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Contact - avec Stéphan Bureau

Stéphan Bureau mène de longs entretiens avec des invités qui pensent, créent ou façonnent notre monde. Dans l’air du temps sans être dans l’actualité brûlante, Contact se veut une tribune plurielle pour sortir des sentiers battus du prêt-à-penser.

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« Quand vous négociez avec les Iraniens, vous n'avez jamais un interlocuteur, vous avez toutes les factions du régime autour de la table ». Entretien avec le diplomate Jacques Audibert, négociateur du JCPOA sur le programme nucléaire iranien

À l’heure où les tensions autour de l’Iran atteignent un nouveau sommet, le diplomate français Jacques Audibert nous ouvre les coulisses des négociations nucléaires menées pendant plus de cinq ans avec Téhéran. Ancien directeur des affaires politiques au Quai d’Orsay et acteur central du fameux accord de Vienne, il raconte de l’intérieur la mécanique complexe des discussions avec le régime iranien, les rapports de force entre grandes puissances et les fragilités d’un équilibre aujourd’hui en miettes. « Quand vous négociez avec les Iraniens, vous n’avez jamais un interlocuteur, vous avez toutes les factions du régime autour de la table. », explique-t-il. Dans cet entretien dense, Jacques Audibert déconstruit plusieurs idées reçues sur l’Iran et sur l’échec de la stratégie occidentale depuis le retrait américain du JCPOA. Il revient notamment sur les tensions entre alliés occidentaux, le rôle souvent méconnu de la diplomatie patiente et les erreurs stratégiques qui, selon lui, ont aggravé la situation actuelle. « L’utilisation de la force n’a conduit nulle part. », tranche-t-il. Audibert livre aussi une réflexion plus large sur la diplomatie contemporaine, les limites du rapport de force et les risques d’une escalade incontrôlée au Moyen-Orient. Entre anecdotes inédites sur les négociations secrètes, analyse du rôle de Donald Trump et regard inquiet sur le sort du peuple iranien, cet épisode de Contact propose une plongée rare dans les arcanes du pouvoir international. « Les diplomates sont les derniers à se parler avant la guerre et les premiers à se reparler après. ».

28 mai 2026
1:01:47

« La Chine s'est engagée dans une posture qui est plus que oeil pour oeil, dents pour dents ! » Entretien avec Alice Ekman, directrice de la recherche à l‘Institut d'études de sécurité de l'Union européenne.

À l’heure où les tensions internationales se redessinent autour du tandem Washington-Pékin, la sinologue Alice Ekman livre une analyse dense et sans détour des ambitions chinoises et de la nouvelle phase de rivalité qui s’installe avec les États-Unis. Au lendemain du sommet entre Xi Jinping et Donald Trump, elle décrit une Chine « beaucoup plus dure en négociation », assumant désormais publiquement ses lignes rouges, notamment sur Taïwan, l’Iran ou les sanctions occidentales. « La Chine est de plus en plus dure en négociation et le fait de manière de plus en plus publique et ouverte », affirme-t-elle. Directrice de la recherche à l’Institut d'études de sécurité de l'Union européenne, Alice Ekman revient aussi sur la transformation idéologique opérée sous Xi Jinping : centralisation du pouvoir, purges internes, contrôle accru de la société et affirmation d’un modèle présenté comme une alternative au référentiel occidental. « Pour la Chine, l’objectif n’est pas uniquement de dépasser les États-Unis économiquement : c’est aussi de marginaliser leur référentiel politique », explique-t-elle. Derrière la puissance économique et technologique, elle décrit un régime obsédé par la stabilité politique et profondément marqué par la peur de l’effondrement soviétique. La chercheuse éclaire également les nouvelles solidarités géopolitiques qui se dessinent entre Pékin, Moscou et Téhéran. Entre soutien implicite à l’Iran, rapprochement stratégique avec la Russie et volonté de fédérer ce que Pékin appelle le « Sud global », elle décrypte une Chine qui cherche désormais à remodeler l’ordre international selon ses propres codes. « Il est temps de montrer au monde qui nous sommes vraiment », résume-t-elle en exposant la vision chinoise du monde, une vision où l’Occident n’est plus la référence, mais l’adversaire à dépasser.

21 mai 2026
48:44

« Depuis que je suis enfant, j'aime l'histoire, la guerre et la politique. C'est pas un choix, c'est comme ça. » Entretien avec Louis Sarkozy, essayiste, chroniqueur et conseiller municipal à Menton

Entretien enregistré le 22 avril 2026. Figure médiatique et politique en ascension, Louis Sarkozy se livre dans un long entretien où se mêlent convictions idéologiques, récit intime et fascination pour l’histoire américaine. Entre réflexions sur le libéralisme, défense acharnée de la liberté d’expression et critique des nouvelles orthodoxies politiques, il assume une pensée à contre-courant, forgée autant par ses lectures que par son parcours atypique. « Le monde est rempli de mauvaises idées et de gens bêtes. Donc, une conclusion : on avance lentement », résume-t-il pour expliquer sa vision du conservatisme. Louis Sarkozy revient aussi sur son rapport à son nom, à son père et à l’héritage familial. Loin du discours victimaire souvent associé aux dynasties politiques, il affirme porter ce patronyme « comme un honneur », tout en racontant les conséquences très concrètes qu’il a eues sur son existence, notamment son exclusion de l’armée américaine, après avoir été soupçonné « d’influence étrangère ». L’entretien prend une tournure encore plus personnelle lorsque Louis Sarkozy évoque son passage dans une école militaire américaine, un univers qu’il décrit comme « extrêmement violent », mais fondateur. Il raconte comment cette expérience l’a arraché à une jeunesse protégée pour lui apprendre la discipline, la résistance et le goût de l’effort. « Il n’y a rien de pire qu’une vie de facilité », affirme-t-il, convaincu que les sociétés modernes produisent des individus trop éloignés de l’épreuve.

14 mai 2026
1:27:01

Sommet Trump-Xi Jinping à Pékin. La Chine va-t-elle se mouiller dans le détroit d'Ormuz ? Entretien avec François Godement, Expert Résident principal et Conseiller spécial – Asie et États-Unis à l'Institut Montaigne

À quelques jours d’un important sommet Trump-Xi Jinping, François Godement, un des plus grands sinologues européens, décrypte une Chine plus opaque que jamais, à la croisée des tensions géopolitiques et des fragilités internes. Il dresse le portrait d’un régime à la fois sûr de sa trajectoire et inquiet de son environnement économique. « Les contentieux se sont accumulés, mais les raisons de parler aussi », résume-t-il, évoquant une rivalité sino-américaine où s’entremêlent dépendances commerciales, guerre technologique et calculs stratégiques. Derrière la puissance affichée, la Chine reste vulnérable aux soubresauts du commerce mondial. Sur le plan intérieur, l’équilibre du modèle chinois apparaît plus fragile qu’il n’y paraît. Croissance ralentie, crise immobilière persistante, inégalités massives : autant de signaux d’alerte pour un régime qui fonde sa légitimité sur la prospérité. « Si on ne rallume pas la consommation, […] la ligne actuelle est insoutenable », rapporte Godement, soulignant les débats internes qui traversent le pays. Mais mesurer le mécontentement réel relève du défi dans un système où « le contrôle […] est sans précédent », notamment grâce aux outils numériques. À l’international, la Chine avance avec prudence, notamment face aux crises comme celle impliquant l’Iran. Pékin privilégie ses intérêts économiques et évite toute prise de risque directe, tout en profitant des tensions pour renforcer son influence. « La Chine est devant un exercice d’équilibrisme », explique Godement, entre opportunisme stratégique et retenue diplomatique. Dans ce jeu de puissance, une constante demeure : la capacité chinoise à penser le temps long. Face à des démocraties occidentales fragmentées, le rapport de force pourrait bien se jouer moins sur l’instant que sur la durée.

07 mai 2026
1:21:06

« Il ne faut pas avoir peur de la vérité ». Les journalistes font-ils encore leur métier ? Entretien avec Franz-Olivier Giesbert

Figure incontournable de la presse, passé par les plus grandes rédactions, Franz-Olivier Giesbert dresse le portrait d’un monde, celui de l’information, qu’il juge assez sévèrement. Mais derrière le polémiste se dessine aussi un parcours intime, marqué par des rencontres fondatrices, notamment celle avec Alberto Giacometti, et une ligne de conduite restée intacte : « N’écoute personne, fais-toi une opinion par toi-même ». Giesbert revendique une forme de liberté absolue, quitte à en payer le prix. « Ne faites pas carrière », lance-t-il aux jeunes journalistes, plaidant pour un métier exercé sans peur ni compromis. Une vision exigeante, presque brutale, du rôle d’informer, à rebours d’une profession qu’il juge aujourd’hui trop conformiste. Car c’est bien le journalisme contemporain qui se retrouve au cœur de ses critiques. Entre « vérités alternatives », pression idéologique et perte de repères, Giesbert s’inquiète d’une dérive profonde : « Il y a des choses qu’on ne peut plus dire ». À ses yeux, la disparition de figures indépendantes fragilise le débat démocratique, au profit d’un discours uniformisé. Dans un monde saturé d’informations et de tensions politiques, il appelle à retrouver une exigence fondamentale : « Il ne faut pas avoir peur de la vérité ». Une injonction qui résonne comme le fil rouge de cet échange dense et sans concession.

30 avril 2026
1:14:01

Comment les services secrets israéliens et américains ont-ils pénétré l'appareil de sécurité iranien ? Entretien avec le journaliste et spécialiste du renseignement Rémi Kauffer

Le journaliste et spécialiste du renseignement Rémi Kauffer nous plonge au cœur d’un univers aussi discret que déterminant : celui des services secrets. À l’occasion de la parution de son Dictionnaire mondial de l’espionnage, il propose une lecture alternative de l’histoire contemporaine, où les opérations clandestines éclairent autrement les grands événements. « Il y a un certain nombre de choses que ça explique […], les historiens qui se privent de cette dimension ne comprennent pas toute l’histoire ». Kauffer décrypte les logiques à l’œuvre dans les conflits actuels, notamment au Moyen-Orient, où la guerre se joue autant dans l’ombre que sur le terrain. Entre assassinats ciblés, opérations psychologiques et infiltrations, les services secrets deviennent des acteurs centraux de la déstabilisation des États. « Le but de la manœuvre, c’est que vos adversaires s’autodétruisent », résume-t-il, insistant sur l’importance de la peur et de la paranoïa comme armes stratégiques. Derrière l’image d’omnipotence du Mossad se cache une mécanique fine, où la technologie et la manipulation psychologique se combinent pour affaiblir l’ennemi de l’intérieur. Mais au-delà des opérations spectaculaires, l’épisode met en lumière les ressorts profondément humains de l’espionnage : motivations, failles, loyautés. Qu’il s’agisse de recruter un agent ou de former un exécutant, tout repose sur une compréhension aiguë de la psychologie. « La raison principale, c’est le patriotisme », rappelle Kauffer, loin des fantasmes véhiculés par le cinéma. Dans un monde où les lignes entre alliés et adversaires se brouillent, le renseignement apparaît plus que jamais comme un révélateur des rapports de force, et des fragilités, qui structurent notre époque.

23 avril 2026
1:13:02

« Les Américains, en 1 mois de conflit, ont dépensé à peu près 50 milliards de dollars. Les chinois avec 50 milliards de dollars construisent 2500 km de train à voie rapide. » La suite de l'entretien avec Jacques Baud

Dans la foulée d’un premier entretien consacré à ses sanctions par l’Union européenne, Jacques Baud prolonge la réflexion et élargit le regard. Au cœur de cet épisode : une actualité brûlante, marquée par l’escalade entre Israël, les États-Unis et l’Iran, et ses répercussions sur l’équilibre mondial. « On a l’impression qu’on est dans quelque chose qui est totalement émotionnel », observe-t-il, dénonçant des logiques de confrontation de moins en moins rationnelles. À ses yeux, les grandes puissances occidentales reproduisent les mêmes erreurs, en s’engageant dans des conflits sans en mesurer les conséquences à long terme. L’ancien officier du renseignement pointe une constante : la sous-estimation des adversaires. De l’Afghanistan à l’Ukraine, en passant par Gaza, les conflits récents témoignent d’une lecture biaisée des rapports de force. « On lance des conflits sans réellement mesurer l’impact […] et avec une forme d’arrogance », tranche-t-il. Dans le cas iranien, il évoque une stratégie plus subtile qu’il n’y paraît, où la notion de « victoire décisive » ne signifie pas destruction totale, mais capacité à dissuader durablement l’ennemi. Une dynamique qui, selon lui, pourrait prolonger l’instabilité plutôt que la résoudre. Enfin, Jacques Baud analyse les conséquences globales de cette guerre, notamment sur le conflit en Ukraine et les équilibres géopolitiques. Il note un déplacement des priorités américaines vers le Moyen-Orient, au détriment de Kiev, et entrevoit un possible recul de la présence militaire américaine dans la région. En filigrane, une autre puissance tire son épingle du jeu : la Chine. « Nous, on dépense notre argent dans des conflits […]. Les autres […] construisent, ils éduquent », souligne-t-il, esquissant le portrait d’un monde en recomposition, où la puissance ne se mesure plus seulement à la force militaire, mais aussi à la capacité d’investir dans l’avenir.

14 avril 2026
27:59
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Comment manger quand on est sanctionné par l'UE ? « J'ai été alimenté uniquement par des gens qui étaient choqués par l'attitude de l'UE, choqués par cette situation, et qui ont, de leur bon cœur, amené de la nourriture. » Entretien avec Jacques Baud et son avocat William Julié

Jacques Baud, ancien officier du renseignement suisse, raconte comment sa vie a basculé après avoir été placé sur une liste de sanctions de l’Union européenne, sans procès ni avertissement préalable. Installé à Bruxelles, il découvre soudainement qu’il est accusé d’être « un propagandiste à la solde du Kremlin ». Une décision aux conséquences immédiates et brutales : comptes gelés, déplacements restreints, isolement financier. « Du jour au lendemain, je n’avais plus accès à de quoi me nourrir », résume-t-il, décrivant une situation qu’il qualifie lui-même de « kafkaïenne ». Aux côtés de son avocat William Julié, l’entretien plonge au cœur d’un mécanisme opaque, où la sanction précède toute forme de défense. Aucun jugement, aucune audience, mais une décision politique aux effets très concrets : « Lorsque vous êtes sanctionné, plus personne ne peut vous donner de l’argent », explique Me Julié, évoquant même une forme d’« intouchabilité » au sein de l’Union européenne. Ensemble, ils dénoncent une inversion du fardeau de la preuve et une atteinte potentielle aux principes fondamentaux de l’État de droit, notamment en matière de liberté d’expression. Au-delà du cas personnel, l’épisode soulève une question plus large : celle des limites du débat public en temps de guerre. Jacques Baud insiste sur son rôle d’analyste, affirmant n’avoir « jamais pris parti », mais simplement cherché à exposer les perceptions des deux camps dans le conflit ukrainien. « Dans mon cas, on sanctionne d’abord, et ensuite vient le procès », déplore-t-il. Pour ses défenseurs, cette affaire pourrait devenir un précédent majeur, révélateur des tensions croissantes entre sécurité, information et liberté dans l’espace démocratique européen.

09 avril 2026
1:07:45

Guerre en Iran. Le rappel brutal au réel:  « Nous sommes toujours dans un temps qui à l'échelle de la planète est le temps du pétrole et du charbon. » Entretien avec l'économiste Philippe Chalmin

Philippe Chalmin est économiste et un des plus grands spécialistes mondiaux des commodités. Il estime que la guerre contre l’Iran vient acter une brutale réalité, celle d’un monde entré dans « le marché de l’incertain ». Alors que le détroit d’Ormuz est désormais perturbé,  les repères vacillent. « Aujourd’hui, ma seule certitude est que demain sera différent d’aujourd’hui », résume-t-il, illustrant une volatilité extrême qui touche autant le pétrole que l’ensemble des grandes commodités. Gaz, pétrole, engrais, métaux, transport maritime : tout est affecté, jusque dans les chaînes d’approvisionnement les plus invisibles. Cette guerre agit comme un révélateur brutal : malgré les ambitions de transition, « les énergies fossiles font encore beaucoup fonctionner l’économie mondiale ». Résultat : un retour forcé aux réalités énergétiques, où le gaz, le charbon, et même le nucléaire, redeviennent des pivots stratégiques. Mais au-delà du choc immédiat, c’est la durée de la crise qui inquiète. Même dans le scénario le plus optimiste, prévient-il, « il faudrait six mois pour revenir à la normale ». Et encore, à condition d’un improbable apaisement géopolitique. Car cette guerre ne ressemble pas aux précédentes : imprévisible, fragmentée, elle redéfinit les rapports de force et rebat les cartes économiques mondiales au profit, notamment, de puissances comme la Russie. « Nous ne savons pas où nous allons », confie l’économiste, comparant notre époque à une ascension à l’aveugle. Entre instabilité chronique, dépendances énergétiques persistantes et recomposition géopolitique, cet épisode de Contact éclaire une certitude : la guerre en Iran n’est pas un événement parmi d’autres, mais un tournant.

