Vivre «pauvre» de son sport: elle pourra enfin toucher de l'argent pour ses médailles


Benoît Rioux
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Être l’un des meilleurs de son sport ne rime pas toujours avec millions de dollars dans le compte en banque et voitures de luxe. Plusieurs athlètes québécois, peu soutenus financièrement, en arrachent et font des sacrifices afin de pouvoir continuer à pratiquer leur discipline: travailler jusqu’aux petites heures du matin, renoncer à être propriétaire, dormir en pension lors des tournois...
Le Journal vous propose une série de reportages sur les deux côtés de la médaille: celui des athlètes les plus riches et celui des athlètes les plus pauvres.
Si le nouveau programme de reconnaissance du Comité paralympique canadien (CPC) avait toujours existé, l’athlète en fauteuil roulant Chantal Petitclerc aurait touché 375 000$ durant sa carrière sportive, le paranageur Benoît Huot serait plus riche de 315 000$ tandis qu’Aurélie Rivard, grande championne de natation, aurait accumulé des gains de 165 000$ jusqu’ici.
À la suite de l’annonce du CPC officialisée en janvier, on parle désormais de 20 000$ pour chaque médaille d’or paralympique, 15 000$ pour l’argent et 10 000$ pour le bronze.
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«C’est sûr que j’aurais pris cet argent, mais j’ai dit à Ben que je me consolais en pensant à lui», affirme, avec une pointe d’humour, la nageuse de 27 ans originaire de Saint-Jean-sur-Richelieu, qui compte déjà 10 médailles paralympiques, dont cinq d’or.
«Parce qu’un même programme de reconnaissance est en vigueur pour les athlètes olympiques depuis seulement les Jeux de Pékin, en 2008, je ne compterais pas les médailles que j’ai gagnées à Sydney et Athènes», réplique toutefois Huot qui, à 40 ans, est à la retraite depuis 2019.
16 ans plus tard
Toujours active, Rivard aura au moins la chance d’être récompensée financièrement, cet été, si elle réussit à grimper sur le podium aux Jeux paralympiques de Paris.
«On en rit un peu ensemble, mais on n’aurait pas dit non à de tels montants, insiste Rivard. On préfère surtout regarder vers l’avant et se dire que c’est un pas dans la bonne direction pour le futur.»

Aujourd’hui président de Parasports Québec, Huot applaudit évidemment la mise en place du programme de reconnaissance du CPC, même s’il déplore que ça ait pris 16 ans pour que les athlètes paralympiques obtiennent un privilège semblable à celui des athlètes olympiques.
«C’est bien, mais c’est surtout au niveau du message que ça envoie, mentionne Huot. On dit aux athlètes paralympiques: “Hey gang! On vous reconnaît, au même titre qu’un athlète olympique”.»
Un manque de reconnaissance
Rivard illustre elle-même le manque de reconnaissance subi par les athlètes paralympiques au fil des ans en relatant une situation particulièrement fâcheuse qu’elle a vécue. Elle se souvient trop bien d’avoir été accusée de se pointer au Gala Sports Québec, où elle était pourtant en lice pour le titre de l’athlète féminine par excellence de niveau international, afin de... profiter de la nourriture gratuite.
«Il y a quelqu’un du milieu sportif qui m’avait demandé ce que je faisais à cette soirée, me disant que je n’avais aucune chance de gagner et que j’y étais pour le buffet», a raconté la nageuse.
Ironie du sort, ce soir-là, en avril 2017, elle avait finalement remporté le Maurice convoité, ex aequo avec la patineuse de vitesse Marianne St-Gelais.

«Il y a encore aujourd’hui un manque au niveau de la reconnaissance morale [envers les athlètes paralympiques], plaide Rivard, notant au passage les nombreux sacrifices qui sont pourtant semblables. Moi aussi, je me lève à 5h du matin pour aller m’entraîner.»
Au diable, la pérennité!
En pensant à l’ensemble du mouvement, Huot montre finalement certaines réserves face au nouveau programme en place qui, dit-il, ne change absolument rien pour une bonne partie des athlètes paralympiques qui n’accèdent pas aux podiums.
«Si on prend l’exemple d’un athlète qui est 10e au monde, ça ne peut pas t’affecter positivement, autre que le message qui est envoyé. Évidemment, tout le monde est content, mais à quel point c’est un game changer?» questionne Huot.

Cette réalité est d’ailleurs semblable pour le programme de reconnaissance qui concerne les athlètes olympiques.
«Les programmes de reconnaissance, c’est la haute performance qui en bénéficie. C’est une fille comme Aurélie... Quand Aurélie va accrocher son maillot, ça va être qui la prochaine à faire aussi bien au niveau international? Oui, il faut célébrer les médailles, mais il y a plus que ça. Le défi demeure de rejoindre la masse, augmenter le bassin de participants et s’assurer d’une certaine pérennité.»
Que ce soit pour les athlètes olympiques ou paralympiques, le Programme d’aide aux athlètes (PAA) demeure ce qui fait la principale différence. Pour en profiter, il faut toutefois faire partie de l’élite de son sport. Dans le cas de Rivard, elle obtient plus ou moins 2250$ par mois par le biais de ce programme de subventions.