Crédit : AgenceQMI

LNH

«J’ai encore sur le cœur l’attitude des Oilers»

Publié | Mis à jour

Le vieil adage «beaucoup d’appelés, mais peu d’élus» s’applique parfaitement à la réalité de la Ligue nationale de hockey (LNH). 

D’innombrables joueurs auraient le talent pour connaître une belle et longue carrière dans le circuit Bettman, mais trop souvent, des circonstances externes viennent réduire en cendres les ambitions de ces patineurs.    

«Timing», blessures, équipe inadéquate, relation difficile avec un entraîneur... Tous ces facteurs, et bien plus encore, ont le pouvoir de transformer un potentiel (et imminent!) joueur de la LNH en grand oublié. 

Bien sûr, certains joueurs n’ont aucune autre excuse que leur manque de talent pour justifier une carrière qui n’a pas abouti. Mais d’autres, comme Philippe Cornet, font malheureusement partie d’un trop grand groupe de patineurs touchés par ces fameux «facteurs externes», dont on vous parlait plus haut. 

L’histoire de Cornet nous rappelle justement que la ligne, trop souvent, est parfois très mince entre une longue carrière dans la LNH et un parcours sinueux et rocambolesque dans les rangs mineurs. Dans le cas de ce sympathique gaillard de Val-Senneville, c’est le «timing» qui a donné le coup de grâce à une carrière dans la LNH qui promettait pourtant d’être parsemée de réussites. 

Un espoir rempli de promesses   

Cornet commence à attirer les regards à sa première année dans le midget AAA. 

Au sein de l’équipe des Forestiers d’Amos, le jeune homme, rapide et habile, termine la campagne au tout premier rang des marqueurs du circuit. À titre indicatif, sa récolte de 71 points en 44 matchs (!) est de 19 points supérieure à celle d’un certain Alex Killorn, aujourd’hui élément important du Lightning de Tampa Bay. 

L’année suivante, en 2006, l’Océanic de Rimouski récompense Cornet en faisant de lui le deuxième choix au total de l’encan de la LHJMQ. 

Le Québécois passera finalement trois saisons dans le Bas-St-Laurent. Chaque année, il améliore sa production offensive et démontre qu’il doit être pris au sérieux par les équipes professionnelles. 

Après une première saison où il récolte 21 points en 46 matchs (au sein d’une équipe en reconstruction après le départ de Sidney Crosby), Cornet revient en force l’année suivante et amasse 49 points en 61 rencontres à seulement 17 ans. 

Cette saison, où il termine au deuxième rang des pointeurs de l’Océanic, capte d’ailleurs l’attention des bonnes personnes. 

Crédit photo : Agence QMI / Journal de QuÈbec

En juin 2008, Cornet est repêché au cinquième tour par les Oilers d’Edmonton. 

«C’est assurément le plus beau souvenir de mon passage dans la LHJMQ. Quelle belle journée ce fut!», s’est rappelé le Québécois dans le cadre d’un généreux entretien avec le TVASports.ca. 

La saison suivant le repêchage, Cornet, désireux de prouver à ses nouveaux patrons des Oilers qu’ils ont bien fait de croire en lui, explose. 

Il termine la saison 2008-2009 avec 77 points en 63 matchs. Il s’agit du meilleur total parmi les joueurs de l’équipe de Rimouski. 

L’attaquant dispute finalement sa dernière année junior à Rouyn-Noranda chez les Huskies, où il met encore une fois 77 points sur le tableau. L’heure est ensuite venue de passer chez les pros... 

«Ça n’a pas été évident»   

Cornet, 20 ans, débarque donc chez les Barons d'Oklahoma City, dans la Ligue américaine, pour y disputer sa toute première saison professionnelle. Le jeune adulte veut bien faire, mais il comprend rapidement que la réalité n’est pas du tout la même que dans la LHJMQ. 

«Bien honnêtement, le départ n’a vraiment pas été évident. Je suis tombé dans un club où il y avait de nombreux vétérans. Je n’étais pas un premier choix et je n’étais pas trop connu, alors le temps de glace se faisait plutôt rare. 

