Félix Séguin

Thank you «Doc»

Thank you «Doc»

Félix Séguin, TVA Sports

Publié 19 octobre
Mis à jour 19 octobre

Mike «Doc» Emrick, le réputé descripteur de la LNH à NBC, accroche son micro. Après 50 ans de carrière, l’homme de 74 ans a décidé de céder sa place.

Au fil de sa carrière, il a reçu plusieurs honneurs individuels pour l’excellence de son travail. Il a mis la main sur six trophées Emmy et il a reçu l’honneur ultime lorsqu’il a été intronisé au Temple de la renommée du hockey en 2008.

Depuis six ans, j’avais le grand privilège de le croiser régulièrement dans les arénas de la Ligue nationale. Que ce soit lors des matchs des Canadiens de Montréal, en finale de la Coupe Stanley, lors du match des étoiles ou encore lors de la Classique hivernale, c’était toujours un immense plaisir d’échanger avec lui.

Malgré sa notoriété et sa célébrité, «Doc» Emrick a toujours pris le temps de répondre à mes questions. J’aimais aller le voir durant un entraînement matinal, un point de presse, à l’hôtel ou avant un match afin de discuter avec lui.

On parlait des joueurs, des entraîneurs, des tendances, des statistiques et de la prononciation de certains noms.

Cependant, ce dont j’aimais le plus jaser avec «Doc», c’était du métier de descripteur parce qu’il faut vraiment pratiquer ce métier pour comprendre l’état d’esprit dans lequel on se retrouve.

Est-ce que j’étais en retard sur le jeu ? Est-ce que j’ai bien vu le joueur qui a fait la passe ? Est-ce que j’ai raté un élément important lors de ma description ? Est-ce que j’avais le bon ton ? Est-ce que j’en ai trop mis ? Pas assez ? Est-ce que j’ai trop parlé ? Est-ce que j’aurai dû laisser davantage de place à mon analyste ? Pourquoi j’ai commis telle erreur ? Est-ce que j’ai bien compris le règlement ? Et j’en passe...

Avec «Doc», je savais que je pouvais toujours compter sur oreille attentive.

Je me souviens lors de la finale de la Coupe Stanley à San Jose en 2016. J’étais allé le voir parce que j’avais très mal dormi durant la nuit. Je m’en voulais d’avoir commis une erreur la veille sur un jeu qui avait mené à un but important. J’étais angoissé. J’étais à l’envers.

Je m’étais confié à lui. Je voulais savoir s’il était encore habité par ce sentiment d’insécurité à son âge. Il m’avait répondu que c’était encore le cas et que les descripteurs devaient apprendre à vivre avec ce sentiment de toujours se remettre en question. Je voyais dans ses yeux qu’il était encore contrarié par certains aspects de son travail et qu’il cherchait encore et toujours la perfection.

50 ans de carrière, c’est remarquable. J’ai un énorme respect pour Mike «Doc» Emrick.

Je décris des matchs de hockey depuis 2001. Depuis 2008, je fais la description de matchs de la LNH et depuis 2014 je suis attitré aux matchs des Canadiens de Montréal et de la finale de la Coupe Stanley. Je suis à des années lumières des réalisations de «Doc».

Cependant, mon expérience jusqu’ici m’a permis de comprendre la complexité de cette fonction. La concentration, la préparation et la livraison doivent être optimales. Tout se passe en direct et à vitesse grand «V».

Il faut exercer ce métier avec humilité. Le spectacle, ce n’est pas le descripteur, ce sont les joueurs. Le descripteur n’est qu’une courroie de transmission entre l’émotion sur la glace et celle vécue par les amateurs qui regardent à la télévision.

C’est une chose de pratiquer ce métier pendant 5, 10, 15 ou 20 ans. Cependant, de rester au sommet pendant aussi longtemps comme l’a fait Emrick, c’est majestueux.

Respect, intégrité, humilité, excellence et délicatesse étaient des valeurs importantes lorsqu’il décrivait un match de hockey.

Il faut le percevoir de la même façon que René Lecavalier l'est au Québec ou encore Foster Hewitt ou Bob Cole au Canada.

Thank you «Doc». Enjoy your retirement.

P.S. Mike Emrick est surommé « Doc » parce qu’il a obtenu un Doctorat en communications à l’Université Bowling Green en 1976.