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Vivre «pauvre» de son sport: travailler dans un bar jusqu’à 5h du matin pour aller aux Olympiques

Marc-André Bergeron après sa défaite en demi-finale des sélections olympiques de taekwondo, sa dernière en carrière.
Marc-André Bergeron après sa défaite en demi-finale des sélections olympiques de taekwondo, sa dernière en carrière. Photo fournie par Marc-André Bergeron
Photo portrait de Jessica Lapinski

Jessica Lapinski

2024-05-18T04:00:00Z

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Être l’un des meilleurs de son sport ne rime pas toujours avec millions de dollars dans le compte en banque et voitures de luxe. Plusieurs athlètes québécois, peu soutenus financièrement, en arrachent et font des sacrifices afin de pouvoir continuer à pratiquer leur discipline: travailler jusqu’aux petites heures du matin, renoncer à être propriétaire, dormir en pension lors des tournois...

Le Journal vous propose une série de reportages sur les deux côtés de la médaille: celui des athlètes les plus riches et celui des athlètes les plus pauvres.

Travailler dans un bar jusqu’à 5h du matin ne fait généralement pas partie des habitudes de vie d’un athlète qui vise les Jeux olympiques, mais c’est au nombre de la tonne de compromis et de sacrifices qu’a faits Marc-André Bergeron pour espérer toucher à son rêve.

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«La plupart du temps, je refusais [les shooters] qu’on me proposait! précise toutefois en riant l’athlète de Québec. C’est sûr que se coucher aussi tard, ce n’est pas super, mais c’est un choix que j’avais fait.»

Au fil des ans, le spécialiste du taekwondo a aussi lancé une campagne de sociofinancement afin de trouver des fonds pour poursuivre sa carrière, cumulé quatre emplois et fait l’impasse sur des compétitions d’importance en Europe, car le voyagement coûtait trop cher.

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Marc-André Bergeron lors de cours de taekwondo qu'il donnait aux jeunes, en parallèle avec son propre entraînement dans le but d'un jour aller aux Jeux olympiques.
Marc-André Bergeron lors de cours de taekwondo qu'il donnait aux jeunes, en parallèle avec son propre entraînement dans le but d'un jour aller aux Jeux olympiques. Photo fournie par Marc-André Bergeron
Du riz et des côtelettes de porc

Ce fameux GoFundMe, couronné de succès, le rendait à la base un peu mal à l’aise. C’était une idée de sa copine et d’amis qui avaient nommé le projet le «comité pour Marc».

Mais il s’est finalement avéré salvateur, reconnaît désormais avec joie Bergeron, 32 ans, l'un des meilleurs de sa discipline au Canada, lui qui compte notamment à son palmarès une médaille de bronze aux Jeux panaméricains.

Photo fournie par Marc-André Bergeron
Photo fournie par Marc-André Bergeron

«J’ai vraiment l’impression que les fonds amassés m’ont enlevé une bonne partie de la pression financière et m’ont aidé à mieux performer, note-t-il. Parce qu’à un moment, les besoins de base n’étaient même plus comblés. Je devais faire des choix qui me permettaient aussi de payer mon loyer.»

À l’épicerie, il lui était devenu difficile de s’acheter les aliments qui lui prodiguaient les apports nutritifs nécessaires pour l’entraînement et la compétition.

«J’arrivais pour cuisiner et je me disais, bon: “Ça va être du riz et des côtelettes de porc encore cette semaine”», illustre-t-il.

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«J’aurais abandonné il y a longtemps»

Car pour atteindre les Jeux, Bergeron était au dojang – la salle d’entraînement – six jours par semaine. À un moment, il donnait aussi des cours de taekwondo au centre, dans un programme de Sport-Études, en plus de travailler quelques quarts au bar et dans un restaurant.

Photo AFP
Photo AFP

Dur d’ajouter à son horaire un autre boulot qui lui aurait permis d’arrondir les fins de mois. Et comme on l’imagine, la fédération canadienne de taekwondo n’est pas la plus nantie, et le soutien financier ne compensait pas toutes les dépenses liées à sa vie d’athlète.

Marc-André Bergeron, qui pratique ce sport depuis qu’il a 6 ans, le reconnaît: pour y aller de tous ces sacrifices, il fallait vraiment «qu’il aime ça, le taekwondo». Et il louange aussi l’équipe de laquelle il a fait partie pendant de nombreuses années, celle du Club de taekwondo de Sainte-Foy.

«Sinon, j’aurais abandonné il y a longtemps! lance-t-il. Je ne serais pas resté dans ce sport-là avec les si grandes contraintes qu’il nous présente, avec les défis financiers.»

Il a joué «tous ses jetons»

Mais il ne regrette rien, même s’il n’aura finalement jamais la chance d’aller aux Jeux olympiques de Paris, qui auraient été ses premiers.

Une défaite chez les plus de 80 kg aux sélections panaméricaines, au début avril, a sonné le glas de ses espoirs de qualifications, puis de sa carrière.

Une décision qu’il mûrissait depuis un moment, et qu’il a prise sans amertume, explique-t-il. À l’automne, Bergeron amorcera un baccalauréat en kinésiologie à l’Université Laval.

«Serein, c’est ce qui décrit bien mon état d’esprit. Je suis en paix, parce que je suis capable de dire que j’ai vraiment mis toutes les chances de mon côté. J’ai joué tous mes jetons.»

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