Visite du Canadien à Saint-Pétersbourg: «C’est odieux et très condamnable»
Un expert en politique internationale ne comprend pas comment Kent Hughes et Vincent Lecavalier ont pu se rendre en Russie en oubliant le contexte politique et la guerre en Ukraine


François-David Rouleau
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Dans le contexte sociopolitique mondial et devant la vive guerre qui fait rage en Ukraine, est-ce une riche idée pour des dirigeants d’un prestigieux club de hockey occidental de se rendre à Saint-Pétersbourg pour discuter... hockey avec leur espoir Ivan Demidov?
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«C’est odieux et très condamnable, tranche très sèchement le professeur de politique et chroniqueur au Journal Loïc Tassé, étonné par cette visite du directeur général du Canadien, Kent Hughes, et de son conseiller spécial, Vincent Lecavalier.
Well well well, Vincent Lecavalier made the trip to go see Ivan play 👀👀 pic.twitter.com/uY7XUVmYI7
— Alex Jodoin (@colegoalfield) December 17, 2024
«C’est une très mauvaise idée, car ils lancent le message qu’ils légitiment le régime de Vladimir Poutine. Indirectement, le Canada est en guerre contre la Russie», rappelle-t-il, notamment à propos de la position du pays et de l’aide financière octroyée à l’Ukraine depuis l’invasion russe du 24 février 2022.

La direction de la Sainte-Flanelle a davantage pensé à ses «petits intérêts» plutôt qu’aux grands enjeux mondiaux, croit M. Tassé.

Dans un autre monde
«On dirait qu’ils sont détachés de la société. Pourtant, le sport fait partie de la société, il n’en est pas extrait», ajoute M. Tassé en prenant l’exemple de la Fédération internationale de soccer (FIFA) qui a décidé d’octroyer la Coupe du monde 2034 à l’Arabie saoudite, un État totalitaire.

«Les comportements des grands dirigeants sportifs du monde sont hautement condamnables», ajoute celui qui dirige des cours au Département de science politique de l’Université de Montréal.
À son avis, il est évident que le régime de Poutine utilisera, à des fins de désinformation et de propagande, cette visite du Canadien en Russie. D’ailleurs, les informations et les photos de leur visite au SKA Arena circulent déjà abondamment sur le web.
Signe de dégel
Pour le professeur Jean Lévesque, du Département d’histoire de l’UQAM, c’est aussi un signe du possible «réchauffement» des relations internationales, notamment depuis l’élection de Donald Trump.
«Que les dirigeants du CH rencontrent ceux du SKA en personne, c’est qu’il y a eu un dialogue et le signe que les choses ont peut-être changé. Des voix en Europe s’élèvent pour négocier la fin du conflit en Ukraine.

«On voit des signes de dégel et d’ouverture, car il faut avouer que depuis le début de la guerre, les relations sportives impliquant la Russie sont très mauvaises, ajoute celui qui est aussi directeur de l’Observatoire de l’Eurasie, pensant que le CH a fait ce voyage pour ses intérêts. La politique sportive des organisations a été très ferme par rapport à la Russie.»
Comment se rendre en Russie?
Évidemment, le Canada demande à ses citoyens d’éviter tout voyage en Russie. De Montréal, selon l’un des nombreux visas d’entrée, il est possible de s’y rendre en avion en transitant par un autre pays. De nombreux pays limitrophes ont par ailleurs décidé de fermer leurs frontières terrestres. Des lignes aériennes comme Turkish Airlines, Emirates et Etihad offrent un lien à l’aéroport de Saint-Pétersbourg.

Une fois sur place, il faut remplir toute la paperasse, dont la carte de migration et l’enregistrement. Mais s’il y a un souci ou un pépin durant le voyage, Affaires mondiales Canada ne peut pas collaborer avec efficacité ni aider les gens à quitter le pays. Les autorités canadiennes avertissent de rester vigilant dans les lieux publics, notamment en raison des risques d’attentats terroristes ou de crimes violents.
Selon le professeur Lévesque, tout porterait à croire que les membres de l’organisation du CH ont reçu une invitation spéciale pour visiter Ivan Demidov.
Hughes et Lecavalier sont accompagnés du codirecteur du recrutement, Nick Bobrov, originaire de Saint-Pétersbourg. Le père de Bobrov travaille d’ailleurs pour le SKA.