«Mais alors qu’il restait environ trois mois à la saison, l’équipe, soudainement, a vu plusieurs de ses joueurs tomber au combat. J’ai à ce moment eu ma vraie première chance.»

Visiblement, c’est simplement ce qu’attendait Cornet pour débloquer! Utilisé plus régulièrement, le Québécois amasse plusieurs points en deuxième moitié de saison. Il termine finalement sa première campagne professionnelle avec 23 points en 60 matchs. 

«La grosse année»   

Fort d’une fin de saison des plus encourageantes, Cornet entame sa deuxième année chez les pros gonflé à bloc. 

«J’ai eu un super bon camp d’entraînement avec les Oilers. J’ai même disputé quelques matchs préparatoires avec l’équipe.»

Crédit photo : AgenceQMI

L’imposant ailier gauche fait partie des derniers joueurs retranchés par Edmonton. Il se rapporte donc aux Barons, mais à sa grande surprise, il est laissé de côté pour le premier match de l’équipe. 

«L’équipe a perdu ce match 7-0. Comme par hasard, on a choisi de m’insérer dans l’alignement pour la partie suivante! Pour une raison que je ne pourrais expliquer, à partir de ce moment-là, j’ai commencé à marquer des buts sans arrêt. J’étais tout simplement incapable de rater le filet! C’est vraiment la portion de ma carrière où j’ai marqué le plus grand nombre de buts dans un laps de temps aussi court.»

Ultimement, il termine la saison avec 24 buts en 67 matchs. Aucun autre joueur du club-école des Oilers n’en marquera autant cette année-là. 

Cornet, de par ses prestations étincelantes, ne laisse tout simplement pas le choix à son entraîneur de l’utiliser. Et le rendement de l’attaquant est également récompensé par la Ligue américaine, qui l’invite à son match des étoiles, fin janvier. Pas si mal, pour un jeune homme qui ne dispute que sa deuxième saison professionnelle! 

«Je me suis envolé vers Atlantic City. Mon entraîneur à Oklahoma, qui était également derrière le banc pour le match des étoiles, m’a annoncé 30 minutes avant la partie que les Oilers me rappelaient dans la LNH. Ce week-end ne pouvait vraiment pas se passer mieux! 

«J’ai dormi quelques heures après le match des étoiles, puis je me suis dirigé à Philadelphie, où je prenais l’avion à 6h le lendemain matin. Je suis arrivé à Edmonton vers 13h et je jouais mon tout premier match dans la LNH le soir même contre l’Avalanche du Colorado.»

Moment inoubliable    

À son arrivée dans le vestiaire des Oilers, Cornet est marqué par un aspect bien précis.

«Je me souviens d’être entré et d’avoir vu les Shawn Horcoff, Ales Hemsky, Jordan Eberle, Taylor Hall et Ryan Nugent-Hopkins. Ils auraient pu m’accueillir froidement, mais ce fut tout le contraire! Ils m’ont accueilli comme si j’étais un régulier, et ils m’ont vraiment mis en confiance. 

«Le contexte était particulier, car je n’avais jamais pratiqué avec l’équipe et je devais soudainement me débrouiller pour bien paraître dans le cadre d’un match. Mais les gars ont vraiment facilité la transition.»

Et comment! 

À sa deuxième présence seulement, Cornet amasse son premier point dans la LNH. Une aide sur un but de Jordan Eberle. Les Oilers l’emportent finalement 3-2.

Après le match, l’entraîneur-chef de l’époque Tom Renney avait d’ailleurs pris soin de louanger le Québécois.

«Il a réalisé des jeux-clés avec la rondelle et ne s’est jamais mis dans le trouble. Il a été responsable», avait lancé le pilote. 

«À mon retour dans le vestiaire, les gars riaient de bon cœur. Ils me disaient que je jouais comme si la Ligue nationale n’était pas si compliquée que ça. Je n’oublierai jamais ce match», se rappelle Cornet avec émotion.

Crédit photo : AgenceQMI

Cornet dispute ensuite un autre match avec les Oilers, puis est retourné dans la Ligue américaine. Il est persuadé d’avoir laissé une bonne impression. 

