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Crédit : Photo d'archives, AGENCE QMI

Canadiens de Montréal

EXCLUSIF: «P.K. avait son propre agenda»

Publié | Mis à jour

Mike Weaver n'a peut-être pas marqué des tonnes de buts lors de son passage avec les Canadiens, mais il a su se faire une place dans la mémoire des amateurs de l'équipe en contribuant par une multitude d'autres façons.

L'ancien défenseur était diablement efficace sur une patinoire. Bon patineur, il savait aussi se faire respecter par sa hargne et il n'avait pas peur de se sacrifier lorsque la situation le demandait. Bien malin était celui qui pouvait le battre en situation d’un contre un. Celui qui arborait le #43 à l'époque se donnait également comme mission de défendre son gardien de but coûte que coûte.    

Aujourd’hui retraité depuis cinq ans, Weaver peut également se targuer d’avoir fait partie de l’édition la plus victorieuse du CH en 28 ans. Débarqué à Montréal en mars 2014 par le biais d’une transaction envoyant un choix de cinquième tour aux Panthers, l’arrière droitier a, premièrement, pris part à la folle épopée éliminatoire du Tricolore lors du printemps de la même année. 

Il a ensuite fièrement défendu le chandail bleu, blanc et rouge lors de la saison suivante (2014-2015), saison où les Canadiens ont présenté leur meilleure fiche depuis 1988-1989.

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Crédit photo : Photo Pierre-Paul Poulin, Journal de Montréal

Menée notamment par Max Pacioretty, P.K. Subban et Tomas Plekanec, la troupe de Michel Therrien avait alors conclu le calendrier régulier en présentant une impressionnante fiche de 50 victoires en 82 parties.   

Depuis, comme on le sait, les choses sont toutefois beaucoup plus difficiles pour la formation montréalaise, qui a raté les séries trois fois lors des cinq dernières saisons. 

Mais le vent semble être sur le point de tourner. Inhabituellement vif et décisif à tous les points de vue, le Tricolore a, lors du dernier tournoi de reprise de la LNH (ou «séries éliminatoires», si vous préférez), surpris les Penguins de Pittsburgh en ronde qualificative. Puis il a donné très chaud au Flyers de Philadelphie en première ronde, s’inclinant finalement en six matchs. 

Marc Bergevin, en fin renard, a alors flairé une opportunité. Et si son équipe avait enfin atteint un autre niveau? S’en sont suivies les signatures/acquisitions de Josh Anderson, Tyler Toffoli, Joel Edmundson et Jake Allen. Et soudainement, à l’aube de la saison 2020-2021, l’engouement chez les amateurs est immense. 

En fait, il n’avait pas été aussi grand depuis... cette fameuse saison 2014-2015 où Mike Weaver avait aidé le CH à malmener ses rivaux.

Dans le cadre d’un entretien des plus généreux avec le TVASports.ca, l’ancien joueur des Canadiens a accepté de répondre aux nombreuses questions de l’auteur de ces lignes. 

Sans filtre, Weaver est revenu sur ses années passées à Montréal, mais a aussi commenté plusieurs dossiers chauds concernant l’équipe et livré de savoureuses anecdotes. 

«C’était tout simplement épique!»    

Dire que Mike Weaver ne conserve que de bons souvenirs de son passage à Montréal est un euphémisme. À vrai dire, on n’a qu’à lui parler du CH et... le voilà lancé! 

«Toute ma carrière, j’ai voulu jouer pour une équipe canadienne», a d’abord précisé le sympathique ex-athlète. 

«J’entendais de la bouche de plusieurs joueurs à quel point évoluer au Canada pouvait être spécial. J’ai joué pour les Canucks de Vancouver et j’ai adoré mon expérience. Mais de pouvoir évoluer pour les Canadiens, c’était tout simplement épique! C’était juste complètement fou, honnêtement! Une heure après l'annonce de la transaction m'envoyant à Montréal, mon nombre d’abonnés Instagram est passé de 2000 à 30 000 en à peine quelques heures. Je n’en revenais pas!»

Parmi ses moments les plus marquants en tant que joueur du Tricolore, Weaver en cite deux, qu’il n’est pas prêt d’oublier.

«Je me rappelle mon premier match avec les Canadiens. Sur l’une de mes premières présences au Centre Bell, je me suis retrouvé sur la glace quand nous avons marqué. Je n’oublierai jamais la vague d’énergie des partisans à ce moment-là. C’est quelque chose que je n’avais jamais vécu auparavant. 

Crédit photo : Photo Martin Chevalier

«Vivre les séries éliminatoires en tant que joueur du CH a aussi été incroyable. Le simple fait de marcher de mon appartement jusqu’à l’aréna en plein tournoi printanier était spécial. Cette partie de ma carrière a incontestablement été la plus belle que j’ai vécue.»

