Marc Crawford; Jacques Martin

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LNH

Les Nordiques ont sombré sans vraiment être aidés

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Le premier ministre Jacques Parizeau jugeait improbable d’éviter un déménagement des Nordiques dans une ville américaine et la contre-offre de Québec aux propriétaires visait d’abord à éviter que le gouvernement péquiste en porte l’odieux, révèlent de nouveaux documents.

Le 12 avril 1995, avant même de nommer un négociateur dans le dossier, M. Parizeau confie à son conseil des ministres son scepticisme face au plan de sauvetage de Marcel Aubut, alors président des Nordiques.

Le premier ministre doute que la construction d’un nouveau Colisée à Québec puisse régler les problèmes financiers de l’équipe, lit-on dans des mémoires du conseil exécutif récemment rendus publics, mais dont certains passages demeurent caviardés.

«En effet, à son avis, le gouffre financier auquel font face les Nordiques provient des augmentations salariales, bien sûr, mais également de l’augmentation des autres dépenses», explique le document qui résume les délibérations entre les ministres.

Cette même journée, le premier ministre du Québec a annoncé la nomination d’un négociateur pour soumettre une offre à la concession de la LNH.

«Demandes ahurissantes»

Il faut dire que les demandes de Marcel Aubut – dévoilées dans les jours suivants par le chef de cabinet de M. Parizeau – étaient bel et bien « ahurissantes », comme l’avait exprimé le premier ministre à l’époque.

En plus d’un nouvel amphithéâtre, les Nordiques exigeaient un loyer gratuit et que le gouvernement s’engage à éponger les pertes de l’équipe pendant 10 ans, confie M. Parizeau à ses ministres.

Il admet «ne pas avoir manifesté beaucoup d’enthousiasme» face à ces exigences.

Mais le gouvernement péquiste veut éviter l’odieux du déménagement d’une équipe de la Ligue nationale de hockey aux États-Unis, surtout à la veille d’un référendum sur la souveraineté du Québec.

«Cependant, il ne faut pas que ce soit le gouvernement qui dise non à la demande des Nordiques», note M. Parizeau.

Il s’engage donc à faire «une offre raisonnable» et à nommer «un négociateur sincère avec un mandat très précis».

Québec proposera, c’est connu, une aide sur deux ans, le temps de voir si la LNH modifiera la progression des salaires et des autres dépenses.

«À cet égard, il ne se fait pas trop d’illusions», souligne le résumé de la rencontre.

En effet, le lock-out qui venait de se terminer en janvier avait reporté aux calendes grecques l’idée d’un plafond salarial, qui aurait aidé les plus petits marchés comme Québec.

Peu d’appuis chez les ministres

La réunion du 3 mai suivant démontre que le sauvetage des Nordiques avait peu d’appuis au sein du gouvernement péquiste.

Ce matin-là, les journaux font état d’une impasse dans les négociations. Aubut vient de rejeter l’offre de Québec de devenir actionnaire du club et d’éponger les déficits des deux prochaines années, évalués à au moins 18 millions $.

Dans l’édition du 17 mai 1995 du «Journal», M. Parizeau annonçait la mort des Nordiques.

Autour de la table du conseil des ministres, on s’inquiète surtout du message que le gouvernement enverrait en subventionnant une équipe de joueurs fortunés.

Le même mois doit débuter la grande Marche du pain et des roses, à l’initiative de Françoise David, pour dénoncer la pauvreté chez les femmes et le gouvernement planche sur ses réponses aux séries de revendications des groupes féministes.

«Monsieur Bernard Landry considère indécent que le gouvernement investisse des deniers publics pour permettre d’accorder des salaires faramineux aux joueurs de hockey», note le mémoire.

La ministre de la Sécurité du revenu et de la Condition féminine, Jeanne Blackburn, va dans le même sens.

«Madame Blackburn est d’avis que la population des régions ne souhaite pas que le gouvernement investisse dans les Nordiques de Québec, étant donné l’état de pauvreté dans lequel se retrouve une assez grande proportion de la population.»

«Aide modeste»

«Le premier ministre lui répond que le gouvernement doit quand même offrir une aide modeste. Il faut démontrer que le gouvernement considère avant tout l’intérêt des contribuables», lit-on.

Le même jour, au Salon bleu, Jacques Parizeau fera d’ailleurs valoir que le contribuable «n’est pas corvéable à merci, il est assez taxé comme ça!».

Jean Garon, lui, rapporte les propos d’une personne, dont le nom est caviardé, qui estime que la présence des Nordiques «n’a pas d’effet sur l’économie régionale».

Et puis, des ministres comme Jacques Brassard et Rita Dionne-Marsolais se demandent si l’organisation n’a pas déjà conclu la vente de l’équipe.

Les réflexions de M. Parizeau à ce sujet demeurent caviardées.

Au final, seul M. Brassard se porte à la défense de l’équipe, selon les propos rapportés.

«La présence de l’équipe à Québec signifie des retombées économiques importantes pour la région», estime-t-il.

Son collègue aux Finances et au Revenu, Jean Campeau, n’est pas de cet avis. «Une mauvaise équipe de hockey contribue à donner une mauvaise image de la région», croit-il.

La veille, les Fleurdelisés étaient éliminés par les Rangers. Le lendemain, «Le Journal» titre : «C’est fini», alors que Marcel Aubut refuse l’offre de Québec.

Nordiques de Quebec
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Objectif minimal atteint

Pauline Marois, elle, ne participe pas aux discussions en raison des liens d’affaires de son mari avec les Nordiques. Claude Blanchet est à l’époque PDG du Fonds de solidarité de la FTQ, un important actionnaire de l’équipe.

Au final, le gouvernement péquiste évitera de perdre la face dans ce dossier, malgré le déménagement de l’équipe.

«Le premier ministre indique quant au dossier des Nordiques que l’objectif minimum que le gouvernement s’était fixé a été atteint. Ce sont les représentants des Nordiques de Québec qui ont refusé la proposition gouvernementale», soulignent les notes de la rencontre du 17 mai.