vision du jeu, ses mains habiles et ses feintes magistrales.

Les faits saillants le mettant en vedette sont déjà nombreux sur les réseaux sociaux. À une autre époque, ils auraient été dignes des jeux de la semaine.

Comme celui où on le voit essayer de marquer un but de style crosse, une feinte devenue grandement populaire auprès des joueurs de la nouvelle génération. Sur la séquence, Norlinder n’a pas déjoué le gardien. Toutefois, ce jeu témoigne de toute l’audace du défenseur.

«Oui, j’ai confiance en mes moyens, mais ce jeu m’est venu instinctivement. Je n’y avais pas pensé avant. Ça m’a traversé l’esprit alors que je me dirigeais vers le filet», a-t-il expliqué.

En raison des prouesses que la technologie nous permet d’apprécier, on pourrait penser que Norlinder maîtrise l’aspect offensif de son jeu à la perfection. Pourtant, il soutient que c’est le domaine qu’il doit le plus améliorer. Surprenant.

«C’est ma première année dans la SHL. Jusqu’ici, ça va bien. Je crois que défensivement, c’est là que mon jeu est le plus solide. En attaque, ce n’est pas si mal, mais je suis persuadé que je peux faire mieux», a indiqué Norlinder, auteur de trois points, dont un but, en 13 matchs cette saison.

Ramage excité

Même Rob Ramage, le directeur du développement des joueurs du CH, est emballé par tout ce qu’il voit du jeune homme.

«Je suis excité par ce joueur. Je ne veux pas exagérer, parce que c’est sa première année dans la SHL. Il va connaître des moments difficiles, mais il est très déterminé, il travaille fort, il est tout le temps à la patinoire. Et j’espère qu’on le verra ici bientôt», a-t-il lancé, jeudi dernier.

Le terme bientôt est relatif. Norlinder écoule présentement la première saison d’un contrat de deux ans à Göteborg. Et comme c’est souvent le cas lorsque vient le temps de discuter du plan de carrière avec un jeune Européen, le défenseur a préféré ne pas trop s’attarder sur le sujet.

«On verra ce qu’il adviendra dans l’avenir. Pour l’instant, je préfère me concentrer pour aider cette équipe à gagner. D’ailleurs, je me considère chanceux de simplement pouvoir jouer au hockey», a-t-il déclaré, faisant allusion à la pandémie qui paralyse les activités de bon nombre de circuits professionnels.

«Pas assez bon» en 2018

Pour jouer, il joue. Il est vrai que le HC Frolunda aime bien donner la chance à de jeunes joueurs (à 18 ans, Lucas Raymond, choix de 1er tour des Red Wings y voit de l’action pour une troisième saison de suite), n’empêche que Norlinder passe au-delà de 18 minutes par match sur la surface de jeu et qu’il évolue sur la première vague de supériorité numérique.

Une progression qui semble fulgurante considérant qu’aucune des 31 équipes de la LNH n’avait daigné le repêcher lors de sa première année d’admissibilité. Une explication ?

«Eh bien ! C’est parce que je n’étais pas assez bon», a simplement répondu Norlinder, l’air amusé.

«Le pire, c’est que c’est vrai», a-t-il ajouté, sentant l’incrédulité dans la voix de son interlocuteur.

En fait, il raconte avoir grandement appris en étant le partenaire de Tobias Enstrom, l’an dernier, avec l’équipe de MODO dans la deuxième division suédoise.

Ancien joueur des Thrashers d’Atlanta et des Jets de Winnipeg, Enstrom a disputé 719 matchs dans la LNH. «J’ai appris beaucoup en le côtoyant. Autant sur la glace que dans la vie de tous les jours. Je lui ai posé beaucoup de questions sur la LNH et sur sa carrière là-bas. Ç’a été une expérience très enrichissante.»