02 avril 2026
1:08:41

« Je pense que tous les éléments sont réunis pour que la République islamique sombre [...], mais il faut en face que les oppositions iraniennes [...] soient soutenues par l'Occident. » Entretien avec le journaliste et grand reporter Emmanuel Razavi

Dans cet épisode de Contact, nous recevons le journaliste et grand reporter Emmanuel Razavi, spécialiste du Moyen-Orient et fin connaisseur de l’Iran. Né d’un père iranien et d’une mère française, il raconte un parcours façonné par deux cultures et une curiosité précoce pour les bouleversements politiques qui ont marqué son pays d’origine. De la révolution de 1979 à ses reportages sur le Hezbollah ou les réseaux d’influence iraniens, il propose une lecture engagée et incarnée d’un régime qu’il n’a cessé d’enquêter. « J’ai toujours eu la parole très libre », souligne-t-il, revendiquant un regard construit autant par son histoire personnelle que par son expérience de terrain. Mais cet entretien prend une dimension particulière : en raison de ses enquêtes, Emmanuel Razavi vit aujourd’hui sous protection policière. « Ma vie est menacée en raison des enquêtes que j’ai publiées », explique-t-il, évoquant notamment ses travaux sur les réseaux iraniens et les activités clandestines du régime.  Au fil de la discussion, il développe une réflexion plus large sur le rôle du journaliste et la difficulté d’atteindre une véritable objectivité. « Je ne cherche pas l’objectivité pour l’objectivité », affirme-t-il, préférant revendiquer une démarche ancrée dans le réel et assumant un engagement en faveur de la démocratie. De la révolution iranienne à l’influence contemporaine du régime, il décrit un système qu’il juge profondément idéologique et expansionniste. Un échange dense, où se mêlent analyse géopolitique et témoignage personnel, et qui pose une question essentielle : peut-on encore dire librement ce que l’on voit lorsque cela met sa propre sécurité en jeu ?

23 mars 2026
1:22:56

Le fascisme, ça ne sort pas d'un chapeau de magicien : « c'est un glissement tranquille. » Entretien avec l'auteur et chercheur Jonathan Durand Folco

Dans son essai, Le fascisme tranquille, Jonathan Durand Folco propose une réflexion ambitieuse et dérangeante sur l’état de nos démocraties. Il explique pourquoi le mot « fascisme » doit être manié avec prudence, mais ne doit pas non plus être évacué du débat public. « Le mot en F est utilisé à toutes les sauces », reconnaît-il, mais certaines dynamiques contemporaines - peur, insécurité, défiance envers les institutions - créent, selon lui, un terrain propice à un glissement plus insidieux vers l’autoritarisme. Loin d’annoncer un basculement brutal, Durand-Folco parle plutôt d’un phénomène diffus, presque imperceptible. « Le fascisme n’est pas seulement un régime politique : c’est aussi une attitude, une manière de voir l’autre et la société », explique-t-il. Ce qu’il appelle le « fascisme tranquille », c’est précisément ce processus graduel par lequel certaines idées, certains réflexes autoritaires ou identitaires s’installent peu à peu dans l’espace public. « C’est quelque chose qui s’installe progressivement, parfois à notre insu, dans nos têtes, dans nos interactions sociales. » Mais l’essai est aussi un appel à repenser la démocratie elle-même. Pour l’auteur, les démocraties libérales actuelles restent fragiles parce qu’elles reposent largement sur la délégation du pouvoir. « La démocratie, ce n’est pas seulement voter tous les quatre ans », rappelle-t-il. « Une démocratie forte serait une société où les citoyens participent réellement aux décisions qui les concernent. » Entre montée de l’autoritarisme, crises économiques et défiance politique, la question demeure : nos démocraties sont-elles encore capables de se réinventer avant qu’il ne soit trop tard ?

18 mars 2026
1:14:52

« La liberté politique n'est pas un besoin fondamental, dans la mesure où nos véritables besoins sont satisfaits. » Entretien avec le professeur agrégé de science politique Jean-François Caron

Entretien enregistré le 12 janvier 2026.  Professeur agrégé de science politique, installé depuis plus d’une décennie au Kazakhstan et actuellement en poste à l’Université américaine d’Arménie, Jean-François Caron revient au micro de Contact pour interroger l’un des grands angles morts de notre époque : la fragilisation de l’esprit démocratique face à la montée des régimes autoritaires. Dans son prochain ouvrage, The Authoritarian Social Contract and the erosion of democratic legitimacy, Caron développe une thèse dérangeante : la démocratie n’est plus jugée à l’aune de ses idéaux, mais de sa capacité à satisfaire des besoins fondamentaux. « La liberté politique n’est pas un besoin essentiel, dit-il, si la sécurité, le bien-être matériel et la liberté personnelle sont garantis. »  En s’appuyant sur des exemples allant de l’Union soviétique post-stalinienne au Salvador de Nayib Bukele, il explique pourquoi certains citoyens sont prêts à renoncer à une part de leurs libertés politiques en échange d’un État perçu comme efficace, protecteur et prospère.  « Le problème de la démocratie, ce n’est pas le vote, c’est ce qui se passe entre les élections », affirme Caron, inquiet d’un climat où la contradiction devient suspecte.  Face à des modèles de « capitalisme autoritaire » qui semblent parfois plus performants, il pose une question vertigineuse : la démocratie est-elle encore compétitive — ou devra-t-elle, pour survivre, se réinventer au risque de se renier ?

12 mars 2026
1:17:41

Attention, danger : L'IA vous connaît déjà mieux que vous vous connaissez ! Entretien avec l'entrepreneur et essayiste Rafik Smati

Entre accélération technologique et nécessité de ralentir, l’entrepreneur et essayiste Rafik Smati pose un diagnostic sans détour sur le monde qui vient. Né en Algérie, entrepreneur français engagé dans le numérique et fondateur du mouvement Objectif France, il réfléchit depuis plusieurs années aux bouleversements politiques, économiques et anthropologiques provoqués par l’intelligence artificielle.  Rafik Smati lance un cri d’alarme. L’IA accélère un enjeu de souveraineté technologique qui révèle la très grande dépendance de l’Europe et du Canada.  « Nous sommes devenus des colonies numériques des États-Unis », avance-t-il, inquiet du retard face aux investissements colossaux des géants technologiques. Comparant la révolution de l’IA à la découverte du feu, il évoque une mutation « vertigineuse » capable de transformer le travail, la santé et jusqu’à la nature humaine elle-même - une transition historique dont, selon lui, nous ne mesurons pas encore pleinement les conséquences. Père de deux adolescents sans smartphone ni réseaux sociaux, Smati assume un choix à contre-courant qu’il présente non comme une interdiction, mais comme une responsabilité parentale. « Le courage, ce n’est pas l’interdiction. Le courage, c’est l’éducation. », affirme-t-il, plaidant pour préserver chez les enfants un luxe appelé à disparaître : le droit à l’ennui. Pour lui, la révolution numérique impose surtout de repenser notre rapport au temps, en apprenant à accélérer lorsque nécessaire tout en conservant des espaces de recul et de réflexion.

05 mars 2026
55:17
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Puissances moyennes dans un monde brutal : « Si nous voulons ne pas avoir la guerre, il faut se faire respecter. Et pour se faire respecter, pour dissuader l'agresseur, il faut montrer qu'on est suffisamment fort. » Entretien avec Philippe Étienne, ancien ambassadeur de France à Washington

Ancien ambassadeur de la France à Washington, à Berlin et auprès de l’Union européenne, ex-conseiller diplomatique d’Emmanuel Macron, Philippe Étienne publie Sherpa, ses mémoires, et cosigne un article dans Le Grand Continent intitulé Guérir les démocraties. « Nos démocraties souffrent incontestablement de l’intérieur et de l’extérieur », affirme-t-il d’emblée. Mais loin du fatalisme, il insiste : « Je pense qu’on se trompe si on croit qu’elles sont condamnées. » À l’heure d’un monde qui se brutalise, Étienne défend la diplomatie comme un outil plus nécessaire que jamais. Face aux empires décomplexés - États-Unis, Chine, Russie - il plaide pour une Europe - et un Canada - lucides, capables de conjuguer coopération et rapport de force. « Plus un monde est conflictuel, plus on a besoin de diplomatie », soutient-il, rappelant que la puissance européenne existe, mais qu’elle doit se structurer. Sur la guerre en Ukraine et la menace russe, son propos est sans détour : « Si nous voulons ne pas avoir la guerre, il faut se faire respecter. » L’esprit de défense, dit-il, est devenu une condition de la paix. L’ancien ambassadeur décrypte de l’intérieur l’ère Donald Trump, qu’il a côtoyé dès le premier mandat. Trump 2.0 ? « Un développement exponentiel », observe-t-il, reconnaissant avoir été surpris par « la rapidité et parfois la brutalité » des décisions. Mais il met en garde contre la caricature : derrière l’outrance, une stratégie, une lecture assumée des intérêts américains. À travers crises diplomatiques, affrontements commerciaux et rivalités technologiques, Philippe Étienne propose un diagnostic sans complaisance : la démocratie n’est pas morte, mais elle exige un sursaut de volonté.

26 février 2026
1:00:52

« L' IA peut être dangereuse pour notre cerveau, notre raison, notre esprit critique, le libre arbitre, et surtout par la paresse intellectuelle qu'elle génère, hélas. On est menacé d'une régression contre laquelle il n'y a pas grand chose à faire. » Entretien avec l'écrivain Didier van Cauwelaert

Dans cet épisode de Contact, nous recevons l’écrivain et essayiste Didier Van Cauwelaert, lauréat du prix Goncourt, qui poursuit depuis plusieurs années une exploration singulière des frontières entre science, conscience et mystère du vivant. À l’occasion de la parution de son nouvel ouvrage L’Intelligence naturelle - Quand le génie du vivant surpasse l’IA, il propose un regard décalé sur notre fascination contemporaine pour l’intelligence artificielle, en la confrontant à quatre milliards d’années d’évolution biologique. « Je m’attache aux faits et aux liens », explique-t-il, revendiquant une démarche nourrie autant par la curiosité du romancier que par un travail minutieux de vérification. Loin d’opposer science et intuition, Didier Van Cauwelaert invite à reconsidérer ce que nous appelons « intelligence ». Selon lui, le terme est souvent mal compris : « L’intelligence, c’est mettre en évidence les liens entre les choses et en créer de nouveaux. » Des bactéries aux végétaux, il décrit un monde vivant capable d’adaptation, de communication et de stratégies complexes bien avant l’apparition des technologies humaines. « Nous sommes composés à 90 % de bactéries. Tout le monde l’oublie, mais c’est la réalité », rappelle-t-il, plaidant pour une humilité renouvelée face aux mécanismes du vivant. L’auteur explore les limites de l’IA, les découvertes troublantes de la recherche sur le comportement des plantes et des animaux, mais aussi les implications philosophiques de ces phénomènes. Entre vulgarisation scientifique, réflexion existentielle et récits étonnants, il appelle à conjuguer esprit critique et confiance : « Il faut être lucide… mais si vous n’êtes que lucide, vous êtes condamné à un pessimisme stérile. » Un échange qui questionne notre rapport au progrès, à la connaissance - et à ce que signifie réellement comprendre le monde.

19 février 2026
1:32:23

« J'ai dit que Le Devoir s'intéressait plus à la théorie du genre qu'à l'avenir du Québec, et je maintiens cette affirmation. » Entretien avec le chroniqueur Christian Rioux

Congédié quelques jours avant Noël après de longues années comme correspondant et chroniqueur du Devoir à Paris, Christian Rioux revient au micro de Contact pour raconter les coulisses d’une rupture qui dépasse son cas personnel. Plus qu’un différend professionnel, il y voit le symptôme d’un climat médiatique devenu plus polarisé, où certains points de vue deviennent difficiles à exprimer. « On m’a vraiment montré la porte », affirme-t-il sans détour, tout en rappelant que, selon lui, la question centrale reste celle de la pluralité des opinions dans l’espace public. « J’ai dit que Le Devoir s’intéressait plus à la théorie du genre qu’à l’avenir du Québec, et je maintiens cette affirmation. » Rioux évoque une société qui évite la confrontation d’idées et où le consensus prend souvent le pas sur la controverse. « À force de ne pas dire les choses, on finit par s’engueuler », observe-t-il, estimant qu’un débat ouvert permet au contraire d’apaiser les tensions. Pour lui, les médias ont choisi de se radicaliser plutôt que de chercher à refléter toute la diversité des sensibilités présentes dans la société. La montée en force de Donald Trump pendant la campagne présidentielle de 2016 serait un des points de bascule où les journalistes des médias traditionnels auraient choisi d’abandonner toute prétention à la neutralité pour faire une information engagée. La crise du Covid n’aurait qu’accéléré ce pari éditorial. Résultat des courses, une défiance grandissante pour une partie de la population à l’endroit de ces médias qui se disent « de référence ».

11 février 2026
1:20:06

100 milliards de bêtes abattues chaque année pour nourrir l'humanité. Doit-on mettre le véganisme au menu ? Entretien avec l'avocate et essayiste Suzanne Zaccour

Dis-moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es !  La consommation de viande animale trahit-elle autre chose que notre goût pour les protéines ? Suzanne Zaccour en est convaincue.  Docteure en droit de l’Université d’Oxford, avocate et essayiste, elle s’intéresse aux liens entre féminisme, antispécisme et alimentation. Autrice de La Fabrique du viol et du récent Pourquoi Trump ne mange pas de tofu ?, elle déconstruit les normes sociales qui façonnent notre rapport à la violence et au pouvoir que nous exerçons sur les animaux. Chaque année, 100 milliards de bêtes sont tuées pour satisfaire nos appétits. Une hécatombe qui viendrait aussi combler d’autres besoins. « La viande a un effet remasculinisant qui apaise l’ego des hommes fragilisés », avance-t-elle, s’appuyant sur des études sociologiques qui montrent une corrélation entre adhésion aux stéréotypes de genre et rejet du végétarisme.  Pour Suzanne Zaccour, le véganisme n’est ni une posture morale supérieure ni un dogme, mais un refus de participer à une violence qu’elle juge évitable. Question: faut-il alors interdire la consommation de protéines animales ?

04 février 2026
1:11:33

Le monde en crise: « Les Banques centrales ont maintenant, dans leurs voûtes, plus d'or que de dollars américains ! » Entretien avec le gestionnaire de portefeuille Sylvain Goulet

Gestionnaire de portefeuille et ingénieur de formation, Sylvain Goulet observe depuis des années la trajectoire singulière de l’or et de l’argent.  « Quand le casse-tête économique, financier et géopolitique devient d’une complexité inouïe, l’or redevient central », explique-t-il d’emblée, rappelant que ce métal demeure « la seule devise qui ne s’imprime pas ». L’entretien retrace l’histoire longue de l’or, depuis son rôle fondateur dans les systèmes monétaires jusqu’à la rupture de 1971, lorsque les États-Unis mettent fin à l’étalon-or. Goulet souligne à quel point cette décision a transformé notre rapport à la monnaie : « Le papier-monnaie tend toujours vers sa valeur intrinsèque, c’est-à-dire zéro », rappelle-t-il en citant Voltaire. Dans un monde dominé par l’endettement souverain et les monnaies dites fiat, l’or conserve selon lui une singularité : « Tout l’or produit depuis des milliers d’années existe encore quelque part ». La volatilité des marchés, la défiance envers les obligations, l’achat massif d’or par les banques centrales et l’envolée spectaculaire de l’argent sont aussi au menu de cette conversation qui intéressera tous les investisseurs. « Depuis quelques années, l’or a plus que doublé, et le silver a littéralement quadruplé », observe Sylvain Goulet, qui y voit moins une spéculation qu’un symptôme. « Ce n’est pas seulement de la peur, c’est l’opacité du monde qui se reflète dans le prix de l’or ».

29 janvier 2026
1:05:15

« Il faut comparer le Moyen-Orient depuis le 7 octobre 2023 à un jeu de dominos. On a balancé la première pièce et après on a eu tout un engrenage d'événements. » Entretien avec la journaliste Maya Khadra

Spécialiste reconnue du Proche et du Moyen-Orient, chroniqueuse régulière sur les plateaux d’information et professeure en communication à Paris, Maya Khadra répond à mes questions pour éclairer l’un des foyers géopolitiques les plus instables du moment : l’Iran. Alors que l’actualité régionale connaît de profonds bouleversements depuis le 7 octobre 2023, elle propose une lecture rigoureuse de la République islamique, de ses réseaux d’influence et des fragilités internes du régime. « Ce que nous vivons depuis le 7 octobre, c’est un véritable séisme régional, bien au-delà d’Israël et de Gaza », résume-t-elle d’entrée de jeu. Maya Khadra revient sur les fondements idéologiques du régime iranien, nés de la révolution de 1979, et sur la mécanique d’exportation de la révolution islamique, de Beyrouth à Sanaa, de Damas à Bagdad. Elle explique comment l’Iran a bâti un empire d’influence politique, militaire et financier, souvent sous-estimé en Occident, mais aujourd’hui fragilisé. « L’Iran a péché par orgueil. Il s’est cru intouchable », affirme-t-elle, évoquant l’affaiblissement des proxies iraniens, la chute de Bachar al-Assad et les effets cumulés des sanctions internationales.