Si plusieurs anciens joueurs des Canadiens ont dernièrement critiqué l’organisation sur la place publique, l’Ontarien de 42 ans, lui, n’en garde que de bons souvenirs.

«Tous les joueurs de cette ligue devraient avoir la chance de pouvoir évoluer pour une organisation comme le Tricolore. Tout est particulier au sein de cette équipe. Même les gens qui travaillent dans l’aréna sont fiers des couleurs qu’ils représentent. Tout le monde veut aider son prochain. C’est une organisation de première classe, rien de moins. Je n’oublierai jamais mon passage à Montréal.»

Beaucoup de similitudes    

Lorsqu’on lui demande s’il constate quelques similitudes entre la spectaculaire édition 2014-2015 du CH et le potentiel groupe de 2020-2021, Weaver répond par l’affirmative

«Je vois effectivement plusieurs ressemblances, mais surtout dans l’atmosphère et la façon de procéder. Notamment parce que Marc Bergevin n’a pas eu peur de bouger. On sent que la confiance du groupe est très élevée, un peu comme elle l’était pour nous à l’époque.»

Relancé sur son appréciation du travail de Marc Bergevin, le défenseur est loin d’être avare de compliments.

«Lorsque l’on passe toutes les décisions de Bergevin au microscope, on peut facilement se rendre compte qu’il est un penseur de qualité supérieur. Ce gars-là n’arrête jamais! C’est une chose de vouloir ajouter du talent à une formation, mais encore faut-il que les joueurs qui s’amènent dans le vestiaire se moulent bien au reste du groupe. 

«Tu ne peux performer dans la LNH, en tant qu’équipe, si tu as 20 marqueurs de buts et rien d’autre. Tu as besoin d’un peu de tout.  

«Bergevin est excellent pour cibler quelles personnalités il doit (et ne doit pas) ajouter à son équipe. C’est l’une de ses principales qualités. Il pense différemment des autres directeurs généraux. 

«Marc avait une liste bien précise de joueurs qu’il souhaitait attirer à Montréal en vue de l’an prochain. Et il en a visiblement coché tous les éléments.»

«P.K. tentait constamment d’être la plus grosse personnalité»    

L’un des échanges les plus marquants de la dernière décennie, chez le CH, fut sans contredit celui impliquant P.K. Subban et Shea Weber. 

Alors que les commentaires et théories liés au départ de l’ancien #76 n’ont jamais vraiment cessé depuis cette fameuse transaction, impossible de discuter avec Weaver sans lui demander ce qu’il pensait de Subban. Après tout, il a quand partagé le vestiaire avec l’exubérant arrière. Aux dernières nouvelles, peu de gens ici peuvent se vanter d’en avoir fait autant! 

«C’est un bon gars lorsque tu te retrouves seul avec lui. C’est un gars très authentique, en fait. Ce qu’il faut dire, c’est que dans notre vestiaire, à l’époque, il y avait plusieurs personnalités différentes. Mais P.K. tentait constamment d’être la plus grosse personnalité. Il avait son propre agenda qui fonctionnait bien pour lui, mais peut-être moins pour l’équipe. 

Crédit photo : Photo d'archives, Ben Pelosse

«J’appréciais sa bonne humeur et son désir de performer, mais parfois, lorsque plusieurs gros caractères sont réunis au sein du même vestiaire, ça fonctionne un peu moins.

«Cela dit, je crois que la forte personnalité de P.K. nous a aussi beaucoup aidé cette année-là. Tu savais qu’il allait toujours livrer un effort colossal. C’était définitivement un joueur d’impact pour nous.»

Deux joueurs talentueux aux chemins différents    

À une certaine époque, Brendan Gallagher et Alex Galchenyuk étaient considérés comme les plus beaux espoirs du CH sur le plan offensif. 

Alors qu’ils ont tous les deux offert de précieux services au club lors de leurs six premières saisons dans la LNH, leurs carrières ont ensuite pris deux directions complètement différentes. 

Brendan Gallagher vient tout juste de signer un nouveau pacte de six ans qui le lie au Tricolore jusqu’en 2028. Galchenyuk, lui, a été échangé par le CH à l’été 2018 et a depuis évolué pour trois équipes différentes. Il est d’ailleurs toujours sans contrat à l’heure actuelle. 

Lorsqu’on demande à Weaver ce qui a bien pu causer un tel écart entre ces deux joueurs au talent pourtant similaire, sa réponse est très claire.

