Voici comment votre style peut faire décoller votre carrière
Élise Fiola
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Longtemps relégué au rang de simple choix esthétique, le style vestimentaire s’impose aujourd’hui comme un véritable outil professionnel capable d’ouvrir des portes... ou d’en fermer.
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« On s’habille pour l’emploi convoité, pas pour celui qu’on a présentement. » Ce dicton bien connu n’a rien d’anodin selon Isabelle Gauvin, styliste spécialisée en image de marque. Une idée simple, mais puissante : loin d’être superficielle, l’image que l’on projette agit comme un raccourci, une première lecture de qui l’on est, et surtout, de ce que l’on vaut. Dans un contexte professionnel, cette perception est d’autant plus significative.
« Dès que tu vois quelqu’un, tu le juges. C’est inévitable », croit la styliste. Le choix de nos vêtements est donc intimement lié à ce que l’on veut mettre de l’avant. Ils incarnent, sans mots, qui l’on est et où l’on s’en va, estime la styliste.
Des vêtements connotés
Si l’on espère être évalué uniquement sur ses compétences au travail, la réalité est plus nuancée. « En soi, il n’y a rien de problématique à défendre cette croyance — celle que nos compétences priment. Sauf qu’on part inévitablement désavantagé. » Un constat qui peut déranger, mais qui reflète une mécanique bien réelle : avant même d’écouter ce que l’on dit, l’interlocuteur interprète ce qu’il voit. Et sa lecture peut être biaisée de mille façons.
« Il faut donc trouver le juste milieu pour exprimer sa personnalité sans nuire à sa crédibilité », insiste la styliste. Pour créer une garde-robe professionnelle adaptée, on doit non seulement analyser son industrie, mais aussi adapter son image — sans se trahir — selon les contextes. Car tous les milieux de travail n’ont pas la même ouverture. Dans les environnements plus conservateurs, les écarts peuvent être plus risqués. Dans certains domaines, comme ceux des arts, des communications ou du marketing, l’unicité peut au contraire être un atout. Cette disparité, Megan Lynch l’a vécue de plein fouet. Avant de se lancer en affaires, l’avocate a évolué dans un cadre professionnel où les codes vestimentaires étaient omniprésents... et plutôt stricts.
« Le milieu du droit est très, très conservateur, souligne-t-elle. Avant même qu’on me réprimande, c’est moi qui me suis conformée. » Lorsqu’elle osait porter des tenues plus personnalisées, les commentaires ne se faisaient pas attendre. « Je me suis fait dire que la jupe était trop courte, que les couleurs ne passaient pas. » Un décalage difficile à accepter, surtout lorsque l’apparence semble primer sur le fond.
« Je ne comprenais pas ces commentaires. Je ne laisse pas mes compétences dans le garde-robe au moment de choisir mes vêtements. »
Aujourd’hui, plusieurs la surnomment la Elle Woods du Québec (en référence au personnage emblématique joué par Reese Witherspoon dans le film Blonde et légale, paru dans les années 2000). Celle qui est pratiquement toujours vêtue de rose dénonce les biais sexistes qui s’immiscent dans ces milieux. « Je pense que les gens associent beaucoup ce qui est féminin à quelque chose de moins sérieux, de moins compétent. » Les pièces roses, moulantes ou courtes deviennent alors des marqueurs, perçus à tort comme incompatibles avec l’autorité, l’intelligence et le professionnalisme, discréditant injustement celle qui les porte.
C’est sans compter les fois où Megan Lynch a été victime d’harcèlement au travail, en lien avec son apparence. Résultat : une tendance à se conformer, pour se protéger. « Je me suis peut-être plus cachée parce que je n’avais plus envie de vivre ça. »
Aujourd’hui, plutôt que de subir ces codes implicites, elle les utilise à son avantage au sein de son propre cabinet : Lynch Légal. Le rose est devenu sa marque de commerce, et il incarne les valeurs qu’elle a toujours défendues : l’affirmation de soi, la transparence et l’accessibilité.
« La création de mon entreprise a été une façon de revendiquer mes propres couleurs et de pouvoir être moi-même. » Une démarche qui s’inscrit dans une stratégie assumée de différenciation. Aujourd’hui, cette signature devient une force et un filtre naturel. « Quand on est 100 % soi-même, on attire des gens qui se collent à nos valeurs. »
Un outil précieux
Isabelle Gauvin reconnaît elle aussi l’impact déterminant d’une signature stylistique en contexte professionnel. « Le style, c’est un outil de communication stratégique. On ne s’habille pas de la même manière quand on veut asseoir son autorité, exprimer sa créativité ou favoriser la proximité. »
Mais, à l’inverse, l’abandon complet des codes peut aussi jouer contre soi. « Depuis la pandémie, de plus en plus de gens confondent le casual et le négligé. Ils vont au travail comme s’ils écoutaient Netflix écrasé dans leur divan. Ce n’est pas réellement approprié. » Car, selon elle, même dans des environnements plus flexibles, l’image reste un message. « Si tu as l’air négligé, tu envoies le message que tu n’es pas organisé, même si ce n’est pas le cas. »
Et ce pouvoir du vêtement ne s’arrête pas au regard des autres. Il agit aussi de l’intérieur. « Les vêtements modifient notre état d’esprit, notre concentration puis notre façon de se comporter », explique la styliste, en référence au concept d’« enclothed cognition ». « Quand ton style est ancré dans ta personnalité, tu es plus légitime, plus naturel, plus assuré. » Autrement dit, bien s’habiller ne consiste pas seulement à convaincre les autres ; ça contribue aussi à se convaincre soi-même.
La question dépasse donc souvent largement le choix des vêtements. Elle touche à la place que l’on occupe et à celle que l’on s’autorise à prendre au sein d’une entreprise. Dans ce contexte, le style devient un levier d’affirmation, une manière concrète de revendiquer ses ambitions.
« Quel que soit le milieu dans lequel tu évolues, si tu n’es pas bien, trouve ta place. Et si tu ne la trouves pas, crée-la », recommande Megan Lynch. Un conseil qui résonne comme une invitation à reprendre le pouvoir. Sans nier les réalités du terrain, elle reconnaît que les codes existent, mais qu’on peut jouer avec eux. « Comme toute règle, ça vaut la peine de se demander si elle est pertinente », rappelle l’avocate rose.
C’est d’ailleurs précisément dans cette optique qu’Isabelle Gauvin aborde chaque client de manière unique, offrant ses services de stylisme personnalisés en collaboration avec une maquilleuse professionnelle, ainsi qu’une spécialiste en relations publiques, cherchant à traduire qui il est plutôt qu’à lui imposer un moule. Une approche qui invite à remettre les normes en question plutôt que de les appliquer aveuglément.
Entre stratégie et authenticité, conformité et expression de soi, une chose demeure : le style est loin d’être banal. Il peut lisser, cacher, protéger... ou révéler, affirmer, propulser. Finalement, l’enjeu n’est pas tant de choisir entre être soi ou réussir, mais de comprendre comment les deux peuvent enfin cohabiter.
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