«J’étais quand même surpris d’être renvoyé dans les mineures si rapidement. Dans les journaux, les analystes vantaient mon apport. Tout le monde semblait satisfait de mes performances.»

Philippe Cornet ne le sait pas, mais il vient, à 21 ans, de disputer les deux seuls matchs de sa carrière dans la LNH. 

«Je croyais me faire rappeler lorsqu’il y aurait d’autres besoins, mais l’appel tant espéré n’est jamais venu...»

Un lock-out briseur de rêves    

La saison suivante est marquée par un lock-out dans la LNH. 

Cette situation implique que plusieurs joueurs des équipes du circuit Bettman prennent la direction de la Ligue américaine pour ne pas accumuler la rouille pendant la pause. Mais tout ça complique la vie des joueurs comme Cornet, qui doivent maintenant batailler pour un poste dans la LAH... contre des joueurs de la LNH! 

Après quelques jours, Cornet, à contre-cœur, prend la direction de la ECHL. Tout ça après avoir totalisé la meilleure récolte de buts de son club de la LAH la saison précédente! Et tout ça après avoir goûté à la LNH six mois auparavant! 

«Je l’ai mal pris, honnêtement. Ç'a fait très mal à ma confiance. L’entraîneur des Barons, que j’aimais beaucoup (Todd Nelson), m’a avoué qu’il trouvait très difficile de devoir m’envoyer dans la ECHL. Mais il n’avait pas le choix, avec tous les joueurs des Oilers qui arrivaient...»

Après 18 matchs dans la ECHL, Cornet totalise 23 points. Il est alors rappelé dans la Ligue américaine. 

«Mais avec Hall, Nugent-Hopkins et Eberle qui étaient là, je ne jouais vraiment pas beaucoup. Cinq minutes par match. Donc après neuf matchs, je n’avais toujours pas récolté le moindre point.»

Entretemps, le lock-out se termine et Cornet est donc rappelé comme joueur régulier chez les Barons. Il s’assure alors de rattraper le temps perdu. 

L'attaquant termine la saison avec 33 points en 45 matchs. 

«Si on enlève les neuf matchs où je ne jouais presque pas, j’ai donc récolté un point par partie environ.»

Mais la saison se termine et les Oilers choisissent de ne pas soumettre d’offre qualificative à Cornet. Tout est à refaire pour «le p’tit gars de l’Abitibi»...

«Si je veux être 100% honnête, c’est à partir de ce moment-là que les choses ont commencé à dégringoler. Par ma faute, mais aussi en raison d’un gros concours de circonstances.»

Le début de la fin chez les pros    

Après avoir connu la vive déception d’un contrat non-renouvelé, Cornet s’engage en tant que joueur autonome avec les Panthers de la Floride. 

«J’ai rapidement été envoyé dans leur club-école à San Antonio. Sauf que cette équipe-là avait beaucoup trop de joueurs sous contrat. C’en était presque drôle. J’ai finalement joué quatre matchs en trois mois...»

Faut-il vous rappeler, à ce moment-ci, que Cornet avait disputé deux matchs dans la LNH moins de deux ans auparavant?

«À 24 ans, je commençais à me questionner. Plus tu passes du temps dans la Ligue américaine, plus tu te ramasses avec le statut de vétéran ayant une étiquette LAH dans le front. Et tu deviens alors moins tentant pour les équipes de la LNH...»

La saison suivante, Cornet est échangé aux Hurricanes de la Caroline et dispute la totalité de la campagne dans la LAH chez les Checkers de Charlotte. 

«J’ai adoré la ville, les joueurs de l’équipe et les entraîneurs. J’ai finalement récolté 28 points en 58 matchs.»

Il signe ensuite un contrat d’un an avec les Bears d’Hershey, club-école des Capitals de Washington.

Après une campagne relativement concluante où il amasse 22 points en 55 matchs, Cornet a des discussions avec l’équipe pour la signature d’un nouveau contrat. Au mois d’août, cependant, les pourparlers n’aboutissent pas. 

Il choisit alors de s’exiler en Europe. 

