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Alouettes de Montréal

Stern n’a rien perdu de son enthousiasme

Marc De Foy

Publié | Mis à jour

Les Alouettes devront attendre pour la coupe Grey. Ce ne sera pas pour cette année contrairement à ce que leur nouveau propriétaire Gary Stern avait annoncé. «Mais mon autre prédiction selon laquelle nous connaîtrions une saison sans défaite s’est réalisée», ajoute-t-il avec humour au bout du fil.

L’homme n’a rien perdu de l’enthousiasme qui l’animait en janvier dernier lorsqu’il est devenu copropriétaire des Alouettes avec son beau-père Sid Spiegel. À ce moment-là, la COVID-19 était localisée en Chine. On se croyait à l’abri. En mars, le virus s’est propagé dans le monde entier.

Notre mode de vie est bouleversé. Rien ni personne n’y échappe. Dans le monde du sport, les compétitions se déroulent à huis clos, la plupart sans spectateurs ou, au mieux, devant des foules restreintes.

Tout a été fait

La Ligue canadienne de football (LCF), quant à elle, s’est résignée à annuler sa saison. Gary Stern affirme que le refus d’Ottawa de consentir un prêt de 30 millions sans intérêt à la LCF n’en est pas l’unique cause.

Il rappelle qu’une grande partie des revenus de la ligue repose sur la vente des billets. Il fallait trouver plusieurs commanditaires prêts à débourser. Bref, selon ses dires, les conditions n’étaient pas toutes réunies pour tenir une saison. «Mais on a tout tenté», soutient-il.

Les joueurs n’ont pas la même opinion. Ils tiennent le propriétaire Randy Ambrosie responsable de ce fiasco.

Huit mois pour se préparer

C’est un dur coup pour la LCF. Certains pensent que la ligue pourrait ne jamais s’en remettre, que ça pourrait être le début d’une longue agonie qui mènerait à la mort du circuit.

Stern s’inscrit en faux.

«Je ne comprends pas pourquoi des gens disent ça, réagit-il. Je ne pense pas que cela va se produire. J’en suis sûr. Nous avons jusqu’au mois de mai prochain pour nous repositionner et nous remettre en marche.»

Loin des yeux, près du cœur

Stern se dit convaincu à «100 %» que la LCF retombera sur ses pattes et que les Alouettes retrouveront leurs partisans au stade Percival-Molson l’an prochain.

«On dit que l’absence renforce les liens. Absence makes the heart grow fonder», a-t-il dit en anglais.

«Les gens vont peut-être prendre conscience à quel point ils aiment ce sport. N’est-ce pas ce qu’on peut souhaiter plus que jamais dans cet univers de la COVID ? Ne veut-on pas s’accrocher à quelque chose comme on ne l’a jamais fait auparavant dans notre vie?»

Confiance absolue en ses dirigeants

Stern estime qu’il mise sur les meilleurs hommes pour relancer la machine. Il voue une confiance sans bornes à son président, Mario Cecchini, et à son directeur général, Danny Maciocia.

«Mario possède une longue expérience dans les domaines de la publicité et des communications, rappelle-t-il. C’est un gars honnête qui a toujours été ouvert avec les médias. Il va penser à des promotions.»

«Par ailleurs, je crois fermement que les Alouettes devraient en arriver, un jour, à mener la ligue pour les abonnements de saison. Si on donne aux amateurs ce qu’ils veulent, c’est-à-dire un bon produit et du divertissement, ils vont venir. C’est ce qu’on va faire.»

«Vous allez peut-être rire, mais si on réussit à élargir les fondations de notre clientèle, on pourrait en venir à devoir limiter le nombre de billets de saison.»

L’accent sur la continuité

Pour ce qui est des opérations football, Stern endosse le plan que Danny Maciocia lui a soumis.

«Danny veut mettre l’accent sur la continuité, indique Stern. Les amateurs aiment s’attacher à leurs joueurs. Ils veulent voir leurs héros revenir d’année en année. Or, c’est une chose qui fait défaut de nos jours dans la LCF. Il y a de grands mouvements de joueurs chaque année.»

«On entend maximiser l’image de marque de nos joueurs. On va leur accorder des contrats à long terme. Ne voulons-nous pas, même à mon âge, avoir des héros à chérir et à applaudir?»

À cœur ouvert avec adams

Or, le quart Vernon Adams, à qui les Alouettes ont consenti une prolongation de contrat en janvier dernier (trois ans à un salaire annuel de 400 000 $ en plus d’une prime d’engagement de 200 000 $), a voulu quitter le nid après l’annulation de la saison en août.

Il voulait tâter le marché de la Ligue nationale. Après deux jours, il a annoncé qu’il resterait finalement à Montréal. Il y a lieu de penser qu’il n’a pu trouver preneurs dans la NFL.

«Je ne sais pas ce qui s’est passé au cours de ces deux jours, dit Stern. Mais avant de regarder du côté de la NFL, il m’a appelé pour me faire part de sa décision. Je lui ai dit d’oublier pour un instant que j’étais son employeur.»

«Je lui ai dit que tout le monde à Montréal le voyait comme le meneur de notre équipe. Je lui ai expliqué que l’image que les amateurs se font d’un athlète est une chose importante pour un athlète.»

«Je lui ai suggéré de s’accorder une ou deux journées de réflexion. Il m’a rappelé après deux jours pour me dire qu’il restait. J’étais tellement content.»

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La LCF a besoin d’un nouveau modèle d’affaires

Gary Stern endosse le plan de la LCF de se doter d’un nouveau plan d’affaires en prévision de la reprise de ses activités.

«Pour commencer, dit-il, le circuit mise sur une bonne base de partisans. Ces gens aiment les particularités du football canadien. Mais il se trouve dans la population une nouvelle génération qui recherche des nouvelles formes de divertissement. Ce sont les gens que nous devons chercher à rejoindre.

«Les jeunes veulent faire partie de quelque chose. On a un excellent produit à offrir. C’est à nous de rendre le spectacle plus divertissant, pas seulement au niveau sportif. Il faut en faire un événement.»

Chaque chose en son temps

Cependant, les Alouettes jouent dans un stade vieillot qui offre très peu d’espace. Le stade Percival-Molson n’est pas au goût du jour. Un nouveau stade serait le bienvenu, mais il ne faut pas se bercer d’illusions.

Stern, lui, n’en est pas là.

«Qu’est-ce qui compte en premier? Bâtir une clientèle ou un nouveau stade?, demande-t-il. Si vous attirez 8000 ou 10 000 spectateurs dans un stade qui peut en accueillir 22 000, ce n’est pas le temps de bâtir un nouveau stade, ajoute-t-il en répondant à sa propre question.»

Suivre le courant

Stern pense que les amateurs sont encore là et que c’est aux Alouettes de regagner leur appui.

«Il y a 10 ans, les Alouettes jouaient devant des foules de 40 000 personnes [matchs en séries au Stade olympique]», rappelle-t-il.

La situation n’est pas unique à Montréal. Il faudrait de bonnes foules dans les trois plus grands marchés de la ligue [Montréal, Toronto et Vancouver] pour que la LCF soit en bonne santé.

«La ligue n’aimera probablement pas ce que je vais dire, mais on a laissé tomber ces amateurs au fil des années», affirme Stern.

«Le sport a changé, mais la ligue n’a pas changé. La question a été soulevée par les propriétaires. Des changements s’imposent. C’est à nous de passer aux actes. Ça va se faire.»