Voyager en avion: attachez vos ceintures... et votre portefeuille

Pierre-Olivier Zappa
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Chaque semaine, le chroniqueur économique Pierre-Olivier Zappa répond aux questions touchant la consommation et les finances personnelles.
QUESTION : Mon conjoint et moi, on a réservé nos billets pour l’Europe. On part fin mai. Avec la guerre au Moyen-Orient, les nouvelles sur le carburant... franchement, on commence à avoir peur. Est-ce qu’on devrait s’inquiéter ? – Marjorie Beaulieu
RÉPONSE : Marjorie, votre avion va probablement décoller. C’est votre compte de banque qui, lui, risque de rester cloué au sol.
Voilà ce qui se passe. Le conflit au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz perturbent l’approvisionnement mondial en pétrole. Le kérosène, le carburant des avions, commence sérieusement à manquer en Europe. Son prix, lui, a augmenté de 120 % depuis un an... ouch ! C’est un record de tous les temps.
L’Agence internationale de l’énergie a sonné l’alarme la semaine dernière. Si rien ne change d’ici juin, des compagnies aériennes européennes pourraient tout simplement ne plus avoir de quoi faire voler leurs appareils.
Impact
Déjà, les impacts se font sentir. Le transporteur européen Ryanair dit ne plus pouvoir garantir son carburant après la mi-mai. Virgin Atlantic parle de six semaines de réserves. Le géant allemand Lufthansa vient de clouer au sol une vingtaine d’avions en fermant une de ses filiales. Air Canada suspendra à partir du 1er juin pendant cinq mois ses liaisons avec l’aéroport John-F.-Kennedy (JFK) de New York à cause de la hausse du prix du carburant.
Avec la pandémie, c’est l’une des pires crises que l’industrie n’ait jamais connues. Et vous, Marjorie, vous le payez déjà !
• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission de Richard Martineau, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
Même si votre vol part comme prévu, et il y a de bonnes chances que ce soit le cas, cette crise-là est déjà dans votre portefeuille.
Vacances Air Canada a ajouté 50 dollars par passager sur certaines destinations. WestJet a emboîté le pas avec une surcharge de 60 dollars sur certaines réservations. Et Air Canada revoit à la hausse ses frais de bagages pour certaines destinations en raison du prix du carburant.
Ce n’est que la partie visible de l’iceberg.
D’autres transporteurs intègrent discrètement la hausse directement dans le prix des billets, sans l’annoncer. Ils n’ont d’ailleurs aucune obligation d’être transparents là-dessus !
Surcharges
Les surcharges, on ne les voit pas seulement dans les aéroports. L’essence ordinaire tourne autour de 1,86 $ le litre au Canada, c’est 35 % de plus qu’il y a un mois à peine. Le diesel, lui, a bondi de 50 %. Pensez encore aux camions qui livrent vos épiceries, vos colis, vos médicaments.
FedEx applique maintenant une surcharge de 45 % sur ses livraisons. Amazon vient d’annoncer une nouvelle taxe aux vendeurs de sa plateforme... qui vont probablement la refiler aux consommateurs.
Tout monte vite, et ne comptez pas sur un retour en arrière de sitôt. Vous connaissez la chanson. Les prix ont l’habitude de prendre l’ascenseur à la montée... et l’escalier à la descente !
L’euro
Rendue en Europe, Marjorie, un dernier avertissement. Le dollar canadien est faible face à l’euro, et ça ne s’arrange pas. Avec tout ce qui se passe sur la planète, les investisseurs se réfugient dans les grandes monnaies solides, et pas dans la nôtre.
Ce café à 3 euros au comptoir d’un bistro parisien, il va vous coûter près de 5 dollars canadiens. Multipliez ça par deux semaines de voyage. Ça commence à faire cher !