22 janvier 2026
1:03:26
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« L'école ne permet pas l'émergence de l'intelligence, l'école est un instrument d'idéologie. » Entretien avec le philosophe Michel Onfray

Philosophe et essayiste prolifique, Michel Onfray ouvre l’année au micro de Contact pour une conversation où il reconnaît qu’après toutes ces années à débattre dans l’espace public, l’envie de faire silence l’habite parfois. Nous débutons l’entretien avec un clin d'œil à son travail de longue haleine consacré à Pierre-Joseph Proudhon, figure fondatrice et pourtant méconnue de l’anarchisme.  La discussion porte ensuite sur une réflexion plus large sur la politique contemporaine, la démocratie représentative et les impasses idéologiques actuelles. Onfray y questionne frontalement les notions de gauche et de droite, qu’il juge largement dévoyées, et assume ses ruptures : « Si être de gauche aujourd’hui, c’est être raciste, antisémite ou faire commerce du corps des femmes, alors ce n’est pas ma gauche ».  L’entretien prend une ampleur davantage anthropologique lorsque Michel Onfray aborde l’intelligence artificielle, l’école, la transmission et l’avenir même de l’humanité. Inquiet d’une délégation croissante de notre capacité de jugement aux machines, il met en garde contre une « atrophie de l’intelligence » et une perte du sens critique :  « L’école ne permet pas l’émergence de l’intelligence, l’école est un instrument d’idéologie. »

15 janvier 2026
1:33:23

« Le plus gros risque mondial aujourd'hui, ce ne sont pas les changements climatiques, ce sont les déplacements de populations. » Entretien avec le fondateur de GardaWorld Stéphan Crétier

À la tête de GardaWorld, géant mondial de la sécurité comptant plus de 130 000 employés et générant plus de 8 milliards de dollars de chiffre d’affaires, Stéphan Crétier évolue au carrefour du renseignement, de la protection et du pouvoir. Parti de presque rien, devenu milliardaire sans jamais, dit-il, avoir « pensé le succès en termes de dollars », l’entrepreneur québécois décrit un monde où la sécurité est désormais globale, intégrée, et profondément marquée par l’intelligence artificielle. « La sécurité, aujourd’hui, est holistique », affirme-t-il, évoquant aussi bien la protection des infrastructures que celle des grandes fortunes, des chaînes d’approvisionnement ou des zones de crise. Au cœur de l’entretien, Crétier dévoile les coulisses d’une industrie où l’anticipation est devenue la clé. Grâce à des outils d’IA développés notamment en partenariat avec Palantir, son groupe mise sur une « intelligence anticipative » capable de cartographier les vulnérabilités et de prévoir les risques avant qu’ils ne surviennent. « La réponse est probablement oui », concède-t-il lorsque Stéphan Bureau évoque Minority Report et la possibilité de prévenir certains crimes avant leur commission. Mais cette puissance prédictive pose aussi un vertigineux dilemme démocratique. Plus personnel, l’échange se conclut sur le parcours intime de Crétier : fils d’immigrants européens, marqué par la précarité, la mort précoce de son père et la fragilité des services publics. Sa réussite s’est construite dans une logique de survie autant que d’ambition. « On a le choix de lire le menu ou d’être au menu », résume-t-il, décrivant un monde qu’il juge « prédatorial », où l’Occident vit désormais retranché, assiégé, tandis que les inégalités de protection et d’accès aux soins explosent. Un constat lucide, parfois brutal, sur la sécurité comme nouveau révélateur des fractures contemporaines.

18 décembre 2025
1:25:03

« Le crime organisé veut exercer le pouvoir à distance ». Entretien avec Jean-François Gayraud, commissaire général de la police nationale

Commissaire général de police, ancien membre de la cellule de coordination du renseignement à l’Élysée, aujourd’hui directeur de l’Académie du renseignement, Jean-François Gayraud revient au micro de Contact pour explorer la face cachée du crime organisé. Auteur du récent Les sociétés du silence, il propose une lecture dérangeante mais lucide d’un monde criminel qui prospère d’abord sur l’invisible. Pour lui, l’angle mort majeur de notre compréhension n’est ni la violence, ni l’argent, mais le mutisme : « Ce qui est silencieux, ce qui est invisible… on ne le combat pas, tout simplement. » Au fil de l’échange, Gayraud déconstruit les illusions médiatiques et politiques entourant mafias, cartels et crimes en col blanc. Il rappelle que l'hyper-visibilité — comme celle de la « DZ mafia » marseillaise — ne représente souvent qu’une distraction. L’essentiel, dit-il, se joue ailleurs : dans des organisations matures qui préfèrent l’influence à la brutalité, la compromission à la terreur, la discrétion à la gloire. « Les territoires où le crime organisé devient hégémonique transforment les citoyens en sourds et en muets », explique-t-il, évoquant ces zones grises où souveraineté politique et pouvoir criminel s’enchevêtrent. L’entretien se fait plus large, plus sombre aussi, lorsqu’il aborde les dérives systémiques : la puissance réelle des cartels, les liens anciens entre États et mondes interlopes, l’usage stratégique du silence dans la finance comme dans la géopolitique. Sans paranoïa, mais sans naïveté, Gayraud rappelle que ces forces savent infiltrer, corrompre, se déguiser. Pourtant, il conserve une foi intacte dans l’État de droit : « J’ai toujours foi en mon église », dit-il, convaincu que la connaissance doit précéder l’action et que la lucidité demeure la seule voie pour « regarder derrière les apparences ».  Une conversation dense, grave et éclairante sur ce qui se voit… et surtout ce qui se tait.

11 décembre 2025
1:11:28

« On n'a pas besoin que vous soyez intelligent. Tout ce qu'on veut, c'est que votre temps de cerveau disponible soit présent le plus longtemps possible sur la plateforme. » Entretien avec l'économiste et essayiste Olivier Babeau

Olivier Babeau - essayiste, économiste, président du think tank Sapiens - déploie une réflexion ambitieuse sur le monde qui vient, dans la continuité de ses ouvrages La tyrannie du divertissement et Ne faites plus d’études. D’entrée de jeu, il raconte comment la révolution technologique bouleverse la hiérarchie traditionnelle des valeurs : « L’intelligence, qui était le truc le plus rare, est devenue une commodité », résume-t-il. Cette bascule affecte profondément l’école, le travail, l’accès à la compétence et la structuration des élites. Babeau avance une thèse dérangeante : l’IA ne bouleverse pas seulement l’économie, elle menace de transformer l’humain lui-même. Héritiers d’un « cerveau de chasseur-cueilleur » mal adapté au déluge technologique moderne, nous sommes vulnérables à la sédentarité cognitive et à l’économie de l’attention, qui « fabrique des crétins » en exploitant nos réflexes neurobiologiques les plus archaïques. Entre ceux qui utiliseront les technologies comme levier d’ascension et ceux qui s’y abandonnent comme à une prothèse, il voit se dessiner « deux humanités » : l’une disciplinée, l’autre happée par l’immédiateté. Enfin, l’auteur pointe la fragilisation des sociétés démocratiques, notamment par la surproduction d’élites diplômées mais sans débouchés, source d’amertume et de tensions explosives. L’université, selon lui, traverse une crise existentielle : massifiée, coûteuse, déconnectée. « Il n’y a plus d’excuse au fait de ne pas savoir », dit-il, rappelant que la connaissance est désormais à un clic de distance. Face à ce monde où les machines feront toujours mieux que nous, Babeau plaide pour un retour aux humanités, à l’esprit critique et à la formation d’un individu capable non seulement d’apprendre, mais de juger : car « la vraie valeur ajoutée, demain, ce sera de savoir aller plus loin que la machine ».

04 décembre 2025
1:07:46

« Quand les mœurs s'effondrent, les lois se multiplient » Entretien avec le sociologue Mathieu Bock-Côté

Au cours de l’entretien, Mathieu Bock-Côté revient sur son installation en France et sur la manière dont cela a fait évoluer son rôle intellectuel. Il explique avoir quitté l’enseignement universitaire pour s’engager pleinement dans le débat public, se décrivant désormais comme un « éditorialiste engagé » dans un moment qu’il juge déterminant pour l’histoire politique française. Nous serions en train de vivre aujourd’hui la fin du cycle ouvert en 1989 avec la chute du mur de Berlin et l’entrée dans une nouvelle époque où les questions nationales et identitaires redeviennent centrales. MBC analyse la montée des mouvements qualifiés de « populistes » en Occident, non pas comme une dérive radicale, mais comme une « révolte » populaire contre un ordre politique qui cherche à se maintenir. À ses yeux, les élites institutionnelles perçoivent ces mobilisations comme des menaces à contenir plutôt que comme des expressions légitimes du débat démocratique. Dans certains pays, l’architecture juridique et administrative tendrait même à empêcher l’alternance politique réelle, ce qui alimente encore davantage la défiance citoyenne. Enfin, il aborde la situation québécoise et la possibilité d’un retour de la question de l’indépendance dans un contexte international en mutation. Il estime que la conjoncture pourrait créer une « fenêtre d’opportunité » pour le mouvement souverainiste, notamment parce que certains acteurs politiques américains pourraient y voir un intérêt géopolitique. Pour lui, cette hypothèse s’inscrit dans un mouvement plus global de « réveil des peuples » face à une crise du modèle politique occidental.

27 novembre 2025
1:22:13

« C'est comme si depuis 40 ans, nos dirigeants voulaient installer l'instabilité. Ils appellent ça fluidité, mobilité, flexibilité, et ça empêche les gens de dormir la nuit. » Entretien avec l'homme politique français François Ruffin

François Ruffin est à ranger dans la catégorie des politiques atypiques. Homme de gauche, il refuse de se faire épingler une étiquette. Après avoir marché aux côtés de Jean-Luc Mélenchon chez les Insoumis, il a rompu le cordon, incapable peut-être de se soumettre aux diktats d’un chef. Journaliste devenu député de la Somme, fondateur du journal Fakir et réalisateur de Merci Patron, François Ruffin rappelle d’emblée d’où il vient : un territoire meurtri par les délocalisations et longtemps ignoré par les médias. « Il est certain que je suis né par la critique des médias, moi », dit-il, en évoquant ces années où « je voyais partir les usines de chez moi […] et on n’en disait rien ». C’est ce silence qui l’a poussé à créer son propre journal et à adopter un regard frontal sur la réalité sociale : « Je suis rentré dans le journalisme par ce que j’ai considéré comme étant un mensonge par omission, un mensonge géant par omission. » Au fil de l’entretien, Ruffin laisse aussi apparaître un territoire plus intime : celui d’un homme façonné par l’expérience de l’humiliation. « Je ressens vachement fort l’humiliation… j’ai comme des antennes qui vibrent à l’humiliation », confie-t-il. Cette sensibilité devient chez lui un ressort politique majeur, qui donne son sens à son travail de représentation : « Représenter ceux qui ne sont pas représentés. » Une mission qui s’enracine dans sa propre histoire familiale et dans ce qu’il appelle son « cœur à gauche ». Ruffin décrit la mondialisation comme la grande fracture politique du dernier demi-siècle : « La mondialisation trace comme un fil à couper le beurre entre les vainqueurs et les vaincus. » Il reproche à la gauche d’avoir fermé les yeux sur cette réalité et d’avoir manqué de courage : Elle « a nié ces enjeux », laissant aux populismes de droite le soin de capter la colère.

20 novembre 2025
1:03:59
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« Je pense que d'une manière inconsciente, je me suis auto-saboté. » Entretien avec Guillaume Lemay-Thivierge

Three strikes and you're out. Trois prises. « J’ai été tassé complètement de mon milieu artistique, de ma vie de travail, je n’ai plus eu accès à absolument rien. » Guillaume Lemay-Thivierge a été retiré au bâton et envoyé directement aux douches, avec l'ordre de ne plus se présenter sur le terrain. C'était en mars 2024. Après avoir refusé de se faire vacciner, l'interruption d'un Gala des Gémeaux et la publication d'un post qui se voulait « drôle » sur ses réseaux où il enlace un bouleau sur lequel est gravé le mot « nègre », le populaire comédien est annulé. Canceled. Ses excuses et son explication ne passent pas la rampe. Dix-neuf mois plus tard, il accepte, pour la première fois, de répondre à toutes les questions, sans faux-fuyants. « Je pense que d’une manière inconsciente, je me suis auto-saboté. » Une rencontre où je lui expose mes doutes — j'en ai —, et qui révèle une histoire, avec ses nombreux rebondissements, beaucoup plus complexe qu'elle n'y paraît.

12 novembre 2025
1:06:43

« Les femmes veulent un homme gentil et simple 28 jours dans le mois, et trois jours dans le mois, un tueur » Entretien avec l'écrivaine Nancy Huston

Dans cet entretien, Nancy Huston revient sur la réception houleuse de son plus récent essai, Les Indicibles, accusé par certains milieux néo-féministes d’essentialisme. Huston y voit pourtant une tentative de réhabiliter la biologie comme composante fondamentale de la condition humaine et des rapports entre les sexes. Selon elle, la négation des différences biologiques entre hommes et femmes empêche de comprendre la réalité des comportements sexuels et des dynamiques de pouvoir, notamment la persistance des violences et des malentendus amoureux. Elle affirme que le désir, loin d’être purement individuel, reste enraciné dans la reproduction et la continuité du vivant. Cette position, qu’elle qualifie de « contre-intuitive » dans un monde hyper-individualiste, s’oppose aux approches culturelles qui, selon elle, ont fini par devenir quasi religieuses. En rappelant la part animale, instinctive et biologique du rapport entre les sexes, Huston plaide pour une lucidité nécessaire afin d’éviter que l’humanité ne se déconnecte complètement du réel. L’écrivaine déplore le boycott médiatique dont son livre a fait l’objet - signe selon elle d’un climat intellectuel où certaines idées ne peuvent plus être discutées sans être disqualifiées. Refusant de répondre à ses détracteurs, Huston affirme que Les Indicibles constitue en soi sa réponse : une défense du dialogue et de la complexité face à une époque qu’elle juge intolérante à la nuance.

06 novembre 2025
1:15:07

Le scepticisme opportuniste : « Puisque je ne sais pas ce qui est vrai ou faux, autant croire ce qui m'arrange » Entretien avec le sociologue Gérald Bronner

À l’heure de l’intelligence artificielle et de la prédominance des réseaux sociaux, il devient de plus en plus difficile pour le citoyen de distinguer le vrai du faux dans le monde virtuel. Les théories complotistes et les fake news se multiplient, créant un chaos qui embrouille les esprits au lieu de les éclairer.  Alors que nous avons connu beaucoup de « post-vérité » en 2016 lors de la première élection de Donald Trump, le sociologue Gérald Bronner parle dans son livre À l’assaut du réel de « post-réalité ». « Nous vivons dans la même société, mais plus tout à fait dans le même monde », s’inquiète-t-il. Cela a pour effet de fracturer le socle commun, puisque la société se divise non plus sur des opinions, mais sur des faits.  Cela dit, le constat n’est pas que négatif. Sur le plan historique, les sociétés devenues trop complexes ont tendance à s’effondrer, et Bronner croit que l’IA pourrait précisément simplifier nos modes d’organisation. Mais saurons-nous utiliser cette technologie intelligemment, pour le bien commun ?  En regardant vers les États-Unis, Gérald Bronner s’inquiète de la rapidité à laquelle tout peut s’effondrer et de la manière dont une société peut sombrer dans une forme de tyrannie démocratique. Sommes-nous aussi menacés ?

30 octobre 2025
1:12:33

« Normalement, on est capable de faire des prévisions sur 2, 3, 5 ans. En ce moment, quand tout peut changer avec un tweet, il faut reconnaître qu'il y a une incertitude qu'on n'a jamais connue. » Entretien avec l'économiste et prévisionniste François Trahan

Dans cet épisode, l’économiste et prévisionniste François Trahan revient à Contact pour une troisième participation très attendue. Sa parole suscite toujours un vif intérêt depuis ses déclarations marquantes sur les risques de crise économique et financière en 2024. Il revient sur l’évolution du contexte mondial, les décisions controversées de la Fed et les conséquences structurelles d’une économie américaine toujours plus endettée. François Trahan analyse les grands bouleversements récents : le retour des politiques tarifaires américaines, la fragilité du marché de l’emploi et l’impact des changements démographiques sur l’inflation. Il met aussi en lumière l’incertitude exceptionnelle qui règne sur les marchés où un simple tweet présidentiel peut désormais ébranler l’équilibre économique mondial. Pour lui, les prochains mois seront marqués par un paradoxe : des marchés boursiers dopés à court terme, mais bâtis sur des fondations structurellement fragiles. Enfin, le prévisionniste aborde les transformations profondes du système économique liées à l’intelligence artificielle et à la transition énergétique. Si ces innovations portent une promesse de productivité, elles pourraient aussi accentuer les inégalités et générer de nouvelles pressions inflationnistes. Fidèle à sa vision lucide, Trahan conclut que nous vivons une époque « formidable » au sens plein du terme : extraordinaire, complexe et potentiellement périlleuse.

