Voici le système des Sabres : une bête terrifiante sous autopsie


Nicolas Cloutier
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Saviez-vous qu’un bison, c’est absolument massif, près de 2000 livres, mais que ça peut quand même atteindre une vitesse de 70 kilomètres à l’heure ? Je trouve que les Sabres de Buffalo portent mal leur nom. Ils devraient porter celui de l’animal sur leur logo. Les Bisons de Buffalo.
Les Sabres, c’est un animal rare. Ça aura pris 15 ans de reconstruction, mais ils forment vraiment une équipe unique. Mes conversations dans les dernières heures avec deux entraîneurs, dont un ex-entraîneur-chef de la LNH, ont renforcé cette conviction.
Sur papier, que cela vous enchante ou non, la plus grande puissance de la Ligue nationale de hockey depuis le 9 décembre n’est pas l’Avalanche du Colorado ou les Hurricanes de la Caroline. Ce sont les Sabres.
Peu importe l’issue de la série entre le CH et les Sabres, le fait demeure : du 9 décembre au 17 avril, aucune équipe n’a une meilleure fiche (39-9-5) ou un meilleur différentiel (+60 en 53 matchs joués). Voyez-le ainsi, si le CH passe au troisième tour, il aura juste plus de crédit.
Les Sabres ont une composition spéciale et leur système est justement articulé autour des composantes qui les rendent anormaux.
Les six bisons
Le groupe de défenseurs des Sabres est un peu un code de triche.
Le défenseur moyen des Sabres mesure 6 pieds, 4 pouces. Le problème, c’est que leurs défenseurs sont extrêmement mobiles pour leur stature. Ils ne sont pas là pour faire du ski nautique comme dans le début des années 2000.
D’ailleurs, pour le nombre de poussées de 20 à 22 miles à l’heure depuis le début des séries, les Sabres trônent au sommet de la LNH ; le CH est huitième, même s’il a joué un match de plus.
Les Sabres sont donc devenus très, très efficaces pour tuer le jeu dès que l’adversaire entre dans sa zone. Vous aurez remarqué qu’ils étaient pas mal plus lousses que le Lightning de Tampa Bay en zone neutre, mais ça se gâte quand la rondelle traverse la ligne bleue.
Buffalo fait ce que pas mal de clubs font dans la LNH : découper la glace en deux pour récupérer rapidement la rondelle. Ils inondent un côté de la glace pour créer des avantages numériques.
Dans le système des Sabres, le défenseur du côté de la rondelle suffoque le porteur, l’ailier du même côté longe le mur pour ajouter de la pression et le centre est là en soutien.

On tente de créer un deux contre un. Il n’y a rien de révolutionnaire là-dedans. Plein d’équipes le font (dans le jargon, c’est swarm ou overload). Mais les Sabres le font avec des géants qui patinent et ont une portée démesurée.
« C’est leur vitesse et leur taille qui font la différence, observe un ex-entraîneur de la LNH. Ils sont physiques. Ils tuent le jeu vraiment tôt et t’empêchent de t’installer. »
« Ils ont ajusté leur structure au personnel qu’ils ont. Ils jouent en fonction de leurs forces. Ce qui est brillant », relève un autre entraîneur.
Et quand la rondelle repart de l’autre bord ? Oh boy.
De zéro à cent
Je pense à un jeu tenté par Ivan Demidov en zone neutre lors du premier match.
En début de deuxième période, Demidov essaye de déjouer Josh Doan près de la ligne bleue adverse.
Doan ne mord pas, les Sabres relancent. En deux temps, trois mouvements, Rasmus Dahlin a survolé la zone médiane. Les Sabres sont en surnombre dans le territoire du Canadien.
On peut à peine cligner des yeux.
Les Sabres sont battables. S’il y avait plus d’espace à Buffalo qu’à Tampa, c’est parce que leur agressivité peut jouer contre eux et parce qu’ils donnent plus la ligne bleue que le Lightning.
Le CH doit trouver un moyen d’exploiter cet espace et, surtout, de limiter les revirements.
« Ils sont tellement incisifs quand ils passent de la défense à l’attaque que ça peut les rendre vulnérables », note l’un des entraîneurs consultés.
Système des Sabres
Rondelle le long du mur
- Défenseur sur porteur ;
- Attaquant du côté de la rondelle (strong side) le long de la bande ;
- Centre en soutien ;
- Attaquant sur côté opposé (weak side) couvre l’enclave.
Rondelle en haut des traits hachurés des points de mises au jeu
- Défense homme à homme.
Rondelle en fond de territoire
- Zone ;
- Cinq joueurs en bas des traits hachurés des points de mise au jeu (protection de l’enclave).