Un autre monde    

Philippe Cornet le reconnait : tout est différent quand tu débarques en Europe pour la première fois. Mais la transition, jure-t-il, s’est très bien faite. À sa première saison sur le Vieux Continent, le Québécois s’aligne pour les Oilers (!) de Stavenger en... Norvège! 

«C’est sûr que c’est un peu dépaysant quand tu vois ça à 25 ans. Tout est écrit en norvégien et en suédois! Mais tout le monde parle quand même bien l’anglais. Il y avait déjà cinq ou six Canadiens au sein de l’équipe. Ça communiquait en anglais dans le vestiaire, donc je comprenais assez bien. Honnêtement, cette organisation nous traitait comme des rois. Nous prenions l’avion pour chaque match à l’extérieur.»

Cornet dispute finalement deux saisons en Norvège. À sa première saison là-bas, son équipe est sacrée championne et il récolte 34 points en 33 matchs de saison régulière. 

Un an plus tard, il prend la décision de poursuivre sa carrière en Finlande. 

«Ç'a été un peu plus dur pour moi de m’adapter en Finlande. Il n’y avait qu’un seul Canadien dans l’équipe et il a vu son contrat être racheté après deux mois, donc je me suis rapidement retrouvé parmi une équipe qui ne comptait que des joueurs finlandais. Le coaching se faisait aussi en finnois! Heureusement que le capitaine de l’époque, Niko Kapanen, comprenait l’anglais... Il me traduisait l’essentiel.

«Je dois toutefois dire que j’ai appris le finnois par moi-même. À la fin de mon passage là-bas, je comprenais pas mal tout. Mais quand l’entraîneur chialait, je faisais un peu exprès de ne rien comprendre...!»

Crédit photo : Twitter

En Europe, Cornet avoue que son salaire était de loin plus avantageux qu’en Amérique du Nord. 

«Il y a une grosse différence, car tu es payé en euros. Souvent, également, nos impôts étaient payés par l’équipe. On est également logés et on a une voiture fournie. Alors les conditions sont très bonnes. J’ai fait beaucoup plus d’argent en Europe qu’en Amérique du Nord.»

Incertitude    

Au terme de la plus récente saison, sa troisième en Finlande, Cornet avait entamé des discussions avec une équipe de la Deutsche Eishockey Liga (DEL), la première division allemande. 

Si les choses étaient presque réglées il y a six mois, l’actuelle pandémie a bousillé les plans du Québécois.  

«Ils ont rappelé mon agent quelques semaines plus tard pour lui mentionner que cela ne fonctionnait plus. L’équipe a ensuite déposé une nouvelle offre, mais elle était de loin inférieure à celle proposée précédemment.

«Présentement, comme pas mal de joueurs à travers le monde, j’attends des développements. On ne sait même pas si on va jouer au hockey dans les prochains mois. Mais j’aimerais vraiment évoluer en Allemagne la saison prochaine.»

Déçu des Oilers   

Philippe Cornet est aujourd’hui âgé de 30 ans. 

Lorsqu’on lui demande s’il a des regrets lorsqu’il pense à son court passage dans la LNH, il répond ceci. 

«Si j’avais été repêché par une autre équipe que les Oilers, est-ce que j’aurais eu une meilleure chance de me faire valoir? Peut-être. Peut-être pas. Et si j’avais eu une meilleure chance, l’aurais-je saisie? 

«C’est sûr qu’en tant que joueur, tu veux toujours avoir une opportunité véritable de te faire valoir. Et c’est un peu ce qui m’a déçu de ma carrière quand je regarde ça avec du recul. Deux matchs, je n’appelle pas ça avoir une réelle chance. 

«Les Oilers m’ont donné un bonbon, mais ils m’ont descendu dans la ECHL l’année suivante. Ça m’a laissé un petit goût amer. J’ai encore un peu sur le cœur l’attitude des Oilers à mon égard. Je sais que ça arrive à plusieurs joueurs chaque saison, mais c’est comme ça que je me suis senti.»

Cornet peut toutefois se consoler en se disant qu’il a réussi à faire ce que bon nombre de jeunes joueurs de hockey québécois ne réussiront jamais : disputer un match dans la Ligue nationale de hockey.