23 octobre 2025
1:10:56

« Les populistes parlent au peuple, et ceux qui ne parlent pas au peuple semblent décontenancés à l'idée que le peuple existe » Entretien avec le professeur de criminologie Alain Bauer

Alain Bauer propose une lecture critique de l’histoire française et de la géopolitique mondiale. Selon lui, la France n’a jamais connu de transformations politiques majeures sans violence. De la Révolution française à Mai 68, en passant par la décolonisation, l’État n’a jamais négocié avant que la contestation ne devienne irréversible. « L’État a peur de la négociation, il veut se montrer fort », explique-t-il. Cette culture du rapport de force façonne encore aujourd’hui le rapport des citoyens aux institutions et à la politique. Pour Bauer, la violence est souvent, et malheureusement, dans l’histoire inévitable. Elle a permis aux Français de devenir citoyens et de construire une démocratie. Le progrès social, en France comme ailleurs, passe souvent par des crises et des confrontations, plutôt que par des processus doux. Le criminologue se tourne ensuite vers la scène internationale. Le monde est devenu multipolaire, avec le retour ou l’émergence de puissances comme la Russie, la Chine, la Turquie ou l’Iran. La Chine, pour sa part, combine technologie avancée et masse militaire pour démontrer sa puissance, notamment vis-à-vis de Taiwan et des États-Unis. Washington et l’OTAN, en retard sur les technologies militaires comme les drones, peinent à interpréter ces démonstrations de force.  Pour Bauer, la diplomatie contemporaine se caractérise par la volonté de gagner plutôt que de négocier, quand comprendre les intentions et l’histoire des acteurs est essentiel pour anticiper les crises. Entre analyse historique et prospective géopolitique, Alain Bauer offre ainsi une réflexion éclairante sur le rôle de la violence, de l’État et des rapports de force dans le monde d’aujourd’hui.

16 octobre 2025
55:21

« La posture apocalyptique n'a pas de valeur explicative ni analytique ». Entretien avec le géopolitologue Frédéric Encel

Le monde s'embrase, des fronts ukrainiens aux rivalités dans le Pacifique, et la peur d’une escalade totale est devenue un lieu commun. Pourtant, notre invité, le géopolitologue, essayiste et professeur à Sciences Po, Frédéric Encel, coupe court à la panique. Pour lui, la Troisième Guerre mondiale n’aura pas lieu, à court ou à moyen terme, car il manque un facteur fondamental : l’absence d’alliances militaires globales qui pourraient déclencher la logique domino du « syndrome de l’été 14 ». Nous décortiquons, avec sa grille de lecture, les foyers de tension actuels. Encel révèle le danger de ces forces qui, en France comme ailleurs, sont des « forces du chaos », fascinées par l’impérialisme et la violence. Il analyse la guerre en Ukraine, insistant sur le fait que Vladimir Poutine n'agit que par calcul et en prenant de faibles risques. Il pose une dure réalité sur la table : face aux nationalismes irréconciliables en présence, la perspective d'une nation ukrainienne sans la Crimée est une issue incontournable que la diplomatie devra pourtant envisager. Cette leçon de clarté s'étend jusqu'aux derniers plans de paix à Gaza. Frédéric Encel compare la « guerre des plans » pour Gaza : tandis que le plan français est davantage un simple « discours » sur la nécessité de deux États, le plan de Donald Trump comporte des propositions « plus concrètes, plus abouties ».  Il constate un basculement de l’opinion américaine frappée par les images de destruction à Gaza, mais rappelle la nature « très évanescente » de l’émotion occidentale.  Une conversation essentielle pour décrypter un monde où les analyses se succèdent, mais où les fondamentaux, eux, changent si lentement : comme le rappelle Encel, de la bataille de Kadesh à l'ère des drones, « il y a une course permanente vers l’avantage », et jamais vers l'immobilisme.

09 octobre 2025
1:09:32
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« Nous vivons la période la plus dangereuse de l'histoire de l'Europe et de l'humanité ». Entretien avec le diplomate Vladimir Fédorovski

IMPORTANT: Entretien enregistré il y a 15 jours, avant les intrusions répétées dans l'espace aérien de plusieurs pays de l'OTAN.  Le conflit ukrainien dure maintenant depuis trois ans et demi. Alors que les tentatives de médiation échouent et que la guerre s’enlise, une question se pose : et si la lecture occidentale de la Russie était erronée depuis le début ? Notre invité, Vladimir Fédorovski, est un familier des plateaux de télévision en France. Diplômé de l'Institut des relations internationales de Moscou et ancien diplomate soviétique, il a été au cœur des événements, au plus près de Mikhaïl Gorbatchev, au moment de la Perestroïka. Né d’un père russe et d’une mère ukrainienne, ce prolifique auteur, connu pour des livres comme « Le Roman du Kremlin » ou « Poutine, l’itinéraire secret », apporte un éclairage unique. Dans cet entretien, il critique le manque de nuances de plusieurs médias et expose une vérité qui dérange : les relations entre Moscou et Washington n’auraient jamais été aussi tendues que sous la dernière administration Biden. Une discussion sur l’histoire, les dessous de la diplomatie et le futur de la géopolitique.

25 septembre 2025
1:13:15

Enfant-roi : « Aujourd'hui, ça peut prendre jusqu'à 35 ans pour devenir adulte ». Entretien avec le chercheur Samuel Veissière

Intolérance à l’endroit de la diversité d’opinion, polarisation, cancel culture : les maux de notre époque viendraient-ils d’un modèle d’éducation défaillant ?  Alors que les mots comme « fragilité » et « vulnérabilité » sont devenus des étendards moraux, l’anthropologue et clinicien Samuel Veissière, de retour au micro de Contact pour une deuxième fois, nous invite à un voyage aux origines de notre époque formidable ! Son essai, Homo Fragilis, explore une thèse audacieuse : notre espèce a été façonnée non par la force, mais par le soin et l’interdépendance. Mais cette fragilité, qui a fait de nous une espèce unique, peut aussi se retourner contre nous. Son travail nous pousse à examiner les racines de ce que notre invité appelle la culture de la fragilité, qui s’est élevée sur le terreau d’une jeunesse surprotégée par une « parentalité positive ». Cette approche, qui a troqué l’autorité pour l’écoute, a pu se transformer en un culte de « l'enfant-roi » , incapable de tolérer la frustration. Dans cette dynamique, les rapports de couple s’enlisent dans une « syndicalisation des émotions » et une compétition de la souffrance.  C'est dans ce contexte que la détresse masculine émerge comme un sujet brûlant. Au-delà des discours sur le « patriarcat », Samuel Veissière nous force à considérer les racines profondes de cette angoisse, liée à la « jetabilité masculine », où les hommes sont plus nombreux à mourir ou à être sacrifiés.   Samuel Veissière est professeur associé au département de psychologie de l’UQAM.

18 septembre 2025
1:21:03

Transidentité: «Ouvrir les têtes avant d'ouvrir les corps». Le cri du cœur de l'ex-sexologue Jocelyne Robert

Dans notre monde où la sexualité est omniprésente, mais où les conversations sur le genre et l'identité sont devenues particulièrement délicates, le rôle des “experts” est souvent difficile. Jocelyne Robert a été une voix, une pionnière de l'éducation sexuelle au Québec. Par ses livres et ses interventions médiatiques, elle a ouvert la porte à des conversations sur le couple et l'intimité, avec une franchise rare. Pourtant, cette figure du débat public a récemment choisi de démissionner de l'Ordre professionnel des sexologues du Québec. Sa décision fait suite à une série de différends avec le syndic de son Ordre, particulièrement sur des questions touchant à la transidentité. Alors que ses prises de position publiques étaient critiquées pour leur manque de nuance, elle a défendu son droit à la liberté d'expression, considérant l'intervention de l'Ordre comme une tentative de censure. Sa démission soulève une question essentielle : à l’ère des débats passionnels, où se situe la frontière entre l’expert qui soulève des enjeux et l’institution qui protège et régule ?

03 septembre 2025
1:24:56

« Comment expliquer que les grands projets coûtent trois ou quatre fois plus cher au Québec ? » Entretien avec Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti Québécois

Le scandale SAAQclic ne serait-il que la pointe d’un iceberg autrement plus inquiétant ? Près de 15 ans après le début des travaux de la Commission d’enquête Charbonneau, les coûts de construction au Québec inquiètent beaucoup Paul St-Pierre Plamondon.  Le chef du Parti Québécois estime qu’il s’agit peut-être de  “complaisance intentionnelle”  dans l’attribution des contrats, manière prudente de parler de corruption. Le chef et le PQ trônent dans les sondages depuis plus d’un an et demi alors que la souveraineté qu’il veut mettre au centre de son programme est loin d’obtenir une majorité. L’ambition de Donald Trump de faire du Canada le 51e État américain pourrait-elle favoriser le calcul de PSPP ? Au cours de l'entretien, il aborde les rapports souvent difficiles des politiques avec les médias, réfute l’idée que l’immigration soit la seule solution aux problèmes de main d'œuvre et décrit l’influence de l'Église luthérienne sur sa manière de voir le monde !

12 juin 2025
1:24:12

Mineurs transgenres : « Il y a des modifications cérébrales qui se produisent à la puberté qui n'auront pas lieu pour eux. » Entretien avec l'écrivaine Claude Habib

Avez-vous l’impression de marcher sur des œufs quand vous essayez de faire l’état des lieux dans les rapports entre les sexes ? La tempête #metoo a-t-elle changé durablement et positivement la dynamique entre les hommes et les femmes ? Le mouvement trans est-il allé trop loin ? Poser la question est-il même une transgression, une forme de provocation ? L’auteure et professeure émérite, spécialiste de la littérature du XVIII, Claude Habib n’hésite pas à prendre frontalement les enjeux les plus explosifs de notre époque formidable. Dans son plus récent essai, Le privé n’est pas politique, elle rappelle les risques, grands, de transformer en champ de bataille nos zones de vie privée les plus intimes.

22 mai 2025
1:14:44

« On a besoin plus que jamais de rassembler les Québécois nationalistes pour faire pression sur Ottawa, pour réduire le nombre d'immigrants ». Entretien avec le premier ministre du Québec François Legault

Le premier ministre du Québec, François Legault, accepte rarement d'accorder de longs entretiens. Il nous dira d'ailleurs entretenir une relation difficile avec les médias qu'il estime être souvent « négatifs ». Malgré ces réserves, l'homme de la CAQ ouvre son jeu et accepte de parler très candidement de son bilan, mais surtout de ce qu'il veut accomplir au cours des prochaines années. À l'horizon, le premier ministre ne cache pas qu'un affrontement se dessine avec les médecins du Québec. Un moment de vérité que tous les gouvernements des 25 dernières années auraient choisi de repousser.  « C’est pas vrai que j’vais avoir passé 6 ans et demi sans avoir réglé ce qui a de plus important à régler en santé. » La capacité réelle d'intégrer de nouveaux arrivants et le danger d'oublier nos « valeurs communes » animent le premier ministre, convaincu qu'il y a péril en la demeure. Il refuse catégoriquement l'étiquette de « nationaliste identitaire » qui lui est parfois accolée. Il revient sur sa rencontre avec le président Trump en décembre dernier et estime que le Québec pourrait sortir gagnant de la guerre commerciale que nous livrent les américains.

15 mai 2025
1:24:47
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« On assiste à quelque chose comme une révolution anthropologique, c'est-à-dire une révolution des repères de l'existence humaine. » Entretien avec le philosophe Marcel Gauchet

Marcel Gauchet est l’un des plus grands intellectuels français de sa génération. Un homme de conviction qui ne vit surtout pas dans sa tour d’ivoire. Philosophe, sociologue et historien, son travail, depuis une cinquantaine d’années, permet de mieux comprendre les commotions qui traversent nos sociétés modernes. Le désenchantement du monde: une histoire politique de la religion est un des livres socle de son œuvre. Il pose une question dont l’écho n’en finit pas de nous hanter; l’Occident, sorti de la religion est-il gagnant ?  « La vraie fracture, profonde, géopolitique du monde d’aujourd’hui, est entre cet Occident qui ne comprend plus la religion et des sociétés qui, sans être nécessairement pétries de religiosité, continuent de vivre selon des repères fondamentalement issus du monde sacré. Ce dialogue de sourd à l’échelle planétaire est ravageur. Les occidentaux ne comprennent pas le monde. Ils ont fabriqué la mondialisation et ne comprennent pas le monde mondialisé. » Son plus récent essai, Le nœud démocratique, aux origines de la crise néolibérale associe la crise politique d’aujourd’hui aux dérives néolibérales qui ont dépossédées une portion importante de nos populations. Il soulève un enjeu clé qui risque de choquer ; l’État de droit, si souvent évoqué depuis quelque temps, est-il vraiment le garant de la démocratie ?

08 mai 2025
1:06:02

Suaire de Turin et Sainte Tunique : «  Je ne vois pas comment on peut démontrer que ces reliques ne sont pas en correspondance ». Entretien avec l'historien Jean-Christian Petitfils

Jean-Christian Petitfils est un auteur prolifique qui a consacré plusieurs livres aux grands rois de France. Ces dernières années, il s’est intéressé aux Saintes reliques du christianisme, plus particulièrement à la Sainte Tunique d’Argenteuil et au légendaire Saint Suaire de Turin. Ces artefacts font l’objet d’immenses débats dans la communauté scientifique et continuent d’être étudiés par des chercheurs dans tous les domaines. Jean-Christian Petitfils est lui convaincu, il n’y a plus aucun doute : les recherches démontrent que ces reliques sont authentiques, et prouveraient l'existence historique de Jésus. Le suaire de Turin et l’image imprimée que l’on découvre à la faveur des premières photos faites en 1898 est indiscutablement un des mystères les plus intrigants qui est posé à la science.Petitfils reconnaît volontiers qu’il est un homme de foi mais refuse que celle-ci ait pu contaminer son travail d’enquêteur. « Je vous ai dit, pour moi, ce n’est pas une question de foi, c’est une question d’enquête historique et scientifique. Et là, je ne vois pas comment on peut démontrer que ces 3 reliques ne sont pas en correspondance, d’abord, et puis ces 3 reliques n’ont pas été en contact avec un seul homme. »

01 mai 2025
1:11:30

Métropoles du XXIème siècle : « Des espaces homogènes socialement où les catégories modestes n'ont plus leur place ». Entretien avec le géographe Christophe Guilluy

Christophe Guilluy alerte depuis plusieurs années du danger de fracture qui sépare les gens  « d’en bas » et les gens « d’en haut ». Il ne faut plus chercher à gauche ou à droite les réponses aux crises qui traversent nos fragiles démocraties. Les classes populaires, partout, se sont affranchies de ces vieilles étiquettes politiques qui ne les représentent plus. Les vrais frontières politiques sont d’abord inscrites dans la géographie, le territoire, qui oppose les villes à ce que Guilluy appelle la périphérie.  « Les cartes, en France, mais aussi en Europe occidentale, quand vous les regardez bien, elles tendent toujours à survaloriser les très grandes villes, les métropoles, et à invisibiliser le reste. C’est cette idée qui est rentrée dans la tête de la technostructure et la bourgeoisie d’aujourd’hui: la population, les classes populaires n’existent plus. » Dans un essai très prophétique, La France périphérique, paru en 2014 , Christophe Guilluy donnait déjà les clés pour comprendre le monde qui se dessine depuis quelques années. Toute la classe politique française avait salué l'acuité de son diagnostic … sans jamais en prendre acte. Le mouvement des camionneurs pendant la crise du Covid au Canada ou les Gilets jaunes en France n’étaient que les symptomes annoncés d’un conflit plus violent que le géographe pense, malheureusement, inévitable entre les élites métropolitaines, donneuse de leçons, et le monde d’en bas, celui de la périphérie. Christophe Guilluy publiait cet hiver Metropolia et Périphéria, un voyage extraordinaire.

24 avril 2025
1:18:31

« Hong Kong, ce sera beaucoup plus gros que Wall Street dans 20 ans »  Entretien avec Charles Gave, fondateur de l'Institut des libertés.

Est-ce la fin du roi dollar ? La guerre commerciale amorcée par Donald Trump peut-elle entraîner le monde vers une dépression économique ? Avez-vous fait les bons choix d’investissement ? Dans une nouvelle entrevue, Charles Gave donne son point de vue sur les grands bouleversements auxquels nous assistons dans le système monétaire et commercial international. La politique de Donald Trump rebat les cartes et force le monde à se repenser.  Pour le gestionnaire de fonds qui suit les marchés depuis plus de 40 ans, les États-Unis se retrouvent de plus en plus isolés au profit de la Chine et de l’Asie.  Le règne du dollar US est désormais contesté et annonce la fin de Wall Street comme première place financière du monde, bientôt remplacée par Hong Kong.

17 avril 2025
1:12:06

Trump contre le reste du monde : « La loi du plus fort, ça peut prendre la forme d'une guerre commerciale, ça peut prendre la forme d'une guerre. » Entretien avec Olivier Blanchard, économiste

Face à la guerre commerciale lancée par le président des États-Unis Donald Trump, le monde entier prend la mesure du choc déclenché. Les tempêtes boursières des derniers jours annoncent-elles une grave crise économique, une dépression ? Après avoir carburé aux bienfaits du “doux commerce” depuis une trentaine d’années, l’imposition de droits de douane tous azimuts vient gripper la mécanique jusqu’ici bien huilée de la mondialisation.   Pour mieux comprendre ce moment pivot, nous recevons Olivier Blanchard, économiste, longtemps professeur au Massachusetts Institute of Technology, à Harvard et ancien économiste en chef au FMI.  Selon lui, des risques bien réels sur l’économie mondiale sont causés par l’incertitude provoquée par les politiques américaines. Olivier Blanchard estime que si les tarifs peuvent être bénéfiques lorsqu’ils sont appliqués intelligemment, la méthode Trump fera beaucoup de dommages.  En France, cette guerre commerciale risque même d’accélérer une crise budgétaire qui pourrait forcer le FMI à intervenir.