«J’aime beaucoup les deux hommes et je les respecte beaucoup. Mais dans le cas de Gallagher, on constate une détermination hors du commun à chaque partie. Il ne prend jamais un jour de congé. Peu importe la grosseur de l’adversaire devant lui, il ne recule pas. Et je respecte énormément cet aspect de son jeu. 

«Galchenyuk fait les choses différemment. Sans dire qu'il n'est pas autant déterminé que Brendan, je crois simplement que Gallagher est plus constant dans ses efforts. C’est aussi une question d’état d’esprit. À cet égard, encore une fois, les deux joueurs sont très différents.

«Gallagher démontre soir après soir que la taille ne veut rien dire dans la LNH. Et c’est aussi ce que j’ai tenté de prouver pendant toute ma carrière professionnelle. Tu peux être un petit joueur, mais jouer comme un vrai fou (crazy guy)! Et pour être honnête, d’innombrables joueurs de grande taille détestent les joueurs au petit gabarit comme Gallagher et moi. 

«Il est évident qu’à ce point-ci, on peut nettement dire que Gallagher a mieux su se mettre en valeur que Galchenyuk.»

Anecdotes loufoques     

Impossible de laisser partir Mike Weaver sans lui demander quel joueur l’a le plus marqué lors de son passage à Montréal. Si la réponse même ne surprendra personne, c’est plutôt l’enrobage autour de celle-ci qui s’avère des plus savoureux. 

«Carey Price, évidemment! J’ai carrément abandonné l’idée de tenter de marquer contre lui dans les entraînements. En fait, ce n’est jamais arrivé! 

«Au risque de répéter ce que certains ont dit avant moi, il est, je vous le confirme, d’un calme désarmant! Mais peu de gens savent qu’il est aussi un fin farceur et qu’il adore jouer des tours. 

«Je me souviens d’une journée où lors d’un entraînement matinal, avant un match, on répétait constamment le même exercice d’échauffement. Un entraîneur rejetait la rondelle derrière le filet, puis un défenseur la récupérait et entamait une sortie de zone. Puis on reprenait. Normalement, Carey devait initialement s’interposer et bloquer le dégagement de l’entraîneur derrière son filet, puis laisser le disque au défenseur et retourner devant sa cage. 

«Mais ce matin-là, il a décidé qu’il s’emparait de la rondelle à chaque fois et qu’il me la remettait dans les patins. Il a répété ce manège une dizaine de fois. À un certain moment, les entraîneurs m’ont demandé de faire mes passes aux ailiers plus rapidement. Je leur ai alors répondu que Carey faisait exprès de viser mes patins avec la rondelle et qu’il me compliquait la tâche. Tout le monde s’est mis à rire de bon cœur.»

Crédit photo : JOEL LEMAY/AGENCE QMI

Mais Weaver savait lui aussi faire preuve d'originalité lorsque venait le temps d'y aller de coups pendables. 

«Les soirs de matchs, habituellement, tous les gars enfilent leur plus beau complet et se dirigent vers le restaurant de l’aréna où ils mangent, avant de redescendre. Honnêtement, je ne compte plus les fois où j’ai empoigné de grosses patates frites pour les insérer dans les poches du veston de Carey. À son insu, bien sûr! Parfois, il entrait dans le vestiaire et se demandait vraiment comment ces frites avaient bien pu arriver là. Plusieurs joueurs se sont également fait prendre! 

«J’ai aussi fait le coup à P.K., une fois. Dans son cas, les frites sont restées là pendant deux ou trois semaines! Je le sais, car il a remis le même complet une vingtaine de jours plus tard et les frites s'y trouvaient toujours. Les gars n’en revenaient pas!»

Une contravention... tout juste avant un match des séries!    

Certains joueurs ou ex-joueurs ont besoin de se faire tirer les vers du nez par les médias. Ce n’est clairement pas le cas de Weaver. Le défenseur semble carrément prendre goût à raconter des histoires qui sortent des sentiers battus. 

Alors que l’entretien était sur le point de prendre fin, le défenseur lance ceci. 

«Hey, pendant que j’y pense... J’ai encore une histoire à te raconter. Je me souviens d’un soir où Tomas Vanek et moi étions dans le même véhicule, en route vers un match des séries. Je crois que c’était contre les Bruins. 

«À un certain moment, on aperçoit une voiture de police qui allume ses gyrophares derrière nous. Incrédules, on se range sur le côté de la route. Le policier me tend alors une contravention qui indique que j’ai effectué un virage illégal à gauche. 

«Tomas et moi on regarde l’agent en lui disant que nous sommes des joueurs des Canadiens en route vers un match important. Mais il n’a rien voulu entendre et nous sommes repartis avec ladite contravention. Nous en avons bien ri!»