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Vivre «pauvre» de son sport: un sarrau pas mal plus payant qu'un pince-nez

Jacqueline Simoneau, en action, lors des Championnats du monde à Doha, en février 2024.
Jacqueline Simoneau, en action, lors des Championnats du monde à Doha, en février 2024. Photo Manan Vatsyayana / AFP
Photo portrait de Benoît Rioux

Benoît Rioux

2024-05-17T23:00:00Z

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Être l’un des meilleurs de son sport ne rime pas toujours avec millions de dollars dans le compte en banque et voitures de luxe. Plusieurs athlètes québécois, peu soutenus financièrement, en arrachent et font des sacrifices afin de pouvoir continuer à pratiquer leur discipline: travailler jusqu’aux petites heures du matin, renoncer à être propriétaire, dormir en pension lors des tournois...

Le Journal vous propose une série de reportages sur les deux côtés de la médaille: celui des athlètes les plus riches et celui des athlètes les plus pauvres.

Une fois ses études terminées, la nageuse artistique Jacqueline Simoneau fera plus d’argent en quelques années comme médecin podiatrique, avec un sarrau sur le dos, qu’en près de deux décennies dans la piscine, avec son maillot et son pince-nez. 

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Si elle est aux athlètes féminines ce que l’ancien joueur de football Laurent Duvernay-Tardif représente pour les garçons, Simoneau n’aura évidemment jamais eu l’occasion, durant sa carrière sportive, de signer un contrat de cinq ans pour 42,363 millions $ comme celui octroyé à LDT par les Chiefs de Kansas City en 2017. 

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Simoneau n’avait pas encore 10 ans quand elle a sauté dans la piscine, mais il lui aura fallu plusieurs années avant de toucher au Programme d’aide aux athlètes (PAA) réservé à l’élite et ses quelque 2000 $ par mois, puis à différentes bourses. Ainsi va la vie dans le monde du sport amateur.

Pour des raisons souvent financières, la conciliation entre le sport et les études n’est donc pas une mince tâche pour une athlète olympique, d’autant plus lorsqu’on vise un doctorat en médecine podiatrique. Le parcours de Simoneau tient pratiquement du miracle.

«Ça part assurément d’un désir et d’une motivation personnelle, explique plutôt humblement Simoneau, qui voulait être médecin dès son jeune âge. La vie est trop courte pour ne pas faire les choses qu’on aime.»

Mieux au Québec

Tout en terminant son doctorat à l’Université du Québec à Trois-Rivières, la femme de 27 ans originaire de l’arrondissement St-Laurent, à Montréal, participera à ses troisièmes Jeux olympiques à Paris.

Il faut être une personne exceptionnelle pour mener de front deux aussi grandes réalisations.

Photo fournie par Jacqueline Simoneau
Photo fournie par Jacqueline Simoneau

«Quand tu es passionnée par ce que tu fais, ce n’est jamais trop», dit Simoneau, notant néanmoins que la vie d’athlète comporte son lot de sacrifices.

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Si rien n’est parfait, la nageuse artistique jure par ailleurs que le Québec est «très avancé» par rapport aux autres provinces canadiennes à propos de la conciliation entre le sport et les études chez les athlètes olympiques. Elle vante au passage le travail des gens en place à l’Institut national du sport du Québec, dans le cadre du programme Plan de match, de même que l’Alliance Sport-Études.

Le temps d'aider les autres

Après avoir pris une pause des compétitions pendant environ deux ans, Simoneau est revenue des derniers Championnats mondiaux de Doha avec une médaille d’or au cou (en solo libre), mais aussi des qualifications, en duo avec Audrey Lamothe de même qu’en équipe, pour les prochains Jeux de Paris.

Sa médaille d’or était la première remportée par le Canada aux Mondiaux depuis celle de Sylvie Fréchette en 1991.

Jacqueline Simoneau, médaillée d'or en solo, aux derniers Championnats du monde, à Doha, en février 2024.
Jacqueline Simoneau, médaillée d'or en solo, aux derniers Championnats du monde, à Doha, en février 2024. Photo Sébastien Bozon / AFP

Si les efforts à l’entraînement ont payé, Simoneau parle d’une autre expérience lui ayant été bénéfique, soit celle de responsable du service aux athlètes lors des Jeux panaméricains tenus en 2023 au Chili. Car la future médecin trouve également le temps de s’impliquer, par le truchement du Comité olympique canadien (COC) et du Comité international olympique (CIO), afin d’aider les autres.

À quand un garçon avec le Canada?

Simoneau souhaite contribuer à titre de membre de la Commission des athlètes pour le COC. Son principal cheval de bataille: étendre à l’ensemble du Canada de meilleures conditions pour la conciliation entre le sport et les études. Elle milite aussi pour que les athlètes aient plus facilement accès à des spécialistes de la santé une fois leur carrière sportive terminée.

En natation artistique, Simoneau souhaite par ailleurs un autre changement majeur. Pour une première fois dans l’histoire des Jeux olympiques, l’épreuve par équipe de natation artistique permettra d’intégrer des hommes, à Paris, cet été. Si plusieurs pays ont emboîté le pas, le Canada n’a pas cru bon de suivre le courant.

«Nous sommes loin derrière présentement au Canada, a estimé Simoneau. Il faut continuer de faire grandir le sport de natation artistique et ça passe notamment par l’intégration des hommes.»

Pour l’instant, il demeure difficile, voire impossible pour un garçon pratiquant cette discipline au Canada en 2024 de profiter du PAA et d’être considéré comme un athlète de haut niveau. Sans ce programme, Simoneau n’aurait d’ailleurs jamais pu imaginer un jour troquer le maillot pour le sarrau.

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