10 avril 2025
59:56

Crise climatique : « On est dans un syndrôme de l'autruche complet » Entretien avec Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes

Marine Tondelier, « l’autre Marine » de la vie politique française, est la Secrétaire nationale des Écologistes depuis décembre 2023. Pugnace et animée d’un redoutable sens de l’humour, la femme à la veste verte ne risque pas de la retourner sur les grands enjeux qui l’animent ! Le monde serait à un point de bascule, l’avenir des plus jeunes directement interpellé. « Les enfants qui naissent cette année, personne ne peut leur garantir que la planète sera encore habitable dans 30 ans. Ce qu’on prépare à nos enfants, c’est une planète à +4 degrés en 2100. » Dans cet entretien la dame en vert revient sur son parcours personnel et défend ce combat politique, existentiel. « Sur les neuf limites planétaires, il y en a déjà six, voire sept qui sont déjà dépassées. Et ces limites planétaires, elles sont irréversibles. C’est comme quand une espèce disparaît, alors une espèce en voie de disparition, on peut parfois arriver à la régénérer, une espèce disparue, elle est disparue. Jurassic Park ça n’existe que dans les films ! »  Faut-il interdire la consommation de viande pour sauver la planète ? Les fameuses Zones à Faibles Émissions sont-elles une bonne idée pour réduire la pollution ? L’entente de libre-échange entre l’Union Européenne et le Canada doit-elle être ratifiée par l’Assemblée nationale ? Marine Tondelier répond à toutes ces questions et à beaucoup d’autres dans cet entretien mené… au grand galop !

03 avril 2025
56:34
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« Je suis complètement perdu sur cette Terre, c'est d'ailleurs pour ça que j'écris. » Entretien avec l'écrivain Frédéric Beigbeder

Frédéric Beigbeder ne fait pas consensus, c’est le moins qu’on puisse dire. Il refuse cependant l’étiquette de provocateur. Chroniqueur littéraire au Figaro, il est l’auteur de plusieurs romans qui lui ont valu la réputation d’écrivain polémique, au style caustique. Reconnu pour son image de fêtard, il dit aujourd’hui préférer le silence des monastères. La fête permanente n’était-elle donc qu’une fuite ? Beigbeder confie ses prises de conscience des dernières années, qui l’amènent à réfléchir à sa génération et à notre époque. Derrière cette expression de « drague à la française » aux allures de licence, il tente de penser la séduction à l’ère post-Me Too. Exercice audacieux après avoir été accusé d’agression sexuelle, une affaire classée sans suite par la Justice française. « C’est un rééquilibrage nécessaire, il faut maintenant que les femmes prennent le pouvoir », dit-il.  Il y a quelques années, il publiait Confessions d’un hétérosexuel légèrement dépassé, un livre qui a déclenché une très violente campagne pour le faire taire. Intimidations, manifestations, sa maison familiale a même été taguée alors que ses enfants y dormaient. C’est à ce moment qu’il prend la pleine mesure du danger de la cancel culture, qu’il assimile à une forme de totalitarisme.  Frédéric Beigbeder vient de publier Un Homme seul, portrait impudique et très émouvant de son père distant.

27 mars 2025
1:04:38

« Les grandes saloperies dans l'histoire humaine se font presque toujours au nom du bien. » Entretien avec l'écrivain Alexandre Jardin

Alexandre Jardin a d’abord bâti sa réputation avec des romans qui ont rapidement conquis un vaste public. De Bille en tête, en passant par Le Zèbre, Le Zubial ou encore L’Île des gauchers, le prodige des lettres françaises accumule les succès. Le jeune premier de la littérature a cependant fait place, depuis 2015, au citoyen engagé. Une sortie côté cour pour revenir à Jardin ! Il s’engage dans l’aventure politique, par le haut, en tentant de recueillir les 500 signatures de parrainage requises pour se présenter aux élections présidentielles. L’opération n’aboutit pas mais marque un changement pour Alexandre Jardin. Émancipé du « mépris de classe » d’une certaine élite parisienne, il part à la rencontre du peuple français.Il s’intéresse aux injustices qui frappent les gens d’en bas, et s’engage auprès de ces oubliés, les « gueux ». « Cela fait assez longtemps que je vois fonctionner ce système assez déconnecté avec un peuple qui va de plus en plus vers les extrêmes et qui se radicalise, parce que les gens sont en colère. On les traite de nazis, ils ne le prennent pas très bien, dans la réalité c’est pas ça, c’est une colère, une vraie colère. » Une colère qui pourrait s’accélérer avec la création de Zones à Faibles Émissions et rendra bientôt plusieurs villes inaccessibles aux voitures jugées trop polluantes. Une mesure vertueuse, verte, qui pénalise des millions de Français parmi les plus pauvres, incapables de changer de voiture pour adhérer aux nouvelles règles. De la discrimination sociale au nom de la menace écologique. Cherchez l’erreur.

20 mars 2025
1:12:28

« C'est presque louche de ne pas être traité de fasciste de nos jours. » Entretien avec Jean Birnbaum, journaliste et essayiste

Jean Birnbaum est journaliste et dirige depuis 2011 le Monde des livres, supplément hebdomadaire du journal Le Monde. Homme de gauche, il s’interroge sur la place de la nuance dans nos sociétés polarisées, tout particulièrement dans les médias qui ne sont pas les arbitres neutres du débat.  L’heure est aux injonctions, nous sommes sommés de choisir notre camp. Dans les guerres idéologiques qui nous déchirent, on ne prend pas de prisonniers ! Quelle place alors pour réfléchir avec nuance ? Peut-on même prendre le risque de penser contre soi pour essayer de mieux comprendre l’autre ? Dans notre entretien, Jean Birnbaum reconnaît volontiers qu’il a lui-même succombé à cette tentation dans son travail au Monde des livres. C’est peut-être cette appréhension de ses propres angles morts qui lui donne envie d’écrire Le courage de la nuance en 2021. Un livre qui invitait au dialogue alors que nous étions à couteaux tirés depuis plusieurs mois en raison de la pandémie. « La nuance, c’est tout sauf de la tiédeur. C’est une capacité à être mobile, à bouger par rapport à ses propres préjugés, à ses propres idéologies, à remettre du jeu dans ses arguments, dans sa vie. » En 2023, il publiait Seuls les enfants changent le monde, aux éditions du Seuil, un essai sur le pouvoir miraculeux de la naissance d’un enfant dans l’existence de ceux qui choisissent d’en faire. Face à une génération réticente à l’idée de fonder une famille, Birnbaum plaide pour l’intrusion subversive de la vie !

13 mars 2025
1:10:30

« Le rôle d'un diplomate c'est de parler avec des gens qui ont du sang sur les mains ». Entretien avec le journaliste Régis Le Sommier

Régis Le Sommier est journaliste, grand reporter, longtemps au service de Paris Match dont il a aussi été le rédacteur en chef adjoint avant d’en être congédié en 2021. Un désamour entre lui et l’équipe éditoriale qui s’amorce, peut-être, après avoir décroché un entretien exclusif, un scoop dans le jargon, avec le président syrien, Bachar al-Assad.  Le journaliste aurait été trop complaisant avec un dictateur qui avait du sang sur les mains. “Ce qui m’a surpris, et je vous le dis du fond du cœur, c’est de m’en prendre autant plein la figure simplement pour avoir tendu un micro à un dictateur. Je n’ai jamais, dans mes questions, été d’une quelconque façon indulgent avec Bachar al-Assad.  J’ai cherché à comprendre les motivations du personnage pour mener l’action qu’il menait.  Au lieu de juger les réponses de Bachar al- Assad, ou de les critiquer, certains confrères, mais aussi des politiques, s’en sont pris à moi.” Le vers était probablement dans le fruit.  La suite du parcours de Le Sommier le mène à animer son propre média, Omerta, un nom en forme de programme. Une certaine loi du silence serait-elle une règle tacite du métier de journaliste ? Régis Le Sommier semble poser la question. Se portant à la défense d’un journalisme qui écoute les points de vue de tous les camps, on l’a accusé plus récemment d’être pro-russe.  Un passage au média Russia Today n’a certainement pas contribué à faire taire ceux de ses collègues qui ont instruit son procès. Au cours de sa longue carrière, Régis Le Sommier a couvert de nombreuses guerres, en Irak, en Afghanistan, en Syrie, et en Libye, entre autres. Il est l’auteur de plusieurs livres. Le plus récent, Qui est le diable,  l’autre ou l’Occident ? vient de paraître aux éditions Max Milo.  Il pose une question importante: Si l’ennemi d’aujourd’hui est l’ami d’hier, peut-il redevenir un ami demain ?

06 mars 2025
1:20:42

« Avant 68, on pensait que l'individu devait quelque chose à la société. Après 68, on pense que la société doit quelque chose à l'individu. » Entretien avec l'historien et journaliste Jean Sévillia

Jean Sévillia est historien et journaliste, il fait une une bonne portion de sa carrière au Figaro magazine. Auteur de plusieurs livres, il s’attaque en 2000 à une forme de terreur intellectuelle qui frapperait depuis la fin de la Seconde Guerre les intellectuels et journalistes qui auraient eu la mauvaise idée de penser en dehors des clous de la gauche. 25 ans plus tard, l’historien, et homme de droite parfaitement assumé, propose une mise à jour augmentée de son livre; Les Habits neufs du terrorisme intellectuel.  Premier constat, les méthodes de la « cancel culture » qui marquent l’époque trouvent leurs racines profondes dans une tentation totalitaire qui n’est pas nouvelle ! « Dans terrorisme intellectuel, y’a le mot terreur. Moi je le rappelle. La révolution française c’est à la fois 1789, les droits de l’homme, mais aussi 1793, la terreur, je coupe la tête de celui qui ne pense pas comme moi. Mais le terrorisme intellectuel, au fond c’est ça. Tu ne penses pas comme moi alors je ne te coupe pas la tête, mais la parole. T’as plus le droit de parler. Il y a des citoyens qui sont légitimes, et d’autres qui ne le sont pas, légitimes ! »

27 février 2025
1:00:26

« Nous avons le plus grand mal à trouver des solutions complexes à des problèmes complexes ». Entretien avec le professeur et essayiste Alain Bauer

Alain Bauer est une référence en matière de criminologie. Il vient de publier La Conquête de l’Ouest, aux éditions Fayard, troisième tome d’un cycle consacré aux grands bouleversements de notre époque, ce qu’il appelle la globalisation piteuse !  Bauer s’intéresse à la montée de la violence dans nos sociétés occidentales, mais également au retour des grands empires. La Russie, l’Inde, la Chine mais aussi la Turquie bataillent pour s’imposer.. À quel prix ?  Sa Conquête de l’Ouest s’attarde au thème clivant de l’heure, l’immigration. Au grand remplacement dénoncé par les plus inquiets, il suggère plutôt le grand remplissement ! La démocratie poussive du vieux monde imposerait l’arrivée massive de migrants venus sauver nos retraites. Un besoin de main d'œuvre qui se transforme inévitablement en peur panique selon le criminologue.  La question des migrants, souvent dépeints comme des criminels sans foi ni loi dans certains médias, ne serait que l’écho d’un malaise qui se répète à cycles réguliers depuis longtemps.

20 février 2025
41:46
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Intelligence artificielle « Quasiment tous les emplois peuvent être remplacés, maintenant » Entretien avec le philosophe et essayiste Luc Ferry

L’intelligence artificielle est au cœur de toutes les conversations depuis quelque temps, mais mesurons-nous seulement l’ampleur de la révolution qui va balayer nos vies ?  Alors que la France convoque le monde à Paris pour un important sommet consacré à la  puissance de l’IA, Chinois et Américains sont engagés dans une course frénétique pour contrôler ce génie maintenant sorti de sa bouteille. Le retard de ceux qui auraient déjà raté le rendez-vous avec cette technologie pourrait ne jamais être comblé, laissant vulnérables la plupart des puissances du monde qui n’en sont aujourd’hui qu’aux bavardages !  Entre ceux qui construisent l’IA et ceux qui veulent en encadrer la puissance, la messe a été dite ! À ceux qui doutent encore, une grande banque d’affaires américaine prédit que 300 millions d’emplois seront bientôt menacés par l’IA. Notre invité de cette semaine, Luc Ferry, lance un cri d’alarme dans son plus récent essai, l’IA complémentarité ou grand remplacement ? « C’est la plus grande révolution de toute l’histoire de l’humanité » Ferry est philosophe, essayiste, auteur de près de 200 livres.

13 février 2025
1:00:50

« Si le client est roi, et si nous sommes tous des clients rois, il faut une armada d'esclaves pour nous servir ! »  Entretien avec le sondeur Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est une référence connue de tous en France pour comprendre les grandes mutations de la société au fil des quarante dernières années. Directeur à l’LFOP, expert en sondages, le pays n’a plus de secret pour lui : il s’intéresse aux changements de valeurs, de culture, à l’économie et aux mutations politiques.  État des lieux : La France, comme plusieurs grands pays occidentaux, est déconnectée de son histoire et de sa culture, d’où son expression de France « hydroponique », à l’image de ces cultures hors-sol qui uniformisent le goût des aliments. Le nouveau clivage de notre temps, pour Jérôme Fourquet, c’est celui qui oppose les gagnants et les perdants de la mondialisation. Écoeurés d’être méprisés par les premiers, les seconds se rebellent en mettant au pouvoir des candidats et des partis qui choquent les élites des grandes villes. Mais avec quelles conséquences? Et à quel prix?  En octobre dernier, Jérôme Fourquet publiait Métamorphoses françaises.

06 février 2025
1:07:16

« Dès qu'on parle de la question des étrangers et qu'on dit qu'il faut réguler l'immigration, on est mis sur un plan moral et non sur un plan politique. » Entretien avec l'essayiste Vincent Coussedière

Quatre ans avant la première élection de Donald Trump aux États-Unis, Vincent Coussedière publiait un essai au titre provocateur : Éloge du populisme. Loin du discours ambiant, le philosophe refusait de stigmatiser la montée de la grogne populaire un peu partout en Occident et de l’associer automatiquement à un péril démocratique. Coussedière voit plutôt dans ce populisme le symptôme d’un peuple malade, qui cherche à renouveler ses élites politiques. Il s’agirait selon lui d’un phénomène profond qui n’a rien d’un petit hoquet passager. « Il y a une décomposition des démocraties occidentales, qui a des causes très profondes, et y’a pas de raison qu’on en sorte rapidement. Donc cette recherche, par les peuples, de nouvelles élites, eh bien ce n’est pas quelque chose qui disparaîtra du jour au lendemain. » La perte de contrôle des flux migratoires serait une des clés importantes pour comprendre cette défiance des classes populaires à l’endroit de ceux qui les dirigent depuis une quarantaine d’années. Il s’attaque tout particulièrement à ce qu’il nomme « l’idéologie migratoire », une forme de rouleau compresseur qui confine au racisme ceux qui questionnent la nouvelle doxa. Vincent Coussedière a aussi écrit Éloge de l’assimilation et Le retour du peuple.

30 janvier 2025
1:09:50

« Pour rester en santé, il faut cultiver une légère paranoïa, un peu de mégalomanie, un soupçon d'hypocondrie et ne pas exclure d'être mythomane un chouia aussi. » Entretien avec l'auteur, économiste et ancien conseiller d'État Jacques Attali.

Jacques Attali occupe une place unique et particulière dans le paysage intellectuel et politique français depuis une cinquantaine d’années. Touche-à-tout infatigable, il a été haut fonctionnaire, a conseillé François Mitterrand, écrit près de 90 livres et, à temps perdu, fait de la direction d’orchestre ! Homme-orchestre, ça lui va d’ailleurs très bien. Lors de notre entretien, il fait le pari que nous aurons bientôt une application pour identifier les fake news, et annonce un monde où nous consommerons de moins en moins de médias de masse au profit d’une proposition “sur-mesure”, particulièrement pour ceux qui chercheront de l’information à valeur ajoutée. Il estime aussi que les “signaux faibles” qui émanent de la Chine sont annonciateurs d’un pays qui se prépare à la guerre. Son dernier livre, Histoires et avenirs des villes, est paru cet automne. 

26 janvier 2025
1:14:39

« On a toujours un peu méprisé les Russes, on a pensé qu'ils allaient vite s'effondrer » Entretien avec le géopolitologue Pascal Boniface

Pascal Boniface est un nom bien connu de l’analyse géopolitique. N’ayant pas la langue dans sa poche, tout en gardant un esprit d’analyse rigoureux, l’homme rend plus facile la compréhension des grands conflits qui marquent notre actualité. Adepte de la nuance, il déplore qu’elle soit remplacée par un manichéisme qui tue la véritable liberté d’esprit.  Sa parole, censurée dans plusieurs médias français aujourd’hui, reflète bien selon lui la logique binaire qui domine. Boniface rappelle qu’on peut très bien ne pas être pro-russe et observer que la stratégie occidentale vis-à-vis de l’Ukraine et de Moscou ait connu son lot de ratés.  De même, à Gaza, on peut critiquer les politiques du gouvernement israélien sans pour autant être antisémite !  « J’ai beaucoup de mes collègues qui disent sur le conflit israélo-palestinien "Je suis d’accord avec toi mais jamais je le dirais." C’est source d’ennui. Moi j’ai toujours dit ce que je pensais. » Il publie ce mois-ci Israël-Palestine, une guerre sans limites ?

