Vivre «pauvre» de son sport: hockeyeuse le soir, planificatrice financière le jour


Benoît Rioux
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Être l’un des meilleurs de son sport ne rime pas toujours avec millions de dollars dans le compte en banque et voitures de luxe. Plusieurs athlètes québécois, peu soutenus financièrement, en arrachent et font des sacrifices afin de pouvoir continuer à pratiquer leur discipline: travailler jusqu’aux petites heures du matin, renoncer à être propriétaire, dormir en pension lors des tournois...
Le Journal vous propose une série de reportages sur les deux côtés de la médaille: celui des athlètes les plus riches et celui des athlètes les plus pauvres.
Il fut une époque, pas si lointaine, où les hockeyeuses payaient pour pratiquer leur sport. L’arrivée de la Ligue professionnelle de hockey féminin (LPHF) amène une toute nouvelle réalité avec un salaire moyen de 55 000$ US, soit 74 000$ en dollars canadiens, versés aux athlètes.
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C’est fini le temps où une petite poignée de joueuses, dont Marie-Philip Poulin, pouvait gagner honorablement sa vie en pratiquant le hockey.
Trop souvent boudée par l’équipe nationale, la Québécoise Ann-Sophie Bettez aura tout juste eu le temps de goûter à un salaire décent en tant qu’athlète, ayant plutôt pratiqué, en parallèle, le métier de planificatrice financière.
Devant les perspectives d’avenir de ses coéquipières plus jeunes, Bettez éclate de rire et offre une réponse toute prête pour celles qui lui demandent quelconque conseil financier: «Dépense moins que ce que tu gagnes!»

À 36 ans, l’attaquante de l’équipe de Montréal n’a pu elle-même en profiter pendant des années, mais elle ne peut que se réjouir pour l'avenir du hockey féminin.
«Je suis contente que cette ligue soit arrivée, surtout pour les filles qui graduent de l’université, dit celle qui travaille toujours pour IG – Gestion de Patrimoine. Elles n’ont pas nécessairement besoin d’aller chercher un autre emploi, elles peuvent se concentrer sur leur carrière au hockey. Dans le passé, on perdait beaucoup de filles talentueuses qui préféraient aller sur le marché du travail alors qu’elles ne pouvaient concilier les deux.»
«Une amélioration considérable»
Il en aura fallu des sacrifices, autant sur le plan financier que sur le plan personnel, pour que Bettez, comme plusieurs autres, parvienne à garder une vie équilibrée en attendant l’arrivée d’un véritable circuit professionnel.
«J’ai toujours été habituée à faire les deux, résume-t-elle. C’est sûr que le niveau d’engagement au hockey est plus élevé avec la nouvelle ligue. On s’entraîne souvent le matin, on termine vers 13h30 et présentement, ça me laisse le reste de l’après-midi et le soir pour être capable de travailler.»

Bettez ne cache pas que sa propre carrière sportive tire à sa fin. Elle aura au moins contribué à ce que les choses changent face à ces années passées avec les Stars ou les Canadiennes de Montréal, dans la défunte Ligue canadienne, entre 2012 et 2019.
Au-delà du salaire moyen, six athlètes par équipe empochent plus de 80 000$ US (107 000$ CAN) en cette première saison de la LPHF.
«Quand je recule au début de ma carrière, les joueuses payaient même leur propre équipement, confirme Bettez. C’est une amélioration considérable.»
La saison des REER
Entre deux matchs, Bettez se concentre évidemment à satisfaire ses clients.
«C’était plus occupé au printemps avec la saison des REER, mais j’ai une équipe exceptionnelle au travail qui me permet d’accommoder mon agenda, affirme-t-elle. Les clients sont aussi très très compréhensifs. Ils savent que ma carrière de planificatrice financière va rester encore longtemps tandis que celle au hockey est plus éphémère.»
D’où l’idée, même pour les plus jeunes joueuses de la LPHF actuellement, de suivre le simple conseil de Bettez et dépenser moins d’argent que ce qu’elles gagnent.