16 janvier 2025
1:08:39

« Dans le groupe élitaire il devrait y avoir des oppositions, et il n'y en a pas, puisque ce sont les mêmes qui occupent toutes les places. » Entretien avec le journaliste d'investigation Vincent Jauvert

Les histoires d’espionnage passionnent depuis toujours. On ne compte plus les monuments culturels qui mettent au cœur de leur histoire des affaires d’espionnage : les James Bond, Jason Bourne, Tintin, et compagnie. Pourtant, l’espionnage n’est pas qu’une affaire de fiction, ni chose du passé. Vincent Jauvert est journaliste d’investigation au Nouvel Observateur et couvre depuis plus de vingt ans les histoires d’espionnage et les scandales aux sommets de l’État.  Auteur de nombreux livres, il signe en mars dernier À la solde de Moscou, une enquête menée dans les archives du renseignement tchèque qui révèle le grand nombre de personnalités françaises a avoir trahi pendant la guerre froide.  Le journaliste s’intéresse aussi aux élites administratives françaises qu’il juge complètement déconnectées du peuple d’en bas : « Si vous commencez tout en haut, vous employez le vocabulaire de ceux qui sont tout en haut, et vous ne comprenez pas ceux qui sont tout en bas, parce que vous ne l’avez jamais été. Ça rend idiot. » Entre révélations sur le monde de ceux qui nous espionnent et réflexions fines sur les élites politiques d’aujourd’hui, Vincent Jauvert nous livre une entrevue passionnante pour appréhender le monde d’aujourd’hui.

02 janvier 2025
1:10:31
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« Une société où tout le monde est toujours d'accord, c'est une société qui crève. Vous faites de la peine à personne, mais il ne se passe plus rien. C'est la mort. » Charles Gave, fondateur de l'Institut des libertés, auteur et investisseur

Les Américains pourraient-ils perdre le contrôle de leur propre monnaie ?  Donald Trump et son équipe hors norme vont-ils casser Washington et la manière de gouverner ailleurs en Occident ?  Le chaos est-il à nos portes ?  « L’histoire de l’humanité depuis le début du capitalisme, c’est à peu près 70 ans de stabilité, 30 ans de merdier. On est bien rentré dans les 30 ans de chaos. Et c’est là où on se marre le plus, pour les gens qui aiment la liberté. Il est simplement l’expression de  gens qui trouvent que l’État s’est imposé d’une façon tellement insupportable qu’ils préfèrent le voir disparaître et retrouver leur liberté que de rester avec les contraintes précédentes. » Charles Gave, fondateur de l’Institut des libertés, auteur et investisseur est de retour à Contact pour jeter un coup d'œil rétrospectif sur l’année 2024.

26 décembre 2024
1:12:39

Colère des peuples: « Je n'ai pas envie que ça se termine avec des têtes au bout des piques. » Entretien avec la journaliste Natacha Polony

La crise profonde qui frappe nos démocraties peut-elle se résoudre pacifiquement, par le biais du débat et de compromis, expédients ordinaires de la vie parlementaire moderne ? À l’heure des chambres d’écho, où l’adversaire politique est souvent un ennemi à abattre, poser la question annonce malheureusement peut-être le programme. Les écarts de richesse de plus en plus grands et la défiance marquée à l’endroit de ce que nous appelons « les élites » ne font qu'accroître une frustration qui ne trouverait plus de solution dans les urnes.  « Je crains que nous n’en arrivions là -à la violence- parce qu’il y a une incapacité à voir qu’il y a des gens qui souffrent. » Natacha Polony est directrice de la rédaction du magazine Marianne et observe avec une froide lucidité le délitement de ce que l’on pourrait appeler le contrat social depuis l’avènement du « doux commerce », formule ironique qu’elle emploie pour décrire une mondialisation de moins en moins heureuse.

19 décembre 2024
1:14:22

Chute du régime de Bachar Al-Assad : « Le gouvernement syrien a été informé déjà il y a quelques semaines de cette attaque. » Entretien avec le colonel Jacques Baud, spécialiste des conflits et du renseignement

Changement de régime en Syrie: quel rôle ont joué la Turquie, les États-Unis et Israël dans cette chute accélérée après 13 ans d'une violente guerre civile ? L'Iran est-elle aujourd'hui la prochaine cible dans le collimateur des puissances qui font la lutte au fameux axe de la résistance ? Le colonel Jacques Baud, analyste stratégique, a accepté de venir compléter l'entretien que nous avions réalisé la semaine dernière, avant la chute de Bachar Al-Assad !

13 décembre 2024
57:24

« Quand vous regardez a posteriori tout ce qu'on a entendu sur les différents conflits qu'on a eus, dans nos médias traditionnels, on nous a menti pratiquement sur tout. » Entretien avec Jacques Baud, spécialiste du renseignement et des conflits.

De retour à Contact, un des invités les plus plébiscités de notre podcast, Jacques Baud. Un entretien qui sera présenté en deux volets pour permettre une mise à jour depuis notre enregistrement, le vendredi 6 décembre à Paris. La chute rapide et surprenante du régime de Bachar Al-Assad pendant la fin de semaine annonce de profonds bouleversements au Proche-Orient que nous avions commencé à esquisser sans penser que l'effondrement était si proche.  Un deuxième épisode, complémentaire, sera mis en ligne à la fin de la semaine. En première partie, nous revenons en détail sur le conflit en Ukraine et les possibles pistes pour arriver à une entente de paix.  Jacques Baud se dit convaincu que Vladimir Poutine ne se contentera pas d'un simple cessez-le-feu, quoi qu'en pense le président Trump, et n'arrêtera donc pas les hostilités sans avoir obtenu de solides garanties. Contrairement à ce qui est beaucoup écrit dans nos médias, il doute de la présence de milliers de soldats nord-coréens bataillant aux côtés des forces russes.  Baud est d'ailleurs d'avis que les médias "mentent", très souvent, dans leur couverture du conflit. La reprise accélérée des combats contre le régime syrien depuis 10 jours serait selon lui l'ouverture d'un nouveau front de la guerre en Ukraine. Un front où la Turquie, membre de l'OTAN, appuie des forces qui se trouvent sur la liste d'organisations terroristes selon les États-Unis ! Nous revenons aussi sur les opérations militaires israéliennes à Gaza et au Liban.  Jacques Baud a travaillé au renseignement militaire suisse, aux Nations Unies, à l'OTAN et est l'auteur de plusieurs livres.

09 décembre 2024
1:35:08

Mission impossible ou mission divine ? L'aventure de la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Entretien avec l'architecte en chef des monuments historiques, Philippe Villeneuve

Que l’on soit catholique ou non, croyant ou non, parisien ou non, le 15 avril 2019 est une de ces dates qui marquent l’histoire populaire.  Les images de la cathédrale Notre-Dame de Paris en proie aux flammes laissent des centaines de millions de gens interloqués.  Nous sommes sans voix devant la destruction lente mais inarrêtable d’un des grands chefs-d'œuvre du patrimoine culturel de l’humanité.  La grande dame semble tousser, s’étouffer dans son nuage de fumée.  La chute de la magnifique Flèche qui dominait le ciel de Paris est attendue par les spectateurs impuissants comme un mauvais présage.  Cinq ans et demi plus tard, les artisans, compagnons et autres ouvriers de génie ont tordu le coup à ce sombre présage.  Le monde n’est certes pas beaucoup plus apaisé, mais le Bourdon de Notre-Dame s’apprête à sonner pour annoncer sa réouverture. Philippe Villeneuve est architecte en chef des monuments historiques.  C’est aussi un amoureux impénitent de cette bonne vieille cathédrale qu’il a, littéralement, tatouée sur une partie de son corps. Nous l’avons rencontré quelques heures après qu’il eut livré son chantier, une semaine avant la réouverture officielle de Notre-Dame de Paris.

05 décembre 2024
50:14

« Les européens sont dans un suicide collectif ». Entretien avec la présidente d'Identité-Libertés Marion Maréchal.

Marion Maréchal a longtemps été précédée de son matronyme, Le Pen. Un nom qui annonçait peut-être le programme ? En 2012, à 22 ans, elle devient la plus jeune députée de l’histoire de la Cinquième République, élue sous la bannière du Front National, parti fondé par son grand-père, Jean-Marie Le Pen.  Après une pause politique de quelques années, la jeune femme remonte dans le ring aux côtés d’Éric Zemmour lors des présidentielles de 2022. Elle est députée au parlement européen depuis juin 2024, en froid avec Zemmour dans la foulée de cette élection et à la tête d’un nouveau parti, identité-libertés, qu’elle fondait cet automne.  Si elle ne partage pas avec sa tante Marine une même vision de tous les enjeux politques, elle est inflexible sur la nécessité de fédérer à ses côtés les forces de droite pour gagner le pouvoir. Qu’on se le tienne pour dit, Marion Maréchal ne fait pas de politique pour occuper les banquettes de l’opposition ! Dans cet entretien atypique, la cheffe de parti accepte de revisiter son histoire personnelle, un exercice qu’elle préfère normalement éviter. Prétexte pour mieux comprendre aussi sa vision de la France et des enjeux qu’elle estime ne plus être simplement politiques mais existentiels pour le pays !

28 novembre 2024
1:23:27
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« Je n'aurais jamais imaginé voir la démocratie américaine menacée. » Entretien avec l'essayiste et conseiller politique Alain Minc

Alain Minc est un familier du pouvoir, au plus haut sommet. Assez pour consacrer à son exercice un Dictionnaire amoureux ! Depuis plus de quarante ans, celui qui a été l’apôtre enthousiaste de la “mondialisation heureuse” chuchote à l’oreille des princes de notre époque. Il préfère dire qu’il a, à l’occasion,  laissé « sa petite crotte » à l’Élysée !  Il publie cet automne Somme toute, son 47ème ou 48ème livre ? « Je ne me souviens plus ! ». Ce livre de souvenirs esquisse un premier bilan de sa vie et de son action, avant qu’il ne se retrouve en « période de prolongation ». L’heure n’est pas encore aux Mémoires pour le jeune homme de 75 ans ! Au cours de l’entretien, Alain Minc s’inquiète pour l’avenir de la démocratie aux États-Unis, un danger qu’il admet ne pas avoir anticipé. Les conséquences des politiques Trump pourraient être considérables sur le système judiciaire, la sécurité mondiale et risquent de raviver l’inflation. Il estime par ailleurs que la France est aujourd’hui profondément affaiblie et qu’elle risque une crise financière qui pourrait forcer Bruxelles à imposer des arbitrages douloureux. Attention danger, les prochains mois ne seront pas un jardin de roses !

21 novembre 2024
59:19

« C'est aujourd'hui le retour des murs, des frontières, de barbelés, et je dirais en terme de dirigeants, c'est le retour des mâles alphas du troupeau » Entretien avec Éric Danon

Le conflit israélo-palestinien exacerbe les passions. La tragédie qui frappe ne laisse personne indifférent, avec raison. Pour mieux en comprendre la complexité, nous recevons Éric Danon, ancien ambassadeur de France en Israël de 2019 à juillet 2023. Le diplomate connaît bien les protagonistes et dresse le portrait d’une guerre où il propose de ne plus employer le mot “solution” pour décrire les possibles éléments de convergence entre eux. Un choix sémantique pour préparer les esprits au temps long, nécessaire à la paix. Danon estime que les protagonistes n’ont pas en ce moment, et depuis longtemps déjà, de réel intérêt à s’entendre. Il n’hésite pas à rappeler une conversation avec un diplomate algérien qui décrivait les Palestiniens comme les “idiots utiles “ d’un monde arabe qui les instrumentalise depuis des décennies pour faire unité. Une sorte de ciment idéologique à rabais pour compenser les profondes divergences qui les divisent. Au menu de cette conversation, plusieurs questions. L’Arabie Saoudite peut-elle jouer un rôle dans le processus de paix ? Que feront les États-Unis de Donald Trump au cours des prochains mois ? Les institutions internationales comme la Cour pénale internationale, l’ONU et l’UNRWA sont-elles neutres dans ce conflit ? Les frontières, au Proche-Orient, comme en Ukraine, sont-elles dictées par les rapports de force, n’en déplaise à ceux qui aimeraient une moralisation de l’ordre international ?

14 novembre 2024
1:14:11

« J'avais envie d'être célèbre, j'avais envie d'être aimé, j'avais envie d'être regardé. » Entretien avec l'humoriste Gad Elmaleh

Gad Elmaleh est indiscutablement un des plus grands humoristes de sa génération. Né au Maroc, il vient « publiquement » au monde sur les planches du Cabaret Juste pour Rire en décembre 1994. Le début de ce qui pourrait ressembler à l’itinéraire d’un enfant gâté.  Après des études de théâtre à Paris, le jeune homme ambitieux amorce une carrière qui le mène très rapidement aux plus hauts sommets de l’humour. Un succès qui lui ouvre toutes grandes aussi les portes du cinéma. Le rêve américain ne pouvait pas être très loin !  C’est pendant qu’il bataille pour se faire une place aux États-Unis que Elmaleh est accusé de plagiat, d’avoir piqué des blagues et même des séquences complètes de sketchs. Des « emprunts » faits à des Américains mais aussi à plusieurs humoristes québécois qui n’apprécient pas du tout la méthode. Alors qu’il se prépare à venir célébrer ses trente ans de carrière au Centre Bell, à Montréal, le 11 décembre, Gad Elmaleh accepte de s’expliquer, sans faux-fuyant, sur cette controverse. Un entretien où il parle aussi très librement de sa foi, de son besoin irrépressible d’être aimé et de son regard de juif, sépharade, sur le conflit israélo-palestinien.

07 novembre 2024
1:16:52

« L'OTAN n'a pas les moyens de mener une guerre frontale à la Russie » Entretien avec la géopolitologue Caroline Galactéros

Caroline Galactéros est une empêcheuse de penser en rond ! Géopolitologue, ancienne directrice de séminaire à l’École de guerre (Paris), longtemps Colonel dans la Réserve opérationnelle des armées, elle tranche avec le discours ambiant, surtout depuis l’invasion russe de l’Ukraine.  Certains aiment dire qu’elle épouse aujourd’hui la propagande de Moscou.  Droite dans ses bottes et se disant d’abord « patriote », Galactéros propose une lecture géopolitique débarrassée de la « moraline » qui servirait de cache-sexe aux intérêts américains, et par extension atlantistes. D’un monde unipolaire pendant une quinzaine d’années, nous sommes aujourd’hui entrés dans une dynamique multipolaire, avec des puissances comme la Russie, la Chine, l’Inde, l’Iran et plusieurs autres qui refusent de céder le pas.  « Nous sommes dans une crispation, d’un ordre ancien qui meurt, d’une manière absolument flagrante, manifeste. Le monde entier le voit, il n’y a vraiment que nous qui ne comprenons pas que l’ère de l’unipolarité, l’ère de l'hégémonie - américaine - mais avec aussi l’Europe en bon petit soldat derrière, tout ça c’est terminé, le monde a changé ! ».

31 octobre 2024
1:24:23

« L'évaluation des médicaments a été complètement abandonnée à l'industrie pharmaceutique ». Entretien avec l'auteur et journaliste Brice Perrier.

Il est de bon ton de dire que la science est le dernier refuge pour ceux qui ont à cœur l'exigence des faits. Loin des fake news, de la désinformation et de la tentation idéologique, la science serait un des derniers bastions de la raison dans un monde déraisonnable.  Vraiment ?  L'obscurantisme au pouvoir : quand la pensée dominante entrave la connaissance, un essai signé par le journaliste indépendant Brice Perrier, dresse un portrait beaucoup moins idéalisé du monde de la science moderne. L'auteur amorce son enquête à l'Académie des sciences avec sa secrétaire perpétuelle honoraire, Catherine Bréchignac, qui constate qu'au plus fort de la crise de la Covid, il était impossible de remettre en question les projections de mortalité produite par UNE seule épidémiologiste. « Nous étions plusieurs à trouver ces modélisations fausses et à nous demander pourquoi on la laissait parler, ... ». Le débat scientifique, au nom de l'urgence, a été escamoté. « Il n'y a rien eu, car on ne pouvait rien dire » estime aujourd'hui Bréchignac. Le concept de « noble mensonge » s'est souvent même imposé comme remède aux doutes dans la communication dite scientifique.  Le fact-checking, rempart vanté contre les fake news, devenait, dans la foulée, le nouvel horizon indépassable de la vérité.  Faire taire les fâcheux qui posent des questions ou incarnent une voix minoritaire dans le monde de la science n'est cependant pas qu'un travers observé en période de crise.  L'essai de Brice Perrier met en lumière un monde où la politique et l'argument d'autorité dépassent trop souvent l'impératif de curiosité qui devrait animer ceux qui ont la responsabilité de faire avancer la connaissance.  Un conformisme dangereux, particulièrement quand on mesure que « la vérification des médicaments, ça a été complètement abandonné à l'industrie pharmaceutique » explique Perrier.

24 octobre 2024
1:06:22

« J'espère que nous nous « ressaisirons » avant la catastrophe majeure. » Entretien avec l'écrivain et secrétaire perpétuel de l'Académie française Amin Maalouf

Entre la fascination et son « immense inquiétude », Amin Maalouf observe l’état du monde et nous met en garde contre l’évolution du cours de l’histoire. « L’extension à l'infini de la liberté et de la prospérité » aurait une date de péremption pas si lointaine.  L'aventure humaine serait au bord d’un précipice, nous révèle l’académicien qui se considère avant tout comme un « rêveur éveillé ». Sans doute la meilleure planche de salut devant la multitude des périls qui nous menacent.  Pour la première fois, riche d’un savoir scientifique et technologique inégalé, « l’humanité a la possibilité de résoudre tous les problèmes ». Pourquoi avons-nous si peu d’appétit à le faire, se désole Amin Maalouf. Pour celui qui a fui la guerre au Liban dans un bateau de fortune il y a 48 ans, l’ultime question est de savoir quand précisément l'humanité va se ressaisir  : avant ou après une catastrophe majeure ?   Notre invité appelle à de nouvelles formes de sagesse et de gouvernance qui nous permettraient collectivement d’outrepasser les conflits identitaires.  Élu secrétaire perpétuel de l'Académie française en 2023, Amin Maalouf publiait la même année son essai Le labyrinthe des égarés. L’Occident et ses adversaires.

13 juin 2024
1:01:16
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« Le racisme n'est pas un délit, c'est une opinion débile ! » Entretien avec Jack Le Fou, militant athée, youtubeur et tiktokeur algérien

Jack Le Fou est un véritable phénomène sur les réseaux sociaux. Féroce critique de l’islam, il immigre au Québec tout juste avant la pandémie en quête de liberté de parole.  Et il la trouve notamment sur TikTok et YouTube, où il débat souvent entre 6 et 8 heures par jour avec des musulmans croyants. La charia, le mariage des petites filles et l’existence d’Allah sont autant de thèmes que Jack Le Fou déconstruit à coup d’analyses fines des textes sacrés. Son objectif est à la fois simple et titanesque : « Je me bats pour que cette religion ne soit plus une autorité. »   Ses armes uniques : la parole et la raison. Né en Algérie, il dit avoir été « victime d’endoctrinement » religieux, mais a su s’en défaire notamment par son amour de la littérature. Mais, précise-t-il, c’est peut-être aussi une simple affaire « de chance » ? Islamophobie, racisme et croyances religieuses sont au menu de cet entretien tonique avec un amoureux fou de la liberté d’expression. Pour en savoir davantage sur Jack Le Fou : https://www.youtube.com/@JackLeFouX

06 juin 2024
1:30:43

« Je suis quelqu'un de souvent très heureux et souvent très malheureux, c'est une espèce de combat. » Entretien avec l'humoriste Martin Matte

Fragilité et vulnérabilité ne sont pas les premiers mots qui viennent à l'esprit pour caractériser Martin Matte.  Quand il exprime ses insécurités ou ses doutes, « souvent, les gens partent à rire. »  Dans l’entretien, l’humoriste s'affranchit de la superbe qui a fait les beaux jours de son personnage de scène pour aborder avec aplomb ses sensibilités. « C’est un petit combat d’être heureux. Faut que je travaille mon bonheur. »  L’ombre d’un père, très exigeant, est peut-être pour quelque chose dans ce combat pour trouver l’équilibre ? Le livre de chevet de ce paternel sorti de la misère à la force des poignets, Vivre c’est vendre, s’est-il transformé en programme subliminal pour le fils ambitieux ? Alors qu’il entreprend l’écriture d’une série de fiction très autobiographique pour le géant Amazon, Martin Matte se permet une candeur introspective qui est sans doute proportionnelle au temps qui passe.  L’humoriste parle de la maturité qui le gagne, de thérapie et de son besoin d’être « progressiste ». Il revient sur son automne chargé, qui l’a « usé ». « Y’a quelque chose de violent dans le live à la télé aujourd’hui. »  Bon élève ayant l’habitude de naviguer sur scène où tout est écrit d’avance, il avoue « ne pas être un animateur télé qui s'adapte à son public. »  La scène ne lui manque pas pour autant. Aucun spectacle ne se dessine à l’horizon.

30 mai 2024
1:10:17

« Les phénomènes aérospatiaux non identifiés, ce n'est pas une hallucination, ça existe! » Entretien avec Luc Dini, ingénieur en constructions aéronautiques

Peut-on calmement s’intéresser à ce que nous avons appelé les OVNIS ?  Poser la question, pendant longtemps, était y répondre. Il suffisait d’aborder le sujet pour être immédiatement disqualifié. Les témoins, crédibles et sérieux de phénomènes étranges, souvent des pilotes d’expérience, préféraient se taire plutôt que de mettre leur carrière en danger. Les choses ont beaucoup changé depuis qu’une « fuite » dans le New York Times, en décembre 2017, a révélé l’existence d’un groupe chargé de l’étude de phénomènes aériens inexpliqués. Une brèche dans le mur du silence qui force les autorités américaines à reconnaître que certains de ces phénomènes, dûment documentés, dépassent notre entendement!   Un lanceur d’alerte, colonel de l’armée américaine, soutient même, devant une commission d’enquête du Congrès, que le Pentagone dispose de morceaux d’épaves « d’OVNIS » ! Vraie nouvelle ou opération d’intox? Comment expliquer ce grand déballage?  Pourquoi des pilotes de la US NAVY acceptent-ils depuis quelques années de raconter leurs expériences ? Luc Dini est ingénieur aéronautique, président de la commission SIGMA 2 de l’Association Aéronautique et Astronautique de France et auteur d’Ovnis- lumière sur les dossiers déclassifiés du Pentagone.  Il admet avoir été « parmi les non-pensants sur le sujet » pendant très longtemps.  Une indifférence qu’il a secouée depuis!

23 mai 2024
1:30:25

« Nous sommes en 1938. Si nous ne voulons pas subir le sort de la France pendant la Seconde Guerre mondiale, il faut nous armer. » Entretien avec l'écrivain et romancier Pascal Bruckner

Les nouveaux héros n’auraient plus exactement l’étoffe de ceux d’hier. « Les X, Y et Z sont beaucoup plus sensibles. » Une alchimie unique à notre époque serait en train de transformer les victimes en héros !  Un renversement complet des polarités qui ont fait l’ordre du monde jusqu’à aujourd’hui. Avec Je souffre donc je suis, l'essayiste Pascal Bruckner constate que cette « souffrance est un puissant fonds de commerce », alors que « chacun veut être auréolé de la toute-puissance de la victime ».  La figure du Christ n’est pas étrangère à cette posture qui est peut-être la nouvelle tentation de l’Occident ? Depuis la publication du Nouveau Désordre amoureux, coécrit avec Alain Finkielkraut en 1977, Bruckner passe au peigne fin l’héritage de ce petit tremblement de terre qu’a été mai 68 pour nos sociétés riches et modernes : l’individualisme, l’écologie et le bonheur, nouvel impératif radical de toute une génération. Notre invité accepte d’aborder avec candeur « l’obssession antisémite d’un père violent », qui a probablement façonné sa vision du monde. Les guerres à Gaza et en Ukraine mais aussi le nouveau féminisme et l’état de nos fragiles démocraties complètent cette conversation…tonique !  Pascal Bruckner est l’auteur d’une trentaine de romans et d’essais récompensés de plusieurs prix prestigieux.

16 mai 2024
1:18:56

CONTACT IN MEMORIAM - Paul Auster

Paul Auster est une des plus grandes voix de la littérature américaine contemporaine. À l'occasion de son décès, Contact propose un bond de plus de trente ans en arrière -33 pour être précis - pour réentendre l'auteur au sommet de sa forme, alors qu'il s'imposait enfin aux États-Unis. Mon ami Hubert Nyssen aux éditions Actes Sud avait été l'un des premiers à sentir l'immense talent de Paul. C'est à l'occasion d'un séjour chez Hubert, à sa belle maison du Paradou, en Provence, que j'ai été mis en contact avec l'œuvre de Paul et encouragé à faire ... contact avec lui. L'aventure de notre petite émission est pour beaucoup liée à ces deux hommes qui ont cru en moi. Leur confiance a changé le cours de ma vie. La rencontre de deux jours s'est faite chez Paul Auster, à Brooklyn. Je m'excuse par avance de la qualité de l'image et du son, victimes de ce que le ruban maître n'existe plus. Mes excuses aussi pour le jeune intervieweur inexpérimenté !

13 mai 2024
49:57

« Dire que la justice est laxiste est un mensonge éhonté. » Entretien avec Éric Dupond-Moretti, ministre français de la Justice

Redoutable avocat pénaliste pendant plus de trente ans, Éric Dupond-Moretti est nommé ministre de la Justice française en 2020. Une carrière qui n’est sans doute pas étrangère à un sentiment d’injustice ressenti pendant l’enfance, nous confie-t-il durant l’entretien. Son quotidien dans l’arène politique, espace « d’une grande violence » où la parole est souvent « dénaturée », le place constamment sur un siège éjectable. Mais le garde des Sceaux résiste. Poursuivi, puis relaxé en novembre 2023 dans une affaire de prise illégale d’intérêts, il en a aujourd’hui long à dire sur le traitement réservé à la présomption d'innocence.  Artisan d’une « justice plus sévère », Éric Dupond-Moretti entend bien la faire triompher avec une série de nouvelles lois. Face aux organisations criminelles qui prospèrent - et dont les budgets dépassent ceux de certains États -, il intensifie la lutte. Le ministre qui est aussi père de famille voit les réseaux sociaux comme un « accélérateur de délinquance ». Il a présenté un projet de loi visant à durcir les sanctions contre les parents de jeunes contrevenants.  Si l’appareil judiciaire est souvent critiqué, Éric Dupond-Moretti demeure convaincu qu’il n’y a pas de véritable alternative.  « La justice, c’est notre pacte social. C’est ça qui distingue la barbarie de la civilisation! »

09 mai 2024
1:06:08
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« Les médias sociaux ont détruit le monopole de la vérité révélée d'en haut. » Entretien avec l'animateur et journaliste André Bercoff

André Bercoff est un acteur du paysage médiatique français depuis plus de 50 ans. Les années ont passé mais son esprit a conservé quelque chose de la légèreté mutine du jeune homme. « Le piège à éviter, c’est de catégoriser. Y’a des papis qui sont cons, y’a des jeunes qui sont d’une connerie manifeste. » Le papi est donc encore dans le coup. La retraite, non merci. Le journaliste et auteur prolifique conserve la forme en travaillant ! Deux heures de radio, tous les jours, à l’antenne de Sud Radio. Une tribune où il donne volontiers la parole à des gens qui sont moins entendus dans les grands médias, au risque de commettre le crime de lèse narratif ! Il peste contre la « médiocrité » du débat public mais se réjouit que « le monde s’est mis à bouger comme il n’a pas bougé depuis plus de 80 ans, un siècle peut-être. » André Bercoff a côtoyé tous les grands personnages de la République, écrit une trentaine de romans et d’essais et collaboré à plusieurs grands journaux. Dans notre entretien, Bercoff revient sur sa jeunesse au Liban et la déception que son père a ressentie en apprenant que son fils voulait être journaliste. Au passage, il fustige « l’asphyxie généralisée » qui nous fait renoncer à nos libertés fondamentales dans une tiède indifférence.

02 mai 2024
1:03:00

« Je suis prisonnier d'une caricature médiatique! » Entretien avec le philosophe et essayiste Michel Onfray

Michel Onfray est de retour à Contact ! Dans la foulée des sorties rapprochées du plus récent opus de sa Nef des fous, de Patience dans les ruines et de sa Théorie de Jésus, nous recevons le philosophe pour tenter de faire un bilan - provisoire, bien entendu - de notre époque formidable.  Tout athée qu’il soit, Onfray revendique l’héritage judéo-chrétien qui a été le ciment de notre civilisation aujourd’hui lézardée de partout. « On fabrique des générations d'incultes, biberonnés à l'écran. » Il parle volontiers du « cancer civilisationnel » pour décrire le mal qui nous afflige. Serions-nous possiblement en phase terminale ? Dans notre entretien, Michel Onfray accepte de faire quelques détours biographiques pour mieux mettre en lumière sa pensée.  « Je n’ai pas une grande estime de moi. » Cette petite phrase dit-elle quelque chose de celui qui écrit plus rapidement que nous ne sommes parfois capables de le lire ? Au programme aussi, la guerre à Gaza, l’Iran et la montée de l’islamo-gauchisme et quelques réflexions sur l’usage de la philosophie pour arriver à mieux vivre.

25 avril 2024
1:19:39

« Mettre son corps à la disposition des clients. » Clémence Trilling, militante abolitionniste de la gestation pour autrui (GPA)

À l’heure où plusieurs gouvernements tentent d’encadrer la gestation pour autrui (GPA), des voix s’élèvent pour interdire cette pratique.  Ce mouvement, ouvertement abolitionniste, peine à se faire entendre, particulièrement dans les grands médias. Clémence Trilling milite contre le recours aux mères porteuses et dénonce ce qu’elle qualifie de marchandisation du corps des femmes.  C’est une pratique qui va « à l’encontre de la dignité humaine » et ouvre la porte à la confection de bébés à la carte. Clémence Trilling est mère de trois enfants et milite au sein du groupe WDI Québec. Prière de noter que cet entretien a été enregistré en novembre 2023.

18 avril 2024
59:29

Iran : le régime des mollahs est-il vraiment menacé ? Entretien avec Yann Richard, historien spécialiste de l'Iran.

Dans la crainte généralisée d’une escalade des tensions après l’attaque menée par l’Iran contre Israël le 14 avril dernier, Contact vous propose un entretien sur la Perse contemporaine.  « L’Iran aujourd’hui est craint par les Israéliens parce que, peut-être, qu’il a la même froideur et le même cynisme que les Israéliens ?! »  L’historien Yann Richard a consacré une carrière entière à décrypter les stratégies militaires et les alliances géopolitiques iraniennes. L’ancien traducteur à l’ambassade de France en Iran était présent à Téhéran lors de la révolution islamique de 1979. Un moment de rupture qui aurait contribué à fomenter un nationaliste si particuler et du même coup, à brouiller la manière dont les Américains et l’Occident perçoivent le pays. « On est victime de déformation. »  L'entretien enregistré le 8 avril dernier présente une précieuse lecture des relations irano-américaines, pour mieux comprendre la crainte associée à l’Iran et plus largement, son implication dans les conflits en cours au Moyen-Orient. Auteur de plus de vingt ouvrages, Yann Richard a signé Le grand Satan, le shah et l'imam en 2022 et La guerre de près et de loin. XXe-XXIe siècles en 2023.

16 avril 2024
1:02:47

Combien de millions de Congolais massacrés au nom de la transition verte? Entretien avec Charles Onana, journaliste et politologue spécialiste des conflits armés

« Le régime de Kigali est un sous-traitant des grandes puissances, notamment les États-Unis et la Grande-Bretagne, des multinationales et de tout le système mafieux minier.» Les accusations sont accablantes.  L’homme qui les formule ne mâche pas ses mots. L’enjeu ne se prête pas aux tièdes constations.  Charles Onana a passé vingt ans à enquêter sur une sale guerre qui se joue sous l’écran  radar de nos bonnes consciences. L’Ukraine et Gaza font la une des grands médias, mais qui parle du Congo ?  Des millions de morts, des centaines de milliers de femmes violées, des enfants réduits à l’esclavage, rien ne semble secouer notre indifférence. Dans son plus récent livre, Onana décrit l’invasion masquée du Congo par le Rwanda afin d’en exploiter les nombreuses ressources minières.  Son constat est sans équivoque : depuis 30, le Congo est victime « de pillage, de massacre de masse et d’extermination méthodique des populations ».  Le Coltan et le Cobalt, minerais indispensables à l’industrie de la téléphonie mobile et de la voiture électrique sont l’or des temps modernes.  « Tout le monde parle de transition énergétique en disant que c’est de l'énergie propre, c’est tout sauf propre ! » Charles Onana est politologue et journaliste, il revient d’un séjour à Kinshasa. Son plus récent livre Holocauste au Congo est paru en 2023.

11 avril 2024
1:21:08

Macron versus Poutine : « On dirait un petit caniche qui aboit contre un grand ours blanc. » Entretien avec Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français

Le Parti communiste n’a pas la même traction auprès des électeurs français qu’à une certaine époque, mais il continue d’exister dans le paysage politique. Alors que la gauche s’occupe de plus en plus des combats sociétaux, les communistes ne renoncent pas au champ social. En d’autres temps, nous aurions parlé de la lutte des classes !  Fabien Roussel est, depuis 2018, le dynamique patron de ce grand parti historique. Aux dernières présidentielles, il arrachait un peu plus de 2% des voix. Un score qui n’était pas à la hauteur des espoirs, mais qui témoigne de la force pérenne d’une « marque de commerce » mise à mal au siècle dernier. Notre invité met en garde la classe politique contre les risques d’explosion sociale.  C’est d’ailleurs la faillite du président Macron à désamorcer ces crises qui le pousserait à nourrir un discours belliqueux à l’endroit de Moscou. Dans notre entretien, Roussel revient aussi longuement sur la crise humanitaire qui sévit à Gaza et critique sévèrement le gouvernement Netanyahou. En plus d’affirmer que le Hamas n’a désormais plus l’autorité pour être un interlocuteur valable lors d’éventuelles négociations.

04 avril 2024
53:13
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« Le marché est totalement décorrélé de la réalité de la croissance. » Entretien avec Raphaël Rossello, auteur et banquier d'affaires

À l’heure des déficits record en France, au Québec et ailleurs dans le monde, le banquier d’affaires Raphaël Rossello pose une question troublante : la croissance des 50 dernières années s’est-elle faite à crédit ?  Avons-nous emprunté pour continuer à protéger notre confort, alors que les gains de productivité ne suffisaient plus ?  Une illusion construite par une classe “managériale” qui ne s’encombre plus du monde réel pour créer ce que l’on appelle de la richesse. L’hypothèse du banquier soulève d’autres questions, troublantes. Le cours de l’or est-il artificiellement verrouillé depuis des années ? Le dollar américain est-il le reflet de sa véritable valeur ? Notre richesse, nos petits patrimoines, sont-ils aussi dopés par une croissance artificielle ? La réponse du banquier à cette dernière question n’est pas rassurante. Prenez le solde de vos actifs et divisez-le par 2, voire par 3, pour obtenir la juste valeur !  Raphaël Rossello est un banquier dissident qui rejette l’idée de la mondialisation heureuse. Un pacte signé, dit-il, avec le Diable marché qui a engendré la fragilisation de 500 millions de citoyens occidentaux, victimes de ce qu’on pourrait qualifier de délocalisation de la classe moyenne.  Rossello a introduit plus de 100 entreprises en bourse au cours de sa carrière et signé plusieurs ouvrages économiques. Le plus récent s’intitule Demain : La fin de l'insouciance ?

28 mars 2024
1:17:17

« Je préfère mourir plutôt que fermer ma gueule. » Entretien avec Christian Perronne, médecin et spécialiste des virus

Quel bilan faire de la pandémie, quatre ans plus tard ?  Le Dr Christian Perronne est au nombre de ceux qui conservent un goût très amer de cet épisode et, plus encore, estime que les autorités, en France et ailleurs, ont menti aux citoyens.  Sa parole, respectée et sollicitée pendant de nombreuses années dans les grands médias, est aujourd’hui disqualifiée. « Du jour au lendemain, j’ai basculé dans la trappe des charlatans. » Traîné devant le comité d’éthique de l'Ordre des médecins, Christian Perronne est totalement blanchi par la chambre disciplinaire, en octobre 2022, de tout ce qui lui était reproché  … dans l’indifférence générale. Le Dr Perronne dénonce tout particulièrement l’influence démesurée de l’industrie pharmaceutique sur les politiques de santé publique et la pratique de la médecine « déshumanisée » d’aujourd’hui.   Christian Perronne a été chef de service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches en France.  Spécialiste des virus internationalement reconnus, il a conseillé plusieurs gouvernements en matière de santé publique.  En 2009, en tant que vice-président du European Advisory group of experts on immunisation «ETAGE», il conseille la politique vaccinale européenne pour l’OMS et occupe des responsabilités dans des groupes de travail à l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Son plus récent livre, publié en 2022, s’intitule Les 33 questions auxquelles ils n'ont toujours pas répondu.

26 mars 2024
1:14:58

« Il faut toujours aller à contre-courant, parce que ce sont les poissons morts qui suivent le courant. » Entretien avec le journaliste et auteur Franz-Olivier Giesbert.

Franz Olivier Giesbert a tutoyé pendant plus de quarante ans tous les géants de la politique française.  Mitterrand et Chirac ayant une place toute particulière dans le cœur de ce grand journaliste, chroniqueur de l’époque et romancier à ses heures. FOG, pour les intimes, est pendant des décennies, partout, dans toutes les photos quand on cherche bien, comme le fameux Charlie!  Journaliste et patron de presse, il travaille au Nouvel Observateur, au Figaro et au Point.  Un parcours professionnel qui se calque sur son parcours politique; s’il a déjà eu le cœur à gauche, ce n’est plus le cas.  Il dénonce aujourd’hui les « escrologistes » et toutes les dérives de la gauche identitaire. L’immigration incontrôlée et l’endettement calamiteux de nos fragiles pays demeurent cependant pour lui, les pires dangers qui pèsent sur nos destins.  Des échecs colossaux qui sont le fait d’un manque de courage égal, à droite comme à gauche, dans le diagnostic rendu par FOG. Il publiait l’automne dernier Tragédie Française, troisième tome de son Histoire intime de la Vème République.

21 mars 2024
1:14:00

« Ce que font les Israéliens est totalement contraire au droit international. » Jacques Baud, spécialiste du renseignement

La guerre que livre Israël contre le Hamas pourrait-elle s'avérer contre-productive ?  Est-il seulement possible d'éradiquer l'organisation qui a mené les attaques sanglantes du 7 octobre ? Jacques Baud, auteur de plusieurs livres sur la guerre en Ukraine, vient tout juste de publier un nouvel ouvrage sur le conflit israélo-palestinien : Opération le déluge d'al-Aqsa : 75 ans d'une guerre entre Israël et la Palestine. À l'opposé de ce qu'il qualifie de narratif dominant, l'ancien espion suisse est très critique de la campagne militaire israélienne à Gaza, en contravention avec les principes du droit international. Les gains tactiques enregistrés par Tsahal sur le terrain masquent, selon Baud, les périls stratégiques qui s'annoncent pour Israël. « En chassant des terroristes, ils créent du terrorisme. » Pour notre invité, la résistance palestinienne à l'occupation explique l'attaque du 7 octobre et doit être vue comme une opération militaire davantage que terroriste.  Une lecture des événements qui ne fera certainement pas l'unanimité ! Jacques Baud a travaillé à l'OTAN et a été chef de la doctrine des opérations de maintien de la paix aux Nations Unies.

14 mars 2024
1:26:57

« Vous croyez vraiment que les familles bourgeoises de ma ville vont mettre leurs enfants dans une école où y'a 80% d'enfants issus de l'immigration ? » Entretien avec Robert Ménard, maire de Béziers et fondateur de Reporters sans frontières

« Je ne mens pas aux gens qui votent pour moi. »  Sont-ce là les paroles d’un homme qui pourrait être candidat aux présidentielles françaises de 2027 ?  Robert Ménard ne refuse plus l'hypothèse et confirme dans l'entretien qu'il nous accordait lundi le 4 mars qu'il y pense sérieusement. Ménard est le maire très médiatisé de Béziers depuis 2014.  Ancien journaliste et fondateur de l'organisation Reporters sans frontières, Ménard a fait de sa ville le puissant haut-parleur de sa vision politique. L'homme est de droite, l'assume pleinement mais réclame aussi le droit d'inventaire. Il n'est pas toujours là où on l'attend sur l'échiquier. Pas question pour cet inclassable de signer un bail à long terme avec une formation politique.  Il se donne le droit de changer d'opinion ET de se tromper. Un espace et un discours rarement réclamés par les politiciens traditionnels. Il est émotif aussi et ne le cache pas.  Les souvenirs de son père, évoqués lors de notre entretien, vont venir embrumer son regard et moduler sa voix. Le politicien n'a cependant aucun état d'âme quand vient le temps de dénoncer la menace que fait peser la Russie sur l'espace européen.  Il appuie le président Macron qui refusait d'exclure l'envoi de soldats européens pour soutenir l'armée ukrainienne.  Robert Ménard s'interroge même sur la nécessité de déclarer la guerre à la Russie avant qu'il ne soit trop tard, tout en se refusant à formuler une réponse définitive à cette angoissante possibilité.

07 mars 2024
1:12:50

« Je suis chanceux d'enseigner dans une université du Kazakhstan où on a une réelle liberté académique. » Entretien avec Jean-François Caron, politologue, professeur à l'université de Nazarbaïev, Kazakhstan.

Jean-François Caron est un professeur de science politique canadien, exilé au Kazakhstan depuis 8 ans, où il enseigne la philosophie politique à l'université Nazarbaïev.  Exil "conscient et volontaire", se plaît-il à dire, sans doute avec une légère envie de provocation ! Il a récemment été "annulé" - sans explication, aucune - deux heures avant de prendre la parole devant un comité de la Chambre des communes qui l'avait invité à témoigner sur l'évolution de la politique étrangère du pays. « Le wokisme est entré de plain-pied au Parlement canadien. » Un exemple de censure flagrant qui fait dire au professeur Caron que la liberté d'expression est peut-être aujourd'hui plus grande dans certains pays totalitaires qu'elle ne l’est au Canada !   Avec le recul, il est convaincu que d’avoir rappelé, lors de certaines entrevues dans les médias, la collaboration entre l’Ukraine et les forces nazies pendant la Seconde Guerre mondiale est très probablement son “crime originel. Une vérité historique qu’il aurait été préférable de taire au début du conflit déclenché en 2022 par la Russie ? Dans cet entretien, Jean-François Caron explique comment la “morale” dispensée par les diplomates canadiens depuis 20 ans a miné le fameux soft power dont le pays s'enorgueillissait. Il revient sur les dangers du communautarisme canadien, la guerre en Ukraine, la crise de la Covid et la tentation du “totalitarisme soft” qui guette nos vieilles démocraties libérales. Le professeur Caron a écrit une douzaine de livres, le plus récent est Homo Superstes, publié aux Presses de l’Université Laval.

29 février 2024
1:25:24
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« L'Occident, c'est tout ce que nous avons! » Entretien avec l'écrivain et journaliste Kamel Daoud

Faut-il venir d’un pays qui a traversé la guerre civile et obtenu l’indépendance au bout du fusil pour chérir, sans mauvaise conscience, l’héritage de notre civilisation? Kamel Daoud est Algérien, journaliste, romancier et un observateur unique de ce déclinisme qui nous gangrène.  “ La figure la plus fascinante en Occident, c'est le crucifié, le martyr. Vous êtes une culture à la fois de l'agression et de culpabilité, et c'est pour ça qu'on vous culpabilise très facilement, que vous êtes une société divisée en deux.” Pourtant, avons-nous déjà vu des réfugiés, illégaux, partir de Syrie ou de Libye pour cogner à la porte de l’Arabie Saoudite, de la Russie ou de la Chine ? Comment expliquer que ceux qui nous livrent la guerre sainte rêvent aussi d’envoyer leurs enfants vivre et étudier en Allemagne ou en France ? Des questions fécondes, fascinantes qui émergent dans un des dialogues les plus musclés et exigeants de la courte aventure de Contact. Une conversation sur la crête d’un volcan entre un “arabe” et un “chrétien”, identités courtes et trompeuses qui portent en elles les germes du malentendu.  Kamel Daoud a remporté le Goncourt du premier roman en 2015 avec Meursault, contre-enquête. Il écrit, chaque semaine, un texte éditorial dans le magazine Le Point. Dans notre entretien, il nous parle aussi de son envie de briller, de son respect de l’argent, “toute liberté se paye” et des risques de la pensée commune ; “ce qui nous dispense de penser, c’est d’être avec le troupeau.” Il refuse d’ailleurs, sur la question palestinienne et des attentats du 7 octobre, de se laisser enfermer dans le discours…attendu.

22 février 2024
59:28

“J'essaie de combattre cette pensée que le racisme définit notre expérience dans la vie.” Entretien avec Murielle Chatelier, cofondatrice de l'Association des Québécois unis contre le racialisme (AQUR)

Quand la parole est susceptible d’être perçue, à tort ou à raison, comme une offense raciste ou une micro-agression, plusieurs préfèrent se taire.  Murielle Chatelier, fille d’immigrants haïtiens et cofondatrice de l’Association des Québécois unis contre le racialisme (AQUR), a choisi de ne pas se taire. Pire, elle a une parole dissidente.  Elle refuse d’être réduite à sa couleur de peau et se demande pourquoi nous avons collectivement remis la race au centre du débat. « Vous êtes noir, vous vivez nécessairement du racisme. Vous êtes blanc, vous avez des privilèges. » Éliminer la race pour penser, voire panser, le corps social, devrait plutôt être notre objectif commun. Loin de nier l’existence du racisme au Québec, Murielle est néanmoins convaincue qu’ « aujourd’hui, la race ne peut pas t'empêcher d’accomplir ce que tu as à accomplir. » Ses propos, qu’elle juge pourtant banals, font d’elle une cible de choix sur les réseaux sociaux. « Je ne sais pas combien de fois on m’a traité de nègresse de maison! »  Je suis perçue comme une « traître ».  Cela n’est sans doute pas étranger non plus à sa critique soutenue des formations Équité, Diversité et Inclusion (EDI), de plus en plus imposées dans les milieux de travail.

20 février 2024
59:33

« Pour la Russie, l'arme principale c'est l'information pour peser sur les destinées mondiales. » Entretien avec David Colon, historien spécialiste de la désinformation

La vérité serait la première victime de la guerre.  Un truisme qui nous est ponctuellement rappelé par les nombreux conflits qui marquent notre actualité. La question, la vraie, est cependant plus inquiétante : la vérité n’est-elle occultée qu’en période de guerre ?  Poser la question, c’est y répondre, malheureusement.  Les fameuses « fake news » ne sont que la plus récente incarnation de ce que nous avons déjà appelé de la propagande.  Désinformation et mésinformation sont aujourd’hui les armes d’intoxication massive employées par les ingénieurs du chaos pour livrer une guerre de tous les instants à des États démunis devant cette menace.  Si elle n’est pas nouvelle, cette menace est augmentée par les outils de la communication moderne et, plus singulièrement, par l’intelligence artificielle générative qui menacerait le bon fonctionnement des démocraties, naturellement plus ouvertes et donc fragiles. « Vous pouvez affaiblir le système immunitaire des sociétés démocratiques. » David Colon, professeur d’histoire à l’Institut d’études politiques, est l’un des grands spécialistes de la guerre de l’information. Il reconnaît volontiers que les Américains ont largement participé à mettre au point les outils modernes de la désinformation, mais redoute davantage l’usage qu’en font les grandes puissances autoritaires d’aujourd’hui : Chine, Russie, Iran et Corée du Nord.  Il n’hésite pas à qualifier le cadre de pensée du renseignement russe de « virus informationnel. »  Il publiait l'automne dernier, La guerre de l’information : Les États à la conquête de nos cerveaux.

15 février 2024
1:11:08

« On a utilisé l'Ukraine pour lutter contre la Russie. » Entretien avec Jacques Baud, spécialiste du renseignement

Fallait-il attendre deux ans et compter les morts par centaines de milliers pour réaliser que la Russie n’allait pas perdre la guerre en Ukraine ? Un constat qui confinait tous ceux qui avaient l’audace de le faire au rôle d’apologiste de Vladimir Poutine.  Dans cette perspective, la lecture du réel s’est vite transformée en discours de propagande. La fiche Wikipédia de notre invité, Jacques Baud, ne laisse d’ailleurs pas de place au doute, nous serions en face d’un personnage à la solde de Moscou ! Jacques Baud n’aurait-il pas plutôt annoncé et répété très tôt une vérité que personne ne voulait entendre à l’ouest? Baud a travaillé pour le renseignement stratégique suisse, ancien chef de la doctrine des opérations de la paix de l’ONU, il a aussi collaboré à des programmes de l’OTAN en Ukraine. Selon lui, « la cause ukrainienne est perdue », « Zelensky a fait un pacte avec le diable. » La guerre n’est entretenue par l’Occident que dans l’espoir secret d’affaiblir Moscou. Jacques Baud est l’auteur de plusieurs livres sur le conflit en Ukraine, son plus récent, L’art de la guerre russe est sorti en janvier 2024 aux éditions Max Milo.

08 février 2024
1:32:53

« Si vous n'êtes pas dans la pensée unique, vous êtes forcément un traîte.» Entretien avec Alain Juillet, expert en géopolitique et ex-DGSE

Que nous réserve l’année 2024? Alain Juillet, ancien patron des services secrets français, et animateur dynamique d’une chaîne YouTube consacrée aux grands enjeux géo-politiques, accepte de faire un vaste tour d’horizon des principaux événements qui risquent de marquer notre actualité au cours des prochains mois. D’entrée de jeu, nous abordons dans cet épisode le conflit à Gaza et les risques qu’il fait peser à la paix mondiale. « Le 7 octobre est l'histoire d'un mépris total des Israéliens envers leurs adversaires. »  Israël par un excès  « d’hubris » pourrait-il aller trop loin dans sa lutte, légitime, aux actions terroristes du Hamas? Les escarmouches à répétition entre les rebelles houthis et l’armada occidentale chargée de protéger le transport maritime pourraient-elles déclencher une nouvelle guerre?   Les coûts de transport engendrés par cette escalade risquent-ils d’avoir un impact inflationniste sur nos économies? Les hypothèses d’effets domino donnent le vertige, notre invité conserve, lui, la tête froide devant ce qu’il décrit comme une configuration “exceptionnelle”. L’ombre de Beijing sur Taiwan, les élections en Russie et aux États-Unis et l’impasse en Ukraine sont aussi au menu de ce numéro de Contact très protéiné!

01 février 2024